Pedibus cum jambis
Est-ce d'aller si rarement à sa rencontre? Je trouve la terre bigrement belle encore, et pas si grouillante qu'on s'en plaint. C'est dans les villes qu'on polyfrère, et quand on en sort, c'est pour s'agglutiner au bord de l'eau. Toute venelle est asphaltée désormais, dès qu'elle mène chez un ermite, et mieux vaut éviter l'été les musts de la rando, comme le G.R. corse; mais de Morlaix à Menton, ou de Wissembourg à Biarritz, on peut s'offrir cent variantes de diag-hexagonales par les sentiers, quasi sans rencontrer un chat : rare qui s'aventure loin des parkings.
Ces joies hélas ne sont plus à ma portée : depuis dix ans un orteil mortonisé raccourcit mes étapes; le sac à dos, je ne sais trop comment, s'est mis à peser; et l'entraînement progressif ne fut jamais mon fort, de sorte que souvent, parti pour une semaine, je rentre le lendemain en clopinant. À se demander comment je vais me débrouiller sur le trimard! Il perd beaucoup de son charme à l'automne des années et à la lumière de l'expérience : les horizons, c'est bien joli; mais il faut arriver; et comme que comme, ailleurs déçoit toujours, en devenant ici même. Ajoutez que dans ce pays, il est six ou huit mois qu'on ne passe pas agréablement à l'auberge de la Grande Ourse : ça caille, ça mouille, et les nuits sont longues, quand on ne jouit pas d'un gros capital de vie intérieure.
Il est vrai que je dispose de quelques masures abandonnées, surtout dans le Massif Central : moins que je ne devrais, car j'en ai oublié les trois quarts; et puis ces tuyaux-là ne sont pas coulés dans l'acier : les toitures s'effondrent, et dix ans après, on ne trouve qu'un champ de ruines en lieu et place d'une résidence secondaire; ou, au rebours, des friqués s'y sont installés : ils ont mis des portes, des fenêtres, et des serrures, pour marquer leur territoire; parfois même un bel écriteau : tout ébaubi, à ma dernière virée dans les Cévennes, de découvrir l'Hermet, si bien nommé, où j'avais jadis passé un an sans voir une trogne, rebaptisé "Barrabon"! Pourquoi pas "Ça m'suffit", eh, blaireaux? Invective injuste : je vous admire d'avoir capté la source que j'avais mis, moi, trois bons mois à trouver. Une bouteille de gaz, et qui sait si vous n'avez pas l'eau chaude, dans votre cigalou? Je n'ai pas vérifié; et ne suis pas passéiste au point de regretter les bidons gelés des matins d'hiver. Allons, je vous pardonne, si vous n'avez pas empletté par-devant notaire.
Il y avait en Haut-Aragon, pas loin du parc d'Ordesa envahi de marcheurs, de fantastiques pueblos deshabitados, hélas envahis de bovins, tapissés de bouse, et tout vrombissants de mouches enquiquinantes : les a-t-on "repris"? Partout où l'agriculture ne fait plus ses frais, et ce sont les régions les plus pittoresques des pays riches, l'occasion à saisir abonde Quand les fonds baissent plus vite que de coutume, je me prends à caresser le projet d'un centre de relaxation/méditation/ amaigrissement dans un trou de ce genre, accessible seulement à pinces. Résultats garantis, surtout le 3, puisque je n'y servirais que des rations de famine Bien sûr j'échoue sur l'écueil de la pub nécessaire, sur l'inaptitude à vendre, à se vendre, qui annihile toute idée et puis j'ai comme une répugnance à peupler d'estivants des lieux qui ne tirent leur charme que de leur abandon.
Allons, pas chien : à l'intention des pépés-rando, un tuyau tout frais pour boucler cette éluc décousue de post-vadrouille : l'Aubrac, tout de suite! Comme les nuits sont frisquettes encore, on n'a pas lâché les troupeaux, qui peuvent s'avérer dangereux l'été (vaches parfois vaches, et surtout taureaux en liberté : plaisante expérience que d'en avoir un de CHAQUE CÔTÉ d'un barbelé!) et si vous arrivez à vous arracher les piquets de la vue, on respire à pleins poumons du côté de Mailhebiau. Horizons dégagés, pentes raisonnables, ruisseaux buvables, effort modéré à se demander pourquoi je n'y suis pas resté.
