Une correspondance, 3
Ab'alone > Xix (30/11)
Que TA position soit inébranlable, je men aperçois de reste, et ça ne me surprend pas vraiment. Pour ce qui est de la mienne, elle ne pourrait être ébranlée que par une réponse à des arguments très précis (je pense surtout aux glissements) et je ne vois à la place que des faux-fuyants : jy reviens donc, en dépit de linjonction ne réponds pas point par point, car je navalise pas ce renvoi dos à dos, à la faveur duquel tu fais passer en contrebande des affirmations peut-être pertinentes, mais infondées pour le moment. Rassure-toi, cest le dernier effort que je fais en ce sens! Car tu ne me parais pas un debater correct : sil est un fruit mûr de lexpérience, cest quil est absolument impossible de se passer de bonne foi dans le dialogue : quand un des deux interlocuteurs ne cherche quà avoir raison à tout prix, et au mépris du sens même de ce quil a écrit noir sur blanc, on peut ratiociner jusquà la Pentecôte, on narrive jamais à rien.
Exemple, que tu as le toupet de baptiser explication de texte : « donner de la confiture aux cochons » ninduit aucunement que la confiture soit de la merde, au contraire. Tu mobliges à être lourd, long et pédant avant de laisser tomber. Je suis persuadé que tu sais lire, et que tu as très bien compris que la merde ne se référait quau trop entre parenthèses. Ici je ne puis mieux faire que te remettre sous les yeux mon courriel précédent : Quand je lis, et pas hâtivement du tout : Nas tu pas au contraire pleinement conscience, trop peut-être, de donner ta confiture à des cochons? je ne vois pas que ce soit aux autres que cette opinion soit prêtée, mais bien à moi, LACCUSATION DE MÉPRIS ÉTANT AGGRAVÉE DE LINSINUATION DOUTRECUIDANCE (TROP, PEUT-ÊTRE). Les deux points ou trois restent non pas inébranlables sans doute, mais assurément inébranlés : ta question oratoire, ce nest pas dans la bouche DES AUTRES que tu la mettais, cest TOI qui la posais; cest à MOI que tu prêtais PUBLIQUEMENT lopinion : confiture aux cochons (que tu eusses raison sur le fond est une toute autre question, qui mérite examen, et largument que tu donnes : souhaiter un auditoire renforcé pour multiplier sa chance de trouver la perle, nest-ce pas offrir sciemment son produit à une multitude de « non-perles » ? mérite dêtre médité); et cest TOI qui posais la question : trop? qui peut souffrir plusieurs interprétations; mais la mienne nest pas discutée pour le moment.
Autre exemple : oui, il est encore heureux que les mots de soient pas neutres; mais entre autres parce que ça permet de déceler lagression dont ils sont porteurs : indécrottable était totalement gratuit à ce stade du débat à moins que tu naies nourri lespoir de me décrotter avec ton commentaire. Éclabousser, avec sa connotation de souillure, portait un jugement sur lintimité éclaboussante; et le pour ma part qui suivait immédiatement introduisait un EXEMPLE, et te donnait pour porte-parole du public muet : de fait tu tétais tu toi-même sur la question du suicide ce dont je ne te fais pas grief! Ne va pas encore battre la campagne! Je comprends très bien la gêne que jai occasionnée!
Je ne te reproche pas de dire que je déconne sur Nietzsche, puisque javoue moi-même le connaître fort mal; mais de le dire EN LAIR : de ne pas EXPLIQUER le déconnage : cest tout de même trop facile! Est-ce que TOI, par hasard, tu te contenterais quon te claironnât, sur quelque sujet que ce soit : Vous navez rien compris sans la moindre précision? Est-ce que tu remercierais? Faut pas pousser!
Etc, etc. À des FAITS, à des MOTS publics, tu réponds par une plaidoirie a priori : Je ne vois pas pourquoi je ferais ci et ça. Mon Dieu! Je nen sais rien, et quant aux motivations je ne puis émettre que des conjectures. Tu peux très bien me considérer comme une sorte de rival, et saisir la première occasion pour me casser et affirmer ta supériorité. Dautre part, il se peut que mes textes tégratignent à loccasion et à leur insu, tu ne serais pas le premier. Après tout, tu ne tes pas concerté avec le lectorat, et son hostilité, cest dabord en toi que tu la trouves : quoi de si étonnant à ce que tu me rendes quelques-uns des coups que je distribue si généreusement à droite et à gauche? Ce serait de bonne guerre, et ce nest pas contre cela que je proteste : ce qui me hérisse, cest que tu ne RÉPONDES pas, que tu commences par fabriquer ladversaire pour en triompher, et pour le faire court, que tu ne cherches pas le vrai en soi, ni le bien de linterlocuteur, ni ta propre amélioration, mais seulement une victoire facile.
Je juge la critique? Eh, qui nen fait autant? Faudrait-il accepter nimporte quelle ânerie, et changer davis par complaisance? Glisser de là à la noter, excuse-moi, est une stupidité pure et simple. Je me fiche pas mal que tu mérites un 2 ou un 18, la question est de savoir sil y a écoute et réponse, cest-à-dire une chance de dialogue. Si lon répond à autre chose que ce que jai dit, eh bien, je le dis! Sans courtoisie peut-être, parce que bêtise et mauvaise foi me déglinguent et terrifient, mais sans remplir de bulletin : en vingt ans denseignement, lévaluation a toujours été mon point faible et ma tâche la plus pénible. Si je me montre plus indulgent avec entièrement daccord quavec les remontages de bretelles, cest bien sûr que le premier est plus agréable, mais surtout quil ne sexplique pas : Dieu sait ce quon trouverait en entrant dans le détail!
