Narcissisme sans bord ni rive

Publié le par Ab'alone

Eh! Deux visiteurs! Reste à savoir si les visites que je me suis rendues à moi-même (rien que pour constater l’absence d’alinéas, j'ignore comment on passe à la ligne dans ce truc) ne sont pas décomptées… En une douzaine d’heures, cent nouveaux blogs se sont ouverts dans ce seul site, il est clair que pour tout voir et tout commenter il faudrait n’avoir que ça à faire. Le monde entier passe devant votre porte, mais sans la moindre raison, la moindre velléité d’y frapper, de sorte que ce remède à la solitude tient plutôt du placebo – et même pas, car l’illusion du soulagement manque. C’est tout de même drôle de parler tout seul en ligne, on a presque envie de se confesser l’auteur de tous les assassinats non résolus de la décennie, rien que pour voir si un bon citoyen... Bof, non : mieux vaudrait se présenter comme une petite nana charmante et salace, en glanant des photos bandantes dans un site de Q. Mais franchement, la première rigolade passée, je crains que la ruée de mâles virtuels ne m’intéresse pas des masses. Il est vrai que pour ma part je n’ai distribué de messages d’encouragement qu’avec une extrême parcimonie. Pas ma faute! Le novice choit sur le train à constater l’insignifiance sans appel de neuf virgule neuf sur dix de ces blogs. Et d’abord j’aimerais bien qu’on m’explique ce qui peut se passer dans la cervelle d’un type qui ouvre un blog pour n’y écrire RIEN, pas un mot, puisque c’est le cas de la moitié d’entre eux. De tous ceux, ensuite, dont le message se résume à : “Coucou! C’est moi! J’existe! Scribo ergo sum.” Et enfin, et surtout, de ceux, étrangement nombreux, qui se disent comblés par la vie : est-ce qu’ils s’imaginent, par hasard, qu’ils vont faire partager leur bonheur aux passants? “J’aime Julot, il m’adore, et je ruisselle de félicité à sentir croître en moi le fruit de notre Amour”, etc, etc... Méthode Coué? Si l’écriture ne témoigne pas d’un manque, d’une fêlure, si elle n’est pas peu ou prou demande ou réponse, et de préférence les deux à la fois, je ne vois pas à quoi elle peut bien servir. Mais c’est moi sans doute qui ne suis pas normal, la vie que je mène l’atteste assez. Probable qu’il faut être un niais pour se confesser solitaire et insatisfait, on doit se dire qu’il y a des raisons pour ça – à supposer qu’elles ne soient pas évidentes. Tout de même, cent ouvertures et deux visites : le narcissisme éclate dans cette simple comparaison, et la moitié des commentaires le confirment, puisqu’ils sont du style “Lis-moi, viens sur mon blog!” Rien de neuf : l’autre n’est qu’oeil, et “je t’aime” ne signifie guère, dans la plupart des bouches, que : “Je m’aime par tes yeux.” Mieux vaut qu’ils soient beaux et cotés, évidemment, pour ME conférer la valeur. “Moi Tarzan-spectacle, toi Jane spectatrice extasiée”. “Moi, j’écris : vous, lisez.” À la rigueur je veux bien vous lire pour être lu, mais pas plus d’une demi-page! Est-ce que je suis comme ça, moi z’aussi? Il ne me semble pas. Mais se connaît-on?
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Publié dans Blog sur blog

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R
Mais je t'aime parce que tu m'aimes, l'effet est le même, même si la cause est narcissique : je t'aime maintenant. "je m'aime par tes yeux" est une phrase inutile.L'effrayé, qui se déteste par tes yeux, qui te déteste.
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Ã
On a besoin de sentir qu'on est vivant... ces messages du style "passe moi le sel" c'est un témoignage qui nous interpelle à grand cri! et nous que faisons nous pour être vivant? Qu'est-ce qu'être normal ? selon quelles normes ? vous êtes un prof de philo ?
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