W.C. 9 : Bouffer, bâfrer, jeûner

Publié le par Ab'alone

Je raffole de bouffer. La seule jouissance, je crois bien, avec celle de la lecture, qui n'ait pas besoin de l'œil d'autrui, présent ou espéré, pour s'épanouir. Encore jouit-on, en lisant, d'échapper à soi, et quand l'ego fait retour, c'est par le biais d'une jalousie de confrère qui ne manque pas de perturber la félicité de l'usager : "Merde! Ce blaireau écrit mieux que moi!" Qui sait si le quart d'heure du graillou n'est pas, à part quelques branlettes de plus en plus distraites et espacées, le seul moment du jour où j'adhère authentiquement à moi-même? Si j'en avais le pouvoir, je choisirais d'être vache, pour brouter et ruminer indéfiniment : l'homme hélas a trop vite expédié la besogne.…………… Du temps de ma vie sociale, je me suis taillé une petite réputation par mes capacités d'absorption, notamment de frites, de châtaignes, de cacahuètes, de noix de cajou, voire de pain bien croûteux, car le Grand Manitou m'a fait cette fleur : je ne crache pas sur la poêlée de langues de rossignols avec ses légumes de saison et son coulis de machinchouette, mais prédilectionne les mets les plus simples, et l'aubergiste isolé, à Madagascar, qui, faute de pain au petit déj, m'a refilé de la langouste à la place, ne m'a pas vraiment fait plaisir. J'ai gagné quelques concours, notamment un, à Maurice ("concou' manzé" dans un restau chinois), où j'étais opposé à un adversaire de 120 kgs, lequel, quoique perdant, a dû s'aliter immédiatement. Avouons que pour ma part j'ai failli crever d'indigestion un an plus tard suite à la déglutition d'une lessiveuse de potée catalane préparée par ma frangine, cordon bleu plus qu'honorable, et que j'ai mesuré à cette occasion la pertinence du mot attribué tantôt à La Mettrie, tantôt à lord Tyrconnel, tantôt à tel autre bâfreur du XVIIIème : un mendiant tend la main à la fenêtre du carrosse : "Par pitié, Monseigneur! Je meurs de faim! – Coquin! J'aimerais bien être à ta place!" Ayant tâté des deux, je confirme : passés un ou deux jours de tiraillements d'estomac, tout me porte à croire (je n'ai jamais poussé le jeûne total au delà d'une semaine) qu'on crève de faim sans douleur, et je soupçonne les écrivains bourges qui nous en ont fait des descriptions horrifiques d'avoir bêtement multiplié par cent les fringales d'un repas retardé. L'indigestion, en revanche, pas cadeau, croyez-m'en : mon dernier excès-déprime remonte à juin, et si le détail des plats de résistance a déserté mon écumémoire, je me souviens encore du dessert : trente-six yaourts aux fruits, pas un de moinsse, et ç'eût été plus si j'eusse disposé de plus dans mon perchoir : dès lors que j'ai craqué, tout y passe.…………… Connaissant cette propension, j'ai soin à l'ordinaire de ne stocker que du peu attirant, soit intrinsèquement, soit du fait de la répétition : depuis que j'ai trouvé, tardivement, le chemin de chez LIDL, la base de mon alimentation quotidienne consiste en une boîte de ravioli bolognaise-canigou (0,79 balle) saupoudrée de gruyère râpé; en guise de dessert, tantôt un, tantôt deux bocaux de "compote de pomme allégée" à 0,39 balle pièce. À l'occasion quelques œufs, et, le jour des courses, une baguette, un frometon, des fruits : au grand max, toutes bombances incluses, dans les deux-trois euros par jour, moins de mille par an, que viennent quasi-doubler thé, café, tabac et chouinegomme. Ce n'est pas la lésine, pourtant, qui motive un tel rationnement, mais la peur de l'obésité : si le gras va moins mal aux femmes qu'elles ne l'imaginent (après tout, que sont de "belles formes", sinon du gras bien placé? Foin de ces squelettes dont l'étreinte vous laisse marbré!) un mâle adipeux me paraît grotesque, et, laid pour laid, je préfère effrayer à égayer la galerie.…………… Version RAISONNABLE. Mais quand on sait que sans pratiquer une autre forme de sport que "du lit au fauteuil, et puis du lit au lit", je pèse avec montre et lunettes 55 kgs pour 1m75, et suis parvenu cet été, à force de sudations balconnières, à toucher la barre des 48, on peut s'interroger sur le sens réel de cette "course à la ligne Bergen-Belsen" : méditerais-je de me sculpter en statue vivante de l'anti-hédonisme? Ou de devenir pur esprit à force de me serrer la ceinture? Ces momeries ne relèvent-elles pas de l'autopunition? Ne constituent-elles pas une réponse à une culpabilité secrète? Une mise en scène, une mise en corps, de l'insatisfaction? "Voyez ce que vous m'avez fait, tous, et à commencer par Toi, là-haut, gros Salaud!" Tout masochisme est ostensible, et c'est l'Autre qu'on prétend faire souffrir et accuser en se torturant. Ce qui atteste, notons-le au passage, que la croyance à l'amour n'est pas tout à fait morte.
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Publié dans Wie Crottidienne

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C
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A
Prends le temps, ô Julie<br /> De piger c'que tu lis…<br /> Je n'ai jamais dit que les gros lards déplussent aux femmes, et tu peux bien t'éprendre du bonhomme Michelin si c'est ton goût! C'est À MOI que les adipeux paraissent plutôt du registre comique. Un tort, peut-être, car je crois le "bon gros" largement mythique : j'ai surtout rencontré de gros salauds.<br /> Le sentiment de culpabilité, chère Claudia, n'a pas grand'chose à voir avec une faute réelle : iil faudra revenir un de ces quatre sur ce distinguo basique.<br /> Quant aux petits plats, vade retro, Satana! Une jolie "campaillette" au levain suffit à me faire saliver.
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C
Perso, je n’aime pas les gros (dit-elle très délicatement…). L’image qu’ils dégagent est le laisser-aller, et le message qu’ils me suggèrent est « gros dans son corps = gros dans sa tête ». C’est réducteur, mais c’est mon « a priori », donc susceptible de se renverser diamétralement…<br /> Mais bon, la panse du gros jovial, la bedaine de comptoir, telle que tu peux te demander depuis combien de temps le type n’a pas aperçu ses couilles, ya pas de quoi se relever la nuit… Sans parler, de l’activité crac-crac, le gras de bide limitant considérablement les possibilités techniques de l’exercice…<br /> Ceci dit, Ab’alone, si je peux me permettre, t’es un poil trop maigre, tu vas te cailler les miches cet hiver… Fais toi donc des petits plaisirs culinaires simples mais délicieux, genre les patates au lard (recette à ta disposition), et cesse d’expier les fautes des autres. Sinon, je peux te mettre un gâteau au chocolat en pièce jointe à mon prochain comm…<br /> Claudia Chiffon, prix Nobel de diététique<br />
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J
pourquoi crois tu que les femmes n'aiment pas les hommes avec une petite brioche rassurante? Les plus grands séducteurs ne sont peut etre pas ceux que tu croies...au yeux des femmes en tout cas. Richard Gere ou Brad Pitt me laissent froide, mais la rondeur d'un Cremer ou la carrure d'un Auteuil, ahhhhhhhh!
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