Une correspondance, 2

Publié le par Ab'alone

Ab'alone —> Xix (30/11)
Il me semble n’avoir pas si mal compris que c’est l’attitude des autres que tu prétendais élucider; mais puisque tu t’autorises à faire du sous-marin dans le psychisme du “malade” soussigné (ce dont je ne te fais nullement grief entre quat’z’yeux) permets-moi de te dire que les continuels glissements de ton texte des autres à moi, ou à toi-même, rendaient plus que suspecte la pétition de principe, et que j’étais assez fondé à supposer que “les autres” (qu’au reste tu cernais peut-être avec pertinence) ne servaient que de couverture à ton agressivité. Quand je lis, et pas hâtivement du tout : “N’as tu pas au contraire pleinement conscience, trop peut-être, de donner ta confiture à des cochons?” je ne vois pas que ce soit aux autres que cette opinion soit prêtée, mais bien à moi, l’accusation de mépris étant aggravée de l’insinuation d’outrecuidance (“trop, peut-être”). Étonne-toi donc que je te vole dans les plumes! Voudrais-tu que je te répondisse Urbi et orbi : “Oui, j’ai le sentiment (indû, vu la merde que je produis) de donner ma confiture aux cochons”? Merci pour les cochons qui lisent, et auxquels je demande de réagir! J’étais OBLIGÉ de t’aligner, non parce que tu traitais (dans le brouillard) mes lecteurs d’imbéciles, mais parce que tu avais le culot de m'attribuer publiquement cette évaluation.
D’autre part, si l’on peut à la rigueur prêter aux “autres” : “qui est-il pour nous éclabousser de son intimité”? tu embrayais aussi sec sur un “pour ma part” qui laissait peu de doute sur ta position de porte-parole (fictif) et sur ta participation à l’opinion précitée. Idem lorsque tu m’assimiles à un pote incapable d’indulgence, voire de compréhension à l’égard d’autrui, et les revendiquant pour lui-même jusqu’en ses pires travers : qui donc, dans ce cas, si ce n’est toi, “préfère tourner les talons”? Puisque je me “rapproche” de ce mec, la conséquence n’est-elle pas claire?
Je serais mal placé pour te reprocher ton agressivité : tu pourrais m’en balancer une tonne de plus sans te voir censuré. Mais si la critique est libre, il serait anormal que la critique de la critique fût serve, et je ne désespère pas de t’être utile en t’invitant à voir en face tes motivations intimes, que, par crainte de rétorsion, tu protèges au mieux derrière le bouclier de “conjectures sur autrui”, et qui sont sensibles jusque dans le choix des mots : ”éclabousser” n’est pas neutre, ni ”indécrottable”, pour le coup franchement inutile et injustifié, adornant “prof” dans ton courriel – ni la traduction par “te sauter au cou” du contenu de mon appel : dans cette caricature comme dans l’accusation en l’air de “déformer Nietzsche” se dévoile le désir de faire toucher des deux épaules à l’adversaire, sans l’aider en rien à se dépasser. Bien sûr, ce désir, tu le mets sous le boisseau, tu fais la chattemitte, parce que j’ai du répondant, et que tu préfères donner des gnons à en effacer. Moi aussi, évidemment! Et il se peut que la “Wille zur Macht” soit le squelette réel de mon “enseignement mutuel” : si tu m’as lu, tu sais que je ne m’épargne pas cette question gênante.
