Snuff movies

Publié le par Ab'alone

Il faudra consacrer un jour un texticule à un des livres les plus décapants que j'aie lus, au titre fait pour rester dans l'ombre… "L'illustre inconnu", de Jean-Marie Geng, un pamphlet débordant de vigueur et d'alacrité sur les mécanismes et stratégies d'accès à la notoriété, et que l'intelligentsia, ce me semble, ne lui a jamais pardonné. Mais je parle de ça dans le brouillard, et sans persécution aucune la piètre production qui a suivi suffirait à expliquer la stagnation du bonhomme : après quatre remarquables ouvrages de libre théorie (outre "L'illustre inconnu", "Information-mystification", le "Traité des Censures", et "Mauvaises pensées d'un travailleur social") ledit Geng a changé de nom et s'est mis à produire à la chaîne, sous l'appellation de "romans", des tartines de lymphe nombrilistes où quasi-rien ne subsiste de l'insolence souveraine de ses débuts. Indicible misère du demi-percement! Quand on a deux mille lecteurs, et eux seuls pour source de revenu, il est nécessaire, pour avoir du pain, de TROP produire : la qualité en souffre, le lectorat s'effrite… et ainsi de suite. Je l'avais lâché après un polar affligeant, intitulé "Le salon" : les intellos s'imaginent que lorsqu'ils s'attellent à un "genre mineur", ils vont nécessairement faire des étincelles, et ça donne à peu près toujours des intrigues aussi indigestes qu'invraisemblables. Comme en plus il ne craignait pas de mettre en scène un poète qui lui ressemblait comme un frère, de citer ses écrits comme ceux d'un mort illustre… enfin, paix à cette tombe, c'était encore plus mauvais qu'un roman d'Edgar Faure. Hélas "Max Genève" s'opiniâtre à survivre à son génie, et diffuse tout de même un minimum, puisque j'aperçois de lui à la bibal une série d'aventures du détective Simon Rose, un gentil garçon bourré d'intuition jusqu'aux sourcils (c'est plus facile, ça ne s'explique pas) et nostalgique incurable de mai 68, qui vit chez sa maman et baise toutes les nanas qui passent. Lecture de contrôle… Un cadavre, hélas, rien à rabattre ou à ajouter, il ne croit même plus en lui-même. Pourtant je tique de voir ce ci-devant démystificateur émérite apporter (dans "Tigresses") sa crocrotte au mythe des snuff movies. Pas le seul : "La sirène rouge" de Dantec est le plus connu, on en a tiré un film littéralement grotesque, qui m'a obnubilé le bouquin. "Nécroprocesseurs" de Vettier est nettement plus prenant, à mon avis; et il y a dans "The brave" de Gregory Mcdonald, une scène absurde (puisque le type qui engage un paumé pour le faire périr dans les tortures lui raconte à l'avance ce qui va lui arriver, avant de le relâcher dans la nature avec une petite avance) mais saisissante : "Et puis il prend une petite scie, il t'écarte bien les jambes, il te la coupe. – Quoi?" Rafael avait le regard fixé sur le dos du gros homme. "J'ai pas bien entendu…" L'oncle se retourna et lui montra son entrejambe. "Il te la coupera", dit-il. En baissant les yeux, Rafael se rendit compte qu'il bandait. L'oncle sourit : "C'est normal. C'est bien. De toute façon, elle ne te servira plus à rien, Rafael. Comprends-moi bien. C'est dans le scénario. […] Pendant que l'un des gars montrera à la caméra ce qu'il vient de couper, l'autre te détachera un bras. Je crains que tu ne sois plus très combatif à ce moment-là, mon garçon. Tu peux toujours essayer de te lever, je sais pas. Il ira chercher un couteau bien affûté et il t'éventrera. Tu vois ce que je veux dire?"…………… J'avoue ma fascination, je suis bluffé par la bonhomie du ton, le côté paternel de "l'oncle". Mais enfin raisonnons un peu. Est-il concevable que ce genre de film existe VRAIMENT sans qu'on en ait jamais vu un? Que certains sadiques puissent trouver un surcroît de plaisir à enregistrer et à revoir leurs propres exploits, ce n'est pas ce que je conteste. C'est à la commercialisation que je m'achoppe, et c'est d'elle qu'émane le parfum spécial du thème : de ce public de crypto-saligauds issus des 200 familles, prêts à payer pour s'offrir une petite vidéo mortelle. À payer COMBIEN? Pour que l'activité soit rentable, on a le choix entre des prix prohibitifs et un grand nombre de copies. Dès lors qu'on tire à cent, le risque de se faire pécho est énorme, dans la mesure où l'acquéreur, lui, en prend un bien moindre à faire d'imprudentes projections aux copains : il n'a tué personne. Et comment être sûr de ne pas tomber sur un flic ou un provocateur? ou que la filmothèque d'un mort ne sera pas apportée au commissariat par des héritiers horrifiés? Si l'on tire à très peu, alors on est obligé d'exiger PLUS pour un film que ne coûterait la séance elle-même, et il est moins dispendieux de l'organiser dans son château ou sa fazenda, qu'on participe ou se contente de regarder. Laissons pour le moment la morale de côté : cette industrie me paraît un non-sens économique.……………… SGDG ni certitude aucune! C'est en somme (comme d'hab) la thèse de la dissert, en attente de l'antithèse et de la synthèse. Il est vrai que je trouve l'attente longuette. Je serais très obligé à ma fliquette préférée, la seule qui ose me chahuter un peu (intelligemment, s'entend), de bien vouloir me dire ce qu'elle en pense, sans hésiter à trahir le secret professionnel : la police y croit-elle? En avez-vous VU? Devant un témoin sûr, je suis prêt à baisser le pavillon de l'a priori.
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Publié dans Socio de basse-cour

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C
Hum…(je tousse pour m’éclaircir la voix…) Pour commencer, je voulais te dire que la scène que tu rapportes, où le type énumère les tortures à venir.. « Et on te coupera la queue, et on te coupera un bras, et on te coupera un pied, et on te coupera l’estomac.. Aaaaa a a a a alouetteuuuh !! » me fait penser à une scène de Sacré Graal des Monthy Python, où un chevalier en armure défendant l’accès d’un sentier, se fait trancher successivement par le z’héros, les deux bras et les deux jambes, pour finir, homme-tronc sautillant sur son fessier, et braillant « Reviens espèce de lâche ! ». Comme quoi…Pour revenir à ton sujet, en plus de quinze ans de Police, je n’ai jamais entendu parler de ça, ou plus précisément d’enquête sur ce genre de films… ce qui ne veut pas dire que ça n’existe pas. La Brigade des Mineurs visionne bien des horreurs, mais ça, jamais entendu parler à part la rumeur. « On dit que »… et comme tous les tournages « clandestins » et douteux, que cela concerne des gens haut placés, jouissant d’immunités haut placées elles aussi, et que les enquêtes sont étouffées dans l’œuf. Mais ce n’est que la rumeur… Va savoir. Je n’ai pas davantage entendu parler de procès d’assises jugeant ce genre d’affaire. Alors comme dirait la nénette qui me vend mes clopes, « tout est possible »… je ne suis pas loin de penser comme elle. Hum…
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