Un champion de l'illisible

Publié le par Ab'alone

Exceptionnellement, je vous propose un passage d'un "immense écrivain", Pierre Guyotat, fort célébré par la Meuhdernité en les années 70 (son livre "Éden, Éden, Éden" fut préfacé par Barthes, Leiris et Sollers) : page 1 de "Prostitution", publié chez Gallimard, que je viens de trouver à deux balles, d'occase et fort intact. Cramponnez-vous, c'est chaud!… quand on pige.

[debout, la bouch'!, j'a b'soin"] [.., te m'veux, m'sieur l'homm'?" – "j'vas t'trequer au bourrier!" – "j't'déslip', msieur l'homm'? – "oua.., tir'-moi l'zob du jeans a j'vas t'triquer!" – "te peux m'trequer en sall', m'sieur l'homm'!" – "oua.., put'!, te veux m'piéger la pin'!" – "me, j'veux qu'te m'l'encul' chef, m'sieur l'homm', a qu'ton gros poil de couill' m'étrangl' l'bouquet!.., mets!.., mets!" – "mlih!.., mlih!, porqu'qu't'se hâtée qu'j'te matt' l' chaloup'!" – "cheï!, l'homm'!, ma ia des bourr' qu'viann't sonder les bourriers!, a en sall' j'peux t'désliper tot' a j'm'align' mon mou d'triqu' à des enculs qu'diapré, sono, arôm' coups d'air, t'renforç't la triqu'!.., a te peux chier, m'sieur l'homm', ç'a por reluir' maxi.., chouf ç'quartier d'fess slipée qu's'coll en lèvr' à la vitre'!, a ça de pogn' baguée qu'lui conchie croix le blanc!, ç'a la blond' qu's'amadoue Hamidou, un commis d'auj' qu' s'a just' libéré des Pèr' Blancs!.., a chouf ces 2 pisseux qu'fray't leur afro se tant qu'l'gros nu, l'Rabia, leur suç' l'bouquet simultané, au cul à cul, triplaill' à taill' cloutée Rica!" – "e suç' ça qu's jeans' à cru!" – "ç'a qu'au 8 bis qu'les macs refoul't les non slipés!, a porqu' qu'j'vas m'renâcler d'liacher à jeans tot ça qu'j'm' suç' aux slipés!" – "l'gros nu e s'a l'vié d'bouch' just' épais por suçer 3 culs en bott'!, e trequ' les 2 rewels!, a l'gros leur tiant l'bandat dans ses poings rouj'!" – "ç'gros nu e sert ne d'cul ne d'vié, ma comm' suçeuz', a tireuz d'chié, e fat extra!" – "oua, oua.., a ç't'gross' velue que s'chiarj' le gros frisé à dos, ç'a à vendr'?" – ".., aâandkoum chî hânoût felbelad?.., aâamel hâd elkhodma ou terbehoû elfeloûs!.., ç'a qu'à triquer, l'v'lu!, a mon mac maîtr' e s'l'gard' en mèr' por l'hoirie put' que veut laisser à not' bell' blond'!.., ma, m'sieur, ô maît'!.., j'a chouf, m'sieur l'homm', d'ces gross' velues crouill' o ibèr' o négros o rewels que s'noiz't, aux enculoirs, apras testée, feutr', jeans a vest' a slip a espadrill' qu'l'mac s'a humanisé leur cuir por transiter la rue!

Bon, je fatigue plus à copier que si j'inventais à mesure. Pas la peine, j'espère, de mettre un portail "Réservé aux adultes"? Il y en a comme ça 230, sans un alinéa. Repro absolument garantie, crochets et cédilles devant les e compris : j'supp'se qu'ç'est voulu, m'sieur l'homm'? En t't cas j'fus à la peine.
Note de l'éditeur : "Le vrai problème que ce texte à proprement parler inqualifiable pose jusqu'au malaise est celui de sa lecture." Puisqu'il le dit… Précisons que "Finnegans'wake" de Joyce, qu'on couvre d'éloges en avouant que nul ne peut parvenir à le lire in extenso, et dont on trouvera bientôt la trado en Pléiade (ils s'y sont mis à plusieurs), est d'accès plus ardu. Que certains écrits de Lacan… enfin, il y a de la concurrence. Mais un chimpanzé confronté à un clavier pourrait "aller plus loin", et j'avoue que je reste bleu, non qu'un fada ait pu torcher ce truc (et ses autres bouquins ne sont guère moins hermétiques : il est confondant que l'État ait éprouvé le besoin d'en censurer un) mais qu'il l'ait publié, vendu, et que pendant vingt ans et plus on ait pu nous donner ça pour un sommet de la littérature de notre temps. Seigneur, mais c'est désagréable même à l'oreille! Est-il concevable que ce délire de snobisme n'ait pas eu une FONCTION, n'ait pas servi des INTÉRÊTS? mais lesquels? Volkoff attribue dans "Le montage" la destruction de l'enseignement public en France à un agent d'influence du K.G.B. : ce serait amer et drôle qu'elle continuât vers l'abîme sur sa lancée quinze ans après la disparition de cet organisme. On pourrait prêter la même origine à nos "audaces" littéraires et musicales des seventies… du roman. Mais l'explication par la bêtise ne saurait satisfaire : des gens comme Leiris, Barthes, et même Sollers, étaient tout sauf bêtes. Alors?… "Il y a quelque chose ici que je n'entends point."
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article