Je “fais le prof”, dis-tu? Eh bien, j’écris, et l’on ne répond pas, ou à côté de la plaque : il n’y a pas de dialogue, et je reste là, avec mes affirmations provisoires, taraudées de doute. Ouvre un blog, tu y seras “prof” par définition, je me retrouverai dans l’assistance, et tu peux compter sur mes objections ou mes acquiescements, si j’ai la moindre lumière sur le sujet abordé. Il se peut que je sois extrêmement prétentieux : je me considère comme une merde, mais par rapport à Sartre, Proust & Co : à l’égard des passants, je suis à peu près vierge de ce souci de classement qui semble, toi, t’obséder. De cela non plus tu n'es pas conscient : presque toutes tes interventions sont condescendantes, et, excuse-moi, pour le moment je ne vois pas encore à quelles sources tu puises cette conviction de supériorité. Tu n’en conviendras pas sans peine, et mieux vaut, je crois, n’y pas compter. D’ailleurs, j’accorde que, la mercuriale incriminée mise à part, tu es de bonne compagnie (ce n’est pas mon cas, comme tu vois) et que ça demanderait douze A4 hyper-pinaillantes de clarifier et d’étayer cette impression que de nous deux, c’est plutôt toi qui fais le prof... sans cours! – ce qui me paraît, oui, “gonflé”.
Pour ma part, je ne suis pas hermétique à cette impression tienne, et tout aussi diffuse, que je ne serais pas aussi ouvert à l’échange que je le proclame, et, au fond, ne chercherais qu’à établir une domination. Il me semble que l’aspect compact et infissuré de ma prose n’y est pas étranger. D’autre part, je ne me suis pas engagé par contrat à m’extasier devant n’importe quelle connerie : je prends mes risques, le commentateur prend les siens, et il me semble que c’est devant eux qu’il renâcle – si j’ose dire : car alors il ne commente pas. Le cas de Claudia, que tu allègues sans savoir, ou non sans perversité (??), est à part, et s’est développé hors-blog, suite à intervention étrangère. D’ailleurs, elle est revenue, en cela exceptionnelle. Le problème local, c’est que j’ai une centaine de visiteurs, dont quelques lecteurs tout de même, j’espère, par article, et qu’ils ne disent rien : ton intervention, que personne n’a pris la peine de réfuter, m’incite à penser que pour venir et revenir ils n’en seraient pas moins hostiles (s’il est bien vrai qu’ils ME jugent hostile quand je quémande un signe) et bien entendu ça gêne fort mes “éclaboussures” : on hésite à se livrer, comme un condamné aux bêtes, devant un public qui vous haïrait et n’attendrait que votre mort : à cet égard tu as touché juste, et le scribouillage d’hier/aujourd’hui fut difficile. D’autant plus évidemment que le blog n’est pas isolé, et que la “pathologie du lien” est pour moi un problème central, dont j’entretiendrai peut-être mes haineux “disciples” dans les jours à venir. Avoir toujours raison, c’est une viande bien creuse quand tout le monde vous claque la porte au nez – sans phrase!
Si tu ne me connais pas, comme tu dis, c’est que je n’ai “éclaboussé” que médiocrement. Mais d’un autre côté, il me faut lutter contre la prétention à croire que lorsqu’on s’est un peu dévoilé, on a tout dit. TOI, en revanche, je n’ai que peu d’éléments pour te cerner, et la partialité peut jouer. Tu peux constater que je ne prends pas de gants, et ne t’invite pas à en prendre – MÊME coram populo, mais alors à tes risques et périls. Pour ne garder aucune arrière-pensée, j’irai même jusqu’à te demander en face si tu ne fais qu’un avec l’autre citateur de Nietzsche, Nez-tordu, alias Delenda Carthago – et si tu ne serais pas allé, ô canaillou hypothétique, asticoter Claudia sur son site, provoquant la fermeture à mon sens absurde des commentaires. Certes ça ne te donnerait pas un profil très reluisant; mais la vérité, c’est tellement mieux! C’est le seul fondement d’une transcendance.
Amicalement (sans blague!)
Robert Greslou

Xix —> Ab'alone (30/11)
Tentons une dernière fois de me « blanchir » à tes yeux : pourquoi prendrais-je la peine de lire un blog et donner mon opinion dessus si c’est pour dissimuler cette opinion personnelle derrière un simulâcre « d’impression générale » ? Je ne vois pas pourquoi je me cacherais derrière des « autres », qui sont tout de même des gens dont je me fous totalement : en quoi sommes nous assimilables et en quoi pourrais-je vouloir me faire passer pour leur porte-parole (Dieu m’en garde !) en expliquant pourquoi « nous » ne commentons pas : eux ne réagissent pas mais moi je laisse des commentaires réguliers ! A vrai dire, je ne faisais que répondre à une question que tu semblais poser publiquement (mais j’ai du mal interpréter), à savoir « pourquoi les gens ils n’accrochent pas à ces articles quotidiens, ou du moins n’y laissent pas de commentaires ». Terminons cette plaidoierie en niant tout lien avec ce Delenda Carthago, nez tordu ou pas, ou Claudia, dont je n’ai lu que les commentaires sur ton site.
