W.C. 10 : La pause! ou l'effondrement.
Dix ou douze heures que je suis réveillé, et, souvent, comme un coup de barre post-prandial. L'été, je vais rissoler sur le balcon : bien aplati, je ne suis visible que d'avion, ou de ma voisine, mais il faudrait qu'elle se penchât, et je doute que mes fesses l'intéressent. Tant pis pour elle : à la fin septembre, elles sont d'une couleur chocolat très comestible. Mais la couleur n'est qu'une facette de la question. Les brumes et les pluies d'octobre ont peu à peu réduit à rien cette inactivité-là, et c'en est fait pour six mois : il faut se reposer à l'intérieur. La sieste, non : jamais réussi, même au cur de l'Afrique, par 50° à l'ombre d'un toit de tôle (ils avaient balancé la laine de verre, la prenant pour l'emballage) : dans un silence de mort, j'entendais presque les gouttes de sueur, plic, plic, plic, tomber sur mon paquet d'abominables copies, noyant à peine une faute sur cent. Alors, au lit, certes, mais avec un bouquin. Et il importe de bien le choisir, car s'il m'empoigne trop, m'y voilà embarqué jusqu'au dodo du soir
"Bah, encore un chapitre"
"Offf, tant qu'à faire, je le finis"
Oui, seulement si c'est à cinq ou six heures, il ne reste plus assez de jour pour que ça vaille le coup de se remettre à la tâche : toujours la même, je n'y reviens pas, voir les chapitres précédents! C'est la seule : un hobby tout au plus, un amusement pour un autre; pour moi, c'est tout le reste qui n'est qu'amusement. Courses, rangement, nettoyage, lessive, repassage (pas très doué, mais j'en raffole : surtout le lin, mmmm! ce lisse qui succède aux rides! la tentation de se repasser pareillement la tronche!), déco, artisteries diverses (mobiles, gouaches, pastels
le tout en voie de régression). À la sainte Écriture seule sont attachées les affres de la contingence et les tourments du créateur, Elle seule DOIT s'avérer, après coup, nécessaire. Pas la présente, évidemment, et je crois que ça me fait grand bien, pour une fois, d'écrire sans trop me préoccuper du cap, et de tirer toutes les bordées du caprice : presque aussi librement que si je balançais mes couleurs sur une toile ou un T-shirt, juste pour le plaisir, et sans viser (heureusement) à l'irréprochable, au "plus beau T-shirt de tous les temps". Rien ne me conviendrait mieux, je crois, qu'un chauffe-marmite artisanal, auquel je consacrerais les aprèms : poterie, calligraphie, travail du bois
plutôt des pièces d'échecs que des meubles, attendu l'absence d'aide pour les trimbaler. Seulement la production achopperait au même hic que mes écrits : comment l'écouler? Je ne me vois pas du tout dépliant ma petite table aux puces de P. et affrontant les engueulades des voisins ou le marchandage insolent des chineurs. Pas de place pour un écorché vif dans le monde de la libre entreprise! Et même ailleurs
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