Comment entrer à l'ENA

Publié le par Ab'alone

L'auteur, juré au concours de l'ENA, après avoir passé la majorité des candidats au fil du mépris (et narré, entre autres, le blackboulage d'un type qui, je cite, "s'est montré solide, au début de l'entretien, sur des points concernant le commerce extérieur et les accords du Gatt", mais qui s'est lamentablement rétamé sur les rapports de l'art et de l'homosexualité, d'une si manifeste importance cependant pour la conduite du pays) nous énumère les très rares avec lesquels il nouerait volontiers des relations personnelles, et qu'en attendant il reçoit à l'oral :
“Ce dernier, enfin, ancien élève de l’École Normale Supérieure, que le trac paralysait, et dont les réponses, pauvres, voire étiques, ne “collaient” pas avec ce que je croyais sentir du personnage, ni à ce que sa fiche nous disait de lui. À vingt-quatre ans, il avait couru un bon bout de l’Europe et déjà publié dans des revues qui n’accueillent pas d’auteurs sans idées. Les minutes passaient, le blessant toutes. Avant que la dernière ne le tue, comme il était italophone et philosophe, je ressortis Primo Levi. Il fut éblouissant : sa connaissance de l’auteur de Si c’est un homme n’était rien à côté de sa capacité à transmettre l’essentiel de la réflexion tragique de Levi et à faire partager son affection pour lui. Après l’avoir entendu, n’importe qui, ignorant de cet auteur, se serait précipité chez un libraire. Le conseiller d’État, radieux, se pencha vers moi : “Il est sauvé.” Il le fut. Lors de la délibération, ce compagnon de chaîne, ordinairement réservé et attentif à ne prendre la parole qu’à son tour, se précipita au filet : “Il a peut-être été très court sur beaucoup de sujets, mais, après ce qu’il a dit sur Primo Levi, je sais que c’est le genre de garçon dont nous avons besoin et que j’aimerais avoir pour collègue.” Chacun approuva. Ce candidat-là, comme les quelques autres avec qui j’aurais volontiers dîné, ressemblait à un homme et non à un clone, à une âme morte ou à une carcasse de libellule."
(Philippe Meyer "Dans mon pays lui-même", Flammarion, 1993, p. 220 et dernière : on finit en beauté par le poulain idéal et le bagage de rigueur)
Sans commentaire, sinon ce rappel : il s'agit d'un CONCOURS : recevoir l'un, c'est recaler l'autre. Ce qui s'applique à toute forme de concurrence.
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M
je trouvers Philippe Mayer sympathique jusqu'à ce que je lise son expérience de membre d'un jury de l'ENA. Autant de bêtise, d'esprit de caste, de snobisme est laisse pantois. Désormais, je tourne le bouton de la radio dès que j'entends le son de la voix. Il est une illustration de l'entretien de Bourgeoisie bourdieusien caricaturalePS : je n'ai jamais subi PM et ne le connaît que par les media.
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