Chat échaudé…

Publié le par Ab'alone

Il y a six ans, je créchais dans un grenier en Provence, sur les tuiles duquel Mahomed frappait à bras raccourcis; j'usais d'un Powerbook ramené de Guyane, et sans doute fragilisé par les hygrométries qu'il avait connues là-bas. La pauvre bestiole a dû subir une insolation (avec quelle irrévérence le maraud parle de son maître!), et dans mes efforts maladroits pour lui porter secours, j'ai réussi à vider le disque dur : ne me demandez pas comment, pour mézigue c'est de la magie, et je m'étonne tous les jours que ça marche encore. Mais en cestuy-là dont j'évoque le souvenir maudit, ça ne marchait plus du tout, et comme je sauvegardais chaque fois qu'il me tombait un œil, pour comble sur des disquettes aux trois quarts bouffées de champignons, j'ai réalisé avec une stupeur proche du désespoir que s'étaient volatilisés 50% de mes topos, devoirs, corrigés, etc (j'étais prof, et MOI, je ne pompais pas les A[n]nales) plus tous les ours en cours – dont je porte le deuil comme de chefs-d'œuvre, alors que leur qualité ne m'avait pas vraiment ébloui de leur vivant. Honneur aux défunts! Impossible de faire larmoyer les chaumières sur une perte pareille, et je n'essaie pas : en ces matières, à peine avez-vous le dos tourné que les condoléances virent à l'esclaffement : à qui voudriez-vous faire croire que vous auriez vu brûler la baraque (d'ailleurs assurée, elle) d'un meilleur cœur que mille A4 virtuelles, qui n'ont de valeur que pour vous? On peut comprendre toutefois, même sans être passé par là, qu'une certaine frilosité soit née de cette triste expérience, ou plutôt y ait trouvé à croître et embellir, car je crains bien d'être de nature (ou de formation) inerte et mesquin, porté à rafistoler toujours tant que ça roule, au lieu d'entreprendre, si utiles qu'elles paraissent, des rénovations qui commencent par des démolitions. Il y a dans le "Livre des bides" l'histoire d'un voyageur de commerce qui a effectué 80000 kms en marche arrière, vu que c'était la seule vitesse qui fonctionnait encore dans sa caisse : je m'y reconnais, et sens d'ici le torticolis du bonhomme. Mais quoi, chers amis – hum, voilà un mot d'une abusive familiarité, car les chiffres que je citais avant-hier semblent bien indiquer, à l'opposé des conclusions que j'en tirais étourdiment, que vous cliquez ici comme on zappe et revenez rarement. N'importe! Chers inconnus, s'il en reste, dans un quart d'heure environ je presserai sur la d… blague! en fait sur le disque "Mac OS X" empletté au raBay et détenu depuis plus d'un mois. IL LE FAUT pour charger ensuite Firefox et disposer ainsi des alinéas et italiques dont la privation me pèse et me lèse. Opération de routine pour un humain normal, mais dont j'ai lieu de redouter, attendu mes capacités propres et l'absence de toute assistance, des retombées radioactives, non point fatales à mes fichiers cette fois, puisque je me suis muni d'un Zip, mais au fil ténu qui me relie au monde, c'est-à-dire à vous. Adieu? Ptêt pas quand même… Mais quelques jours de silence radio probablement, durant lesquels seuls les télépathes confirmés pourront capter mes hurlements de rage et de désespoir face à la mécanique. Assez ampoulé pour aujourd'hui! On poste, et on s'y met! L'Aventure! La peur me noue les boyaux. Mais que voulez-vous, avec le maximum en émotivité à tous les tests, on est mal barré pour doubler Paul Newman ou Jean Gabin. Le stoïcisme est plus facile aux bouts de bois.
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