La sélection du mois d’Ab-loisirs

Publié le par Ab'alone

Whatever love means, de David Baddiel : je n’essaie pas de faire croire (et à qui, grand Dieu?) que je l’aie lu en anglais, mais le titre me paraît mal et très lourdement traduit (L’amour, si ça veut dire quelque chose…) par M. 10/18 – Qu’importe le titre? C’est frais, fin, marrant, inattendu, prenant, et la fin donne la chair de poule : il y a là une horreur bonhomme qui excite ma jalousie de producteur tout autant que ma jouissance d’usager. Enfin un qui n’est pas manichéen! Le personnage sympa s’avère un affreux saligaud tout en restant sympa, et la projection gêne aux entournures. J’avais essayé de créer un malaise semblable dans un frileur, mais lui a réussi. Moi, c’est moins sûr. Je me tâte pour acheter ses autres romans NEUFS, si je ne les trouve pas à la bibli. Majuscules bicôz démarche devenue rare, attendu l’état de mes phynances : la plupart de mes découvertes, je les fais à un ou deux balzeuros, sur les étals de soldes (Gibert est très compétitif ici) en ramant dans une mer de rossignols, et à peu près assuré de ne point trouver là le top-du-top, dont la première main ne se serait pas dessaisie : de fait, il faut passer moult BHL, Ormesson, Peyrefitte e tutti quanti avant de tomber sur du lisible. Comme je ne me fie à aucun avis stipendié, et que les avis amicaux appartiennent à l’histoire, je marche au pifomètre et au feuilletage, avec pour seule loi, quand un ouvrage m’a plu, de lire tout ce qu’a écrit l’auteur. Et, corrélativement, si son premier me rase, c’est l’adieu définitif. Mouais, enfin, en gros, quoi. Si j’avais respecté la règle, je ne me serais pas offert la semaine dernière Viol, de D. Sallenave, qui m’a totalement bluffé : si c’est vraiment une oeuvre de fiction, chapeau! L’imitation de la vie est magistrale… et terrifiante. Bon, c’est vrai, je ne suis pas grand clerc en “vie”… “et qu’est-ce que je connais? Je meurs, et je viens de naître : tout m’aura échappé.” (C’est Montherlant qui écrit ça, mais moi, je le pense vraiment). Un mois faste, finalement : une trentaine de ripopées insipides, bonnes tout au plus à faire passer le goût de la contingence, soit, MAIS Baddiel, Sallenave, Kingsley Amis (La moustache du biographe et Quand vient la fin), Jacob Arjouni (Casse-tête de Turc, un peu trop politiquement correct, mais pissant… Faudrait le relire, car tous les autres Kayankaya m’ont déçu) et Podium de Yann Moix, que j’avais bêtement classé cireur de pompes sur la foi d’un pamphlet aigrebaveux contre BHL. Bien sûr, tout ça ne pète pas à des hauteurs vertigineuses, mais c’est MA hauteur, et la vie m’aurait bien peu appris si elle ne m’avait pas au moins dissuadé de peiner en vain sur Kant ou Heidegger. C’est humiliant de se résigner à ce qu’il existe des trucs auxquels on ne pigera jamais rien, mais guère plus au fond que de renoncer à escalader l’Ararat à petites foulées. Ce qui est plus inquiétant, c’est que l’effet des découvertes s’est émoussé, qu’elles ne me scient plus le sommeil. Mais si je découvrais Proust, Kafka ou Dostoïevsky à bientôt cinquante balais, et après tant d’autres, il n’est pas dit qu’ils m’illumineraient les tréfonds comme à 17 ans.
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