Wie Crottidienne 1 : "Longtemps, je me suis couché de bonne heure."

Publié le par Ab'alone

Aouaouaouah! Aaaah! Leurkilest, millétrons? Encore trop tôt, parierais… J'allume la lampe, et pêche à tâtons les lunettes sans lesquelles je ne parviens pas à distinguer la grande aiguille de la petite… Damnation! Onze heures et demie! POST MERIDIEM, NdA. Comme j'ai sombré à neuf, je trouve la ration mince. Remarquez, je ne suis pas vraiment fatigué : glandant tout le jour, j'ai sans doute peu à "récupérer". Mais se lever avant minuit, c'est fou, ça s'fait pas! Et puis, c'est vingt heures de vasouillage garanties. Alors, je r'éteins. Che fare? Un somnifère épaissirait la pâte sans m'endormir. Deux? Dix? Ce serait grignoter les stocks du Grand Jour Noir, et à mon âge on ne peut pas se permettre de se rater : faut garder au moins dix boîtes. Alors, une tite branlette? Bof… Le cinérotique patine, quand la réalisation échappe à ce point au vraisemblable : difficile d'imaginer ma blonde voisine venant se réfugier chez moi en nuisette. Pas vraiment mon genre, d'ailleurs : trop virile, j'entends d'ici ses "Fais ci, fais ça, oui, comme ça, non, plus haut" qui me l'affaissent d'avance, je n'aime que les petites choses fragiles et silencieuses dans le déduit, et je vous prie de croire que politiquement je n'approuve pas du tout ma libido! Un féministe comme mézigue! Mais ma libido compisse mon opinion : les chiens aboient, la caravane passe… et se perd dans les sables. Pas une bonne idée, d'ailleurs, voir plus haut : plus de vase, certes, mais l'assoupissement, lui, n'est pas garanti. Aouahouahouah… Clic, schlop. Minuit moins vingt-cinq. Et demain, quoi? Onze heures, puis dix… Retour à la vie sociale en sens inverse des aiguilles? QUELLE vie sociale?? Clic, schlop. Au moins si j'avais une raison de me lever, une grinde tââche à accomplir, au lieu d'une grosse tache à traîner jusqu'au soir! Si la pandémie zoizeautique nous emportait dans son tourbillon, si l'on recrutait désespérément des infirmiers bénévoles ou laveurs de morts! C'est ça qui serait chouette… Se rendre Hutile! Comptes-y, et sirote tes minutes! Plic… plic… plic… "Je m'emmerde en moi comme en un manoir trop connu"… La relaxation? J'ai essayé, j'essaie toutes les nuits. Le presque-pire des manches y arrive, dit-on. Le pire, non, voilà l'ennui. Ma jambe pèse, pèse, pèèèse, elle s'amalgame au pieu, je ne la sens plus… Fume! Et en commençant par la tête, c'est pas mieux. Je me demande si de l'intérieur je sais cexé, un muscle relâché. C'est comme la "forme", j'en ai juste entendu parler. Tu ne t'appliques pas assez, banane, tu es incapable de concentration. C'est vrai, ma pensée fuit par tous les trous, je n'arrive pas à "fixer la rose". Bouquiner, en espérant que?… Mais l'œil me cuit encore du bouquinage excessif d'hier, à ce rythme je vais claquer aveugle……………… Alors je repasse le cauchemar de la nuit. C'est lui qui m'a réveillé, l'immeuble est familial, pénible le jour, mais silencieux à l'heure de Nosferatu, du moins quand une bande de loubs ne s'est pas fourré dans le bulbe rachidien de venir tout cassetaguer. Voyons… J'étais poursuivi par un grand méchant… kekchose comme papa, avec quelques ajouts. Je vous passe les péripéties floues et barbantes, ça finissait plutôt mal, puisqu'il me transformait en chair à saucisse bien fluide, qu'armé de la douche-téléphone il propulsait dans les canalisations. Schluuurp, et debout les morts! On a vu pire, pas de quoi s'émouvoir. Mon inconscient dispose d'un riche jeu de supplices, je me demande parfois où il va chercher tout… Ça, arf, mais mon rôle ne m'absorbe jamais entièrement : il y a une part de moi, au sein du sommeil paradoxal, qui assiste en spectateur, en dilettante : "Oh, le beau rêve, rêvé-je, filmé par Gilliam, ça ferait un chef-d'œuvre!" Plus angoissante, la leçon de la nuit, le message presque unique auquel renvoient tous ces scénars kitsch : "Tu es une merde! Tu vas crever sans avoir vécu! Sans avoir rien compris! Tu n'auras fait que rêver, pauvre cloche!" Et de fait ce versant sombre est terriblement lumineux : tout ç'à quoi la veille j'avais cru croire, mes projets, mes espoirs, mes "vérités", l'éclairage nocturne le fond en flaques de vouloir-vivre pitoyable. À suivre… ou à éviter! Demain, j'essaie de me lever. Je vous préviens pour que vous preniez vos dispositions.
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Publié dans Wie Crottidienne

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M
Excellent, j'aime beaucoup le style : une tranche de vie bien saignante ! Fais gaffe quand-même : être trop lucide, ça peut tuer...
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C
Aouaouaouah! Aaaah ?? C’est donc toi qui as fait tout ce bruit la nuit dernière, et qui m’a empêchée de dormir ? Schlop ? Schluuurp ? Bah dis donc, tu n’as pas l’insomnie silencieuse, toi… Arffff, je connais les symptômes que tu décris… Je crois, c’est un avis perso, qu’il faut faire une péréquation entre les pensées diurnes, et les idées sombres nocturnes… Si ce n’est pas suffisant, refaire la manip, selon les saisons, ou les jours pairs et impairs… Il faut trouver le moyen de moyenner, quoi…Sinon, comment veux-tu qu’on s’en sorte ? Faut bien se renarcissiser un peu de temps en temps, non ? M’enfin !...
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