Mieux vaut une saloperie qu'un désordre
"Un soldat de la compagnie de mestre de camp estant yvre, entra par une des fenestres dans l'eglise de ce bourg, et alla piller le calice et le saint ciboire. Le curé entendant du bruit de sa chambre qui joignoit la sacristie, entra brusquement et trouva le soldat sur l'autel qui avoit rompu la petite porte du tabernacle. Il resortit aussi-tost, referma la porte, et me vint faire plainte de cette action. Je cours à l'eglise avec quatre ou cinq officiers, et j'y trouve le soldat, qui d'abord se jette à mes pieds pour me demander pardon. C'est à Dieu, luy dis-je, coquin, qu'il le faut demander; et en mesme temps je le fais desarmer et mener dans le corps de garde de mon logis. Je commande au major du regiment qu'il fasse informer de l'action, et qu'il donne ordre de ma part aux capitaines de se trouver le lendemain chez moy pour y tenir le conseil de guerre : ils s'y trouvent, et tous condamnent ce soldat à la mort. On met le regiment en bataille dans la place, on attache le soldat à un posteau de la halle, aprés qu'il eût choisi son parrain, qui est celuy qui le doit harquebuser. Dans ce temps-là, les enseignes du regiment me vinrent demander sa grace : je la leur refusay, mais avec peine; car sa jeunesse, sa famille des principales de Monbart, le vin qui luy avoit osté la raison, tout cela me parloit en sa faveur. Les soldats qui me virent ébranlé, commencerent à crier, grace, grace. Cela me fléchissoit encore; et s'ils en fussent demeuré là, je l'allois faire détacher, et j'aurois sursis l'execution jusques à ce que j'eusse obtenu la grace du roy, qui estoit aisée à obtenir. Mais la pluspart des soldats sortant des rangs vont à la halle pour délier ce criminel : alors les officiers et moy l'épée à la main faisons rentrer les soldats; et de peur qu'ils ne crussent que le bruit qu'ils avoient fait ne m'eust arraché cette grace, et que cela ne les portast à quelque sédition en une autre rencontre, je fis harquebuser le coupable sur le champ : ce qui me parut une marque asseurée que Dieu ne vouloit pas qu'un crime qui s'adressoit directement à luy, demeurast sans punition."
(Bussy-Rabutin, Mémoires, année 1638)
Remarquez, s'il vous plaist, que ce faux-derche ne croit probablement ni à Dieu ni à diable Et il a passé la plus grande part de sa vie en exil! À qui se fier? Je te lui en aurais réservé une bonne, de balle, dans le dos, lors d'un assaut
(Bussy-Rabutin, Mémoires, année 1638)
Remarquez, s'il vous plaist, que ce faux-derche ne croit probablement ni à Dieu ni à diable Et il a passé la plus grande part de sa vie en exil! À qui se fier? Je te lui en aurais réservé une bonne, de balle, dans le dos, lors d'un assaut
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