Et puisque nous nous dirigeons vers l’explication de texte, « donner de la confiture aux cochons » n’induit aucunement que la confiture soit de la merde, au contraire. Je ne dis pas que tu méprises de tout ton cœur ceux qui passent sur ton blog. Je vois même les marques de respect que tu peux leur adresser. Mais nierais-tu en être arrivé au blog autrement que par dépit ?
Et souhaiter un auditoire renforcé pour multiplier sa chance de trouver la perle, n’est-ce pas offrir sciemment son produit à une multitude de « non-perles » ?
L’assimilation à mon « pote », j’en avais conscience, était hypothétique, en question ouverte, et ne signifiait que : « perso, je tournerais bien les talons à ce type, peut-être les lecteurs ont la même réaction avec toi ».
Je ne vais pas pousser la justification jusqu’à son terme, de peur qu’elle n’en ait pas : tu sembles bien décidé à prendre toute remarque comme une prise en défaut. Ma remarque sur Nietzsche n’était qu’une invitation à faire mieux connaître un auteur que j’apprécie, à quelqu’un qui m’y semble tout à fait compatible. Tu avoues ne l’avoir que survolé, je prétends m’y connaître pour l’avoir lu et relu, tout simplement. C’est plus le partage qui me poussait que l’orgueil de ma connaissance, que j’imagine de toute façon inférieure à la tienne dans le domaine littéraire.
Moi, un « prof » ? Oui, c’est possible ! J’écris souvent en « donneur des leçons », je m’en rends compte, y compris dans mes écrits à moi. Mais qui écrit s’il n’est pas persuadé qu’il sait une chose que les autres feraient mieux de savoir ? Condescendant avec les vivants donc, mais aussi humble que toi vis-à-vis des morts géniaux ! Je te disais « prof » sans insulte là encore. Le fait est que les commentaires que tu reçois, tu leur accordes bons et mauvais points. L’un est à côté de la plaque, l’autre peut se féliciter de bien répondre à ce qu’il lit et non à ce qu’il a dans la tête : merci ! Et voilà que tu me sommes de montrer de quoi je suis capable avant de caqueter : c’est en ça que je doute que tu souhaites véritablement les avis que tu demandes. La question est là : tu en appelles à commenter tes créations, et quand on le fait, tu tiltes sur telle critique, tel choix de mot qui n’est pas neutre (encore heureux !) etc. Bref, tu ne tolère qu’une marge de manœuvre limitée dans l’interprétation du « public », et tu penses au fond qu’avant d’ouvrir sa gueule, il devrait présenter son travail à lui, histoire de savoir à qui tu as à faire ! Comprends tu l’ambiguité dont je parle ?
En tout cas, même si les lecteurs étaient hostiles à ta personne (en ce qu’elle les attend au tournant), cela ne voudrait pas dire qu’ils le sont à tes textes : il serait dommage que ce sentiment t’ampute dans l’écriture.
Du reste, je serais heureux, si tu le demandes, de t’envoyer quelque production de mon cru, je ne sais trop quoi : j’écris depuis peu, avec de vagues vélléités de faire un roman, je peins aussi, bref j’ai de quoi te donner matière à identification !
Ne réponds pas point par point à ce qui concerne ce que tu nommes la « mercuriale » : je crois qu’on a fait le tour et que les positions respectives de chacun sont établies et bien inébranlables. Mais sur le reste, à volonté. Je ne trouve pas ta compagnie aussi désagréable que cela malgré les efforts que tu donnes !
Cordialement
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Publié dans Blog sur blog

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