Ces joies hélas ne sont plus à ma portée : depuis dix ans un orteil mortonisé raccourcit mes étapes; le sac à dos, je ne sais trop comment, s'est mis à peser; et l'entraînement progressif ne fut jamais mon fort, de sorte que souvent, parti pour une semaine, je rentre le lendemain en clopinant. À se demander comment je vais me débrouiller sur le trimard! Il perd beaucoup de son charme à l'automne des années et à la lumière de l'expérience : les horizons, c'est bien joli; mais il faut arriver; et comme que comme, ailleurs déçoit toujours, en devenant ici même. Ajoutez que dans ce pays, il est six ou huit mois qu'on ne passe pas agréablement à l'auberge de la Grande Ourse : ça caille, ça mouille, et les nuits sont longues, quand on ne jouit pas d'un gros capital de vie intérieure.
Il est vrai que je dispose de quelques masures abandonnées, surtout dans le Massif Central : moins que je ne devrais, car j'en ai oublié les trois quarts; et puis ces tuyaux-là ne sont pas coulés dans l'acier : les toitures s'effondrent, et dix ans après, on ne trouve qu'un champ de ruines en lieu et place d'une résidence secondaire; ou, au rebours, des friqués s'y sont installés : ils ont mis des portes, des fenêtres, et des serrures, pour marquer leur territoire; parfois même un bel écriteau : tout ébaubi, à ma dernière virée dans les Cévennes, de découvrir l'Hermet, si bien nommé, où j'avais jadis passé un an sans voir une trogne, rebaptisé "Barrabon"! Pourquoi pas "Ça m'suffit", eh, blaireaux? Invective injuste : je vous admire d'avoir capté la source que j'avais mis, moi, trois bons mois à trouver. Une bouteille de gaz, et qui sait si vous n'avez pas l'eau chaude, dans votre cigalou? Je n'ai pas vérifié; et ne suis pas passéiste au point de regretter les bidons gelés des matins d'hiver. Allons, je vous pardonne, si vous n'avez pas empletté par-devant notaire.
Il y avait en Haut-Aragon, pas loin du parc d'Ordesa envahi de marcheurs, de fantastiques pueblos deshabitados, hélas envahis de bovins, tapissés de bouse, et tout vrombissants de mouches enquiquinantes : les a-t-on "repris"? Partout où l'agriculture ne fait plus ses frais, et ce sont les régions les plus pittoresques des pays riches, l'occasion à saisir abonde Quand les fonds baissent plus vite que de coutume, je me prends à caresser le projet d'un centre de relaxation/méditation/ amaigrissement dans un trou de ce genre, accessible seulement à pinces. Résultats garantis, surtout le 3, puisque je n'y servirais que des rations de famine Bien sûr j'échoue sur l'écueil de la pub nécessaire, sur l'inaptitude à vendre, à se vendre, qui annihile toute idée et puis j'ai comme une répugnance à peupler d'estivants des lieux qui ne tirent leur charme que de leur abandon.
Allons, pas chien : à l'intention des pépés-rando, un tuyau tout frais pour boucler cette éluc décousue de post-vadrouille : l'Aubrac, tout de suite! Comme les nuits sont frisquettes encore, on n'a pas lâché les troupeaux, qui peuvent s'avérer dangereux l'été (vaches parfois vaches, et surtout taureaux en liberté : plaisante expérience que d'en avoir un de CHAQUE CÔTÉ d'un barbelé!) et si vous arrivez à vous arracher les piquets de la vue, on respire à pleins poumons du côté de Mailhebiau. Horizons dégagés, pentes raisonnables, ruisseaux buvables, effort modéré à se demander pourquoi je n'y suis pas resté.
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