Autoédition et flot de merde
Je me demande si ces infortunés zécrivains qui proposent leur bouquin en ligne parviennent à en vendre je ne dis pas cent, je ne dis pas dix, mais seulement UN exemplaire. Voire à trouver quelquun à qui le DONNER. En un sens la démarche est sympa, puisquils ont poussé leur délire jusquà payer un imprimeur. Mais à la façon dont la plupart dentre eux annoncent la Grande Nouvelle, jai publié Moi par Moi chez Moi-Même Éditions, on est pris de doutes relatifs à leur lucidité. À moins dêtre complètement déconnectés du réel et justiciables de lurgence psychiatrique, ils savent quils sont des dizaines de milliers à se croire producteurs de signifiance, mais chacun deux se dit : les autres ne valent rien, Moâ cest pas pareil. Voyage au bout du vouloir-vivre! Lillusion littéraire est le dernier cri de latomisation. Bien entendu il doit y avoir quelques perles dans cet abominable magma, mais on consumerait en vain sa vie à les chercher : ILS SONT TROP, et pour ma part on ne ma jamais montré, je nai jamais trouvé sur le ouaibe UN texte qui méritât dêtre publié. Pas faute de quête : hier encore, écumé deux heures durant dinconcevables poètes, et jai dû lâcher prise sans en avoir découvert UN à qui dire un mot gentil et sincère. Seigneur! Mais ces gens ne lisent RIEN, cest pas possib! Sils avaient jeté un oeil sur Char, Queneau, Prévert, Michaux, etc, comment pourraient-ils encore vomir ce torrent de platitudes prosaïques tout en se croyant merveilleusement originaux? Le pire dailleurs nest pas la banalité, ni lignorance de la grammaire (qui peut être savoureuse), mais quils tiennent pour la plupart à rimer à tout prix. Rimbaud, Kahn, Laforgue nous ont délivrés de la rime, il nest pas interdit dy revenir si on laime et si lon en est capable, mais aller chercher une assonance en é à un million de kilomètres! Cest atrocement tiraillé, on ne voit que leffort pénible, et ça me fait un mal presque physique. Oh, je sais, je sais : Ça vaut mieux que daller au bistrot. Seulement, étonnez-vous, devant ce flot de merde, que les éditeurs ne lisent plus rien que sur recommandation TRÈS énergique dun ami TRÈS proche! Quils se contentent de se faire un peu de thune sur le dos des inconnus en exigeant le double du prix-Poste pour le retour des manusses! Et quen fin de compte nous soyons condamnés à une littérature de casteux et de lèche-culs
En somme la surproduction de la France-den-bas contribue à verrouiller la citadelle de la France-den-haut; et cest sans remède.
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