Autoédition : passage aux aveux

Publié le par Ab'alone

Quelle douceur d’être lu! Même par une seule inconnue… L’eau de Zem-Zem au milieu du désert! Ma hargne devrait s’y délayer un peu… Devenir gentil? Ça, ce serait le miracle, on n’en est pas là. En attendant, passons aux aveux. Je ne SUIS pas écrivain, c’est une raison sociale que je rougirais d’imprimer sur une carte de visite, mais j’écris depuis un quart de siècle (sans compter les imitations scolaires et vagissements autothérapeutiques de jeunesse), j’ai commencé une centaine de bouquins, et en ai fini quinze. Obstination admirable ou/et pathologique, puisque pas une ligne de mes élucubrations n’a été publiée (j’entends CHOISIE : voir plus loin). Quelques étrons de plus dans le grand flot de merde? C’est possible, et ça me paraît même probable aux jours de déprime (six sur sept environ), au point d’envisager la mise en chantier des Mémoires d’un abruti, MAIS une chose est certaine : aucun éditeur n’en sait rien. Ne revenons pas à cette maison qui refusait son propre Goncourt de l’année comme “ne convenant pas à l’esprit nos collections”, et bornons-nous à faire état d’une expérience personnelle : il y a plus de dix ans que je n’envoie pas un manusse par la poste sans le sceller d’une goutte de colle, d’abord aux alentours de la page 50, puis de la page 10, enfin entre 2 et 3… JAMAIS le scellé n’a sauté. Essayez, vous verrez! Et vous mesurerez du même coup la fiabilité des messages de refus. De toute ma vie, je n’ai obtenu qu’une réponse sincère, par un pote de pote : “Ne compte pas que je le fasse lire, même par le dernier grouilot de la maison : nous ne lisons que des gens connus.” Point barre. Nous vivons dans un pays où le copinage est roi, et l’on a parfois l’impression que “l’exception culturelle française” s’y résume. Mais il est bien clair que lorsqu’on interdit AVANT TOUTE ÉPREUVE (excusez, ça fait parano, mais je n’ai pas trouvé les italiques sur ce schmilblic) la course à pied à 99% de la population, on devrait moins s’étonner ensuite de la médiocrité des performances. Oh! On nous l’avoue bien, qu’il y a une chance sur mille de publier : On omet seulement de préciser que c’est TOUJOURS sur recommandation haut-placée, et que l’humble colis postal, lui, a zéro chance zéro zéro. (À la ligne : toujours pas trouvé! Vraiment le roi des manches!) J’ai donc tâté de l’autoédition, et j’étais le premier visé dans l’article précédent. 2000 exemplaires x 4 polars (un peu denses, peut-être, mais que je persiste à trouver pas mal du tout) = 8000, dont 7000 surmènent à présent la voûte de la cave… “Comment! T’en as vendu 1000, et tu te plains?” Tut tut : cent à peine, le reste c’était cadeau. Je m’étais fourré en tête, pour court-circuiter les mandarins de la parole, d’offrir un exemplaire à 500 bibliothèques municipales. Une douzaine m’ont fait des commandes; une quinzaine m’ont renvoyé le bouquin sans prendre la peine de lire le message d’accompagnement qui précisait que c’était gratuit. Et sur 500, UN bibliothécaire a LU, et m’a inscrit à je ne sais quel concours de lecteurs, dans son patelin… pour m’annoncer, quinze jours avant la date, que ledit concours était annulé : aucune explication, possible après tout que ma prose fût subversive… surtout le volume qui égratignait les milieux de l’Édition! Aucune nouvelle des 475 autres, qui, d’après mes sondages, n’apparaissent nulle part, ni en fichiers ni en rayons ; la citadelle est bien verrouillée. Voilà. Here endeth l’expérience, : je préférerais avoir encore en fouille les quinze briques qu’elle m’a coûté, d’autant qu’elle ne peut servir à personne : car VOUS, naturellement, c’est pas pareil!
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Publié dans Socio de basse-cour

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