La tentation du révisionnisme

Publié le par Ab'alone

Point de Baddiel à la bibli, fallait s’y attendre. Pas perdu ma journée point de vue ligne pourtant, puisque j’ai dû chialer un bon demi-litre… sur un gros volume de photos, une annexe du Mémorial de la déportation entièrement consacrée aux enfants. L’effet de ces petits visages à demi effacés… mieux vaut n’y plus penser, car je vais tremper mon clavier, et bonjour les faux-contacts! Est-ce que c’est SUR MOI que je pleure? La Rochefoucauld, de mémoire : “La pitié est un sentiment de nos propres maux dans les maux d’autrui”… Je n’en crois rien du tout, François. Au contraire, la pitié implique, ce me semble, altérité et distance. Je ne pourrais pas m’attendrir ainsi sur moi-même. En fait, il y a dans mes larmes du jour une forte part de culpabilité. Oh, pas issue de mes faits et gestes dans la tourmente, puisque je suis né quinze ans après, ni de l’attitude que j’AURAIS PU adopter, car jamais, JAMAIS je ne me serais trouvé du côté du manche : c’est ceux qui actuellement hurlent avec les loups, avec les Voix Autorisées, dont on peut se demander si, les loups changeant de bord… passons. Si culpabilité y a, je crois qu’elle vient, la mienne, de la complaisance avec laquelle j’ai accueilli in petto le révisionnisme il y a quinze ans : quand la loi Gayssot est sortie, je me suis dit, avec bien d’autres sans doute : “On les fait taire, c’est donc qu’ils ont raison, et qu’on nous bourre le mou”, et je me suis procuré le maximum d’ouvrages interdits. Ils ne m’ont pas convaincu, mais ébranlé, d’abord parce qu’on diabolise trop les révisos : quand on y va voir, on les trouve par comparaison sensés, apparemment par nazis pour un sou, cent fois plus courtois que leurs adversaires, et évidemment persécutés. Par ailleurs, le shoah-business et tous les profiteurs qui asseoient leur pouvoir actuel sur des tombes, qui protègent leurs privilèges en affectant de défendre les morts, et voudraient nous faire vivre en 42-43 jusqu’à la fin des temps, provoquent un brin d’exaspération, et l’envie de croire n’importe quoi qui les déboulonne un peu. J’ai donc flirté quelque temps avec ces pinaillages sur les chiffres, sur les témoignages bizarres et contradictoires, sur les “rares et peu sûres” preuves documentaires… Honte devant ces visages, ces yeux! L’expression de ces fillettes, qu’elles soient tristes ou gaies, aimantes ou hautaines… Honte. Car enfin on n’envoyait pas là-bas des gosses de huit ans pour les mettre au travail. Je sais bien que c’est Laval qui a demandé aux Allemands de l’en débarrasser, prétendument “pour ne pas séparer les familles”. N’empêche QU’ILS NE SONT PAS REVENUS, et que citer cent fois Simone Veil tardivement rayée, pour cause de notoriété, de la liste des gazés, c’est souffler du brouillard et se moquer du monde! “Plus jamais ça” va de soi, et la tragédie de l’oubli est en somme imaginaire, puisque nul n’en souffre, ni l’oublieur ni l’oublié… et cependant aucune ne m’émeut davantage. “Les morts, les pauvres morts” n’ont PAS de douleurs, du moins je veux le croire et l’espérer, et c’est un remords absurde que Baudelaire a si extraordinairement transposé… ou la peur d’être oubliés nous-mêmes, tout aussi absurde… Oui, il se peut bien, après tout, que je ne m’attendrisse, par la bande, que sur moi. Il faudrait analyser les larmes… Je ne sais plus où j’ai lu, dans Spirou peut-être, que leur composition chimique diffère selon qu’elles sont altruistes ou égoïstes. Bizarre : c’est déjà présupposer que l’altruisme soit autre chose qu’un mode d’être de l’égoïsme…
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