Le sport, opium du peuple

Publié le par Ab'alone

"Les horaires d'E.P.S. sont insuffisants; il y a déséquilibre entre la formation du corps et celle de l'esprit"… Combien de fois revient cette antienne au cours de l'office quotidien! Mais y souscrire, c'est présupposer l'égalité des deux parties, du corps et de l'esprit. Or, qu'est la vélocité d'un homme, comparée à celle d'un guépard, quel haltérophile égalera jamais les "performances" d'un éléphant, quel boxeur tiendra un round face à un ours de taille moyenne? Le corps est ce qui ravale l'homme à un rang très inférieur à celui de l'animal; c'est l'esprit qui, par sa domestication de l'énergie, a su déplacer des poids dont nul éléphant ne saurait rêver, atteindre des vitesses inconnues parmi les vivants. Que les Grecs, les Romains pratiquassent un "équilibre" éducatif, rien de plus naturel : c'est initialement à la guerre qu'ils s'entraînaient, et il fallait alors y payer de son corps : entraînement caduc bien avant l'ère de la bombe : la force physique ne sert actuellement plus à rien.…………… "Mais la santé?" ahanera-t-on entre deux pouff pouff d'un jogging matinal. Trop ignare pour savoir si cette équation sport = santé est prouvée quelque part chiffres en mains (sur quelles observations se fonderait-on? Quels paramètres ne risque-t-on pas d'oublier? Le sportif boit, mange, fume moins qu'un autre : n'est-ce pas l'essentiel du secret de sa prétendue santé?), il me semble en tout cas que cet avantage hypothétique est plus que compensé par le nombre considérable d'accidents divers que suscite la pratique d'un sport : gouffre de la Sécu contre lequel personne ne proteste! Il paraîtrait normal à d'aucuns que les fumeurs prennent entièrement à leur charge le cancer qu'ils ont "bien voulu" se fabriquer, mais les milliers de skieurs qui tous les ans vont gaillardement se casser un os, le manque à gagner créé par leurs arrêts de travail, ne semblent pas provoquer l'indignation des gens qui ont choisi des passe-temps moins dangereux. Et bien des sports sont nettement plus suicidaires! Si l'on prétend que c'est là que réside leur charme, il faudra réhabiliter la roulette russe.…………… Cet effort, cette "ascèse" inutile et dangereuse, me frappe surtout sa profonde niaiserie; car si le sport d'équipe contribue peut-être à développer des qualités humaines (sens de la solidarité, oui, mais entre les membres de l'équipe, tout au plus!) que d'autres disciplines (mieux comprises, moins axées sur l'émulation individuelle) pourraient promouvoir aussi bien, nul ne soutiendra qu'il y ait besoin d'intelligence pour bien jouer au foot : l'essentiel de la tactique et de la stratégie en ce domaine demande au plus une demi-journée d'apprentissage; le reste est affaire d'habileté physique. Toutes les heures consacrées au sport sont des heures où la tête ne travaille pas; et quel que soit l'effort consenti, ce sont des heures d'abandon. Oui, vous êtes crevé à la fin de l'épreuve; mais il est plus facile d'aller au bout de sa résistance physique que de se contraindre au moindre effort de raisonnement ou d'imagination. Combien de lycéens préfèreraient assurer une note par 150 "pompes" à essayer de comprendre un exercice nouveau! Ce n'est pas par hasard que les activités de clubs exigeant un effort cérébral voient tous les ans la participation chuter en catastrophe, alors que les activités sportives font le plein : l'effort physique est tracé d'avance et ne laisse jamais l'homme face à sa liberté. Certes on peut soutenir que toute activité humaine a pour objectif de nous préserver de cette confrontation, et l'on épuiserait là-dessus "un plein stylo de pensées profondes", mais du moins l'activité intellectuelle prend-elle le taureau par les cornes, alors que l'activité sportive n'est qu'oubli, abrutissement.…………… Si la pratique d'un sport est opium, que dire de la simple contemplation? De ces "sportifs" étagés sur des gradins ou étalés sur un divan, se bourrant de cacahuètes devant la retransmission des matches de la coupe du monde? Non seulement ils ne pensent pas, mais leurs muscles ne travaillent pas non plus! L'homme peut-il descendre plus bas? Dans le sommeil, au moins, il rêve.…………… C'est pourtant là une occupation si ordinaire que l'être qui ignore les résultats sportifs de "son pays" (comme si l'on pouvait réduire la France à 11 paires de mollets!) passe facilement pour anormal. Le sport, cette occupation inutile, dangereuse, bête et bêtifiante, trône au milieu des "informations" les plus importantes, et un bout de cuir poussé entre deux montants pourra éclipser les épisodes les plus meurtriers d'une guerre ou le miracle de la multiplication des impôts. Opération des plus favorable aux pouvoirs de tous ordres, et nul besoin n'est de faire remarquer que dans les pays les plus subjugués politiquement la "liberté sportive" ne laisse pas d'être absolument respectée! Pendant qu'on "supportera" les verts, les rouges ou les marrons, on ne fera pas de politique, on ne s'occupera pas du bien-être réel du citoyen. En ce sens, notre formule, calquée sur celle de Marx, peut paraître subversive : de même que la religion a pu encourager la passivité de peuples démunis et humiliés ("ne vous révoltez pas, tout vous sera rendu au centuple"), le sport, en détournant sur ses futilités l'attention des gouvernés, a pu, peut et pourra leur éviter le dur effort de songer à… autre chose.
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Publié dans Socio de basse-cour

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Héhé, c'est vrai qu'à la relecture ça sonne comme une insulte mais je vous assure que je ne tenais qu'à souligner la coincidence du sujet dans ma journée. J'ai apprécié votre article, notamment l'humour visant à mettre en concurrence nos champions et leurs homologues animaux.
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A
J'ai vu "À mort l'arbitre", bien autrefois, mais pas "Coup de tête". En tout cas, la réplique est vache, mais pertinente.<br /> Pas spécialement flatté d'une "rencontre" avec le Nouvel Obs, mais NB que mon texte datant de vingt ans, y a pas photo.
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J
non, il s'agit bien du film de jean jacques annaud avec patrick dewaere "coup de tête" et l'admirable jean bouise dans le role du patron. Le film dont tu parles est "à mort l'arbitre" mais il me semble que les acteurs sont plutot michel serrault, guy marchand et eddy mitchell (mais là je peux me tromper, je n'ai pas vérifié) Coup de tête a été tourné en 1978 avant La guerre du Feu.
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Julie, ne veux tu pas parler de ce film avec Patrick Dewaert (orthographe à vérifier!), dont j'ai oublié le titre, mais dont le réalisateur est Jean Pierre Mocky, me semble-t-il.<br /> Sinon, c'est amusant : c'est un peu le sujet que traite le Nouvel Obs, dont j'ai vu le titre aujourd'hui, quelque chose comme : "Et si le retour en force du foot était le signe d'un retour du sacré dans notre société moderne?"
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J
te souviens tu de cette réplique dans un film (je crois) de JJ Annaud, de ce PDG d'une petite usine qui finance un club de foot local? "j'entretiens onze imbéciles, pour en faire taire 200"...
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