Il ny a pas de bonne réponse préformatée : la bonne réponse serait celle qui me surprendrait à condition quelle soit pertinente, cest-à-dire quelle SOIT une réponse. De tous les commentaires que jai reçus, à peine deux ou trois étaient porteurs dun atome de neuf et dintéressant : ai-je pour autant sabré le populo? Ne tai-je pas souvent laissé le dernier mot? On touche à ce paradoxe que je devrais remercier quon veuille bien me lire, ou essayer, et puis remercier encore, systématiquement, quon veuille bien me donner quelque chose à lire, même nimporte quoi bâclé à la six-quatre-deux, et qui pis est dans lunique but de me mettre le pied sur la tête! Jy reviens : je prends un RISQUE en écrivant, en écrivant CONTRE à peu près tout, et de surcroît des choses pas mal aventurées : que celui qui critique prenne le risque de voir sa critique critiquée me paraît tout naturel.
Quant à lexigence de montrer patte blanche, elle est complètement imaginaire : cest dans tes commentaires eux-mêmes que je ne voyais pas de raison de tant se rengorger et de dispenser des leçons du haut de lOlympe. Je nai aucun besoin détiquette du prix ni détats de services pour apprécier le produit, fût-il réduit à une phrase. Si tu me disais : Tu te plantes, Nietzsche dit ci et ça, et tu lui fais dire ci et ça, je nirais pas demander une attestation comme quoi tu las vraiment lu, sil y avait lieu je discuterais ad rem, cest tout.
Cela dit, bien que tes écrits risquent fort de constituer une pomme de discorde supplémentaire et nettement plus explosive que ce qui précède (tel que je te perçois, tu ne me pardonneras jamais de ne pas les admirer éperdument) jen recevrai volontiers quelques échantillons : du meilleur, de préférence! Pas de je nai demeuré quun quart dheure à le faire! Tout porte à croire que ce blog de la dernière chance va senliser dans le silence, et que je nai plus très long temps à vivre, donc à perdre. Au moins pourras-tu recevoir un avis sincère, chance dont une fillette attirante ne saurait bénéficier.
Amende-toi, va! Je suis sûr que toi aussi tu exaspères ton entourage!
Xix > Ab'alone (01/12)
Pour les glissements sur Nietzsche, tu tacharnes à prendre ma remarque comme un outrage, grand bien ten fasse ! Tu me fais dire que tu « déconnes » et que tu nas « rien compris » quand je dis simplement que tu le déformes, cest-à-dire que tu lexagéres ou que nayant lu que certains passages, tu manques sans doute certaines contradictions ou modérations que Nietzsche sapporte lui-même. Si je ne stipule pas précisément quelles « erreurs » tu fais, cest dabord que tes allusions nietzschéennes, je les ai lues au fil des articles, un jour, sans y mettre de marque-page : je ne saurais men souvenir précisément et nai point lenvie ni le courage de les retrouver sur le blog, dont les pages, contrairement aux sites internet, bougent et senfoncent au fur et à mesure que tu en rajoutes. Pas lenvie et le courage parce que ma démarche nest pas de prouver ce qui serait ton « erreur » et ma « supériorité », mais simplement de tindiquer une lecture qui me paraît riche, peut-être plus que tu ne limagines. Je comprends ta déception face à cette insuffisance de ma part : je ne livrerai ni titre, ni numéro de page, ni paragraphe pour asseoir mon propos et te désharçonner noir sur blanc et sur le champ, et je le répète - tu ne vas pas me croire : ce nest pas ce que je cherche à faire quand je poste un commentaire sur ton blog. Le mieux que je puisse faire est de te dire ceci : ce qui se fige et se définit « nietzschéen » trahit automatiquement dune façon ou dune autre la pensée de Nietzsche, qui est mouvante, en doute, contradictoire comme je lai dit. Pour prendre un exemple grossier, tel propos nous semblera eugéniste puis un autre nous fournira la preuve irréfutable du contraire, ou bien après sêtre efforcé de démolir la religion, lauteur parle clairement de Dieu sans oser dire son nom Et quand Nietzsche dit « maîtres », ceux-ci apparaîssent tantôt comme des brutes blondes sans culpabilité, tantôt comme ce que lOccident peut produire de plus raffiné. Dans tous ces paradoxes, point dincohérence pourtant : tout sonne authentiquement « nietzschéen » : on imagine alors quil faut y voir différents « niveaux de discours », différents niveaux de lecture. Cest là lintérêt que je porte à Nietzsche : une pensée « vivante », et malgré toutes ces contradictions, une vérité brûlante, pas tant dans ses lignes elles-mêmes, que dans sa souffrance, dans lhumain quil a été, dans le cas « Friedrich Nietzsche » : un damné qui se bat comme un diable entre foi et nihilisme, envers et contre tous, jusquà en devenir fou. Cest ce quil représente pour moi : le combat désespéré et pourtant irrésistible que lhomme mène contre lui-même.
Voilà le seul point, il me semble, où il pouvait y avoir véritable discussion. Pour le reste, tu es tout de même un singulier personnage : tu me reproches de déceler aveuglément les défauts de ta cuirasse quitte à enfreindre bonne foi et vérité, et à la fois de ne pas matteler à déboulonner plus systématiquement ton discours pour asséner des coups qui te convainquent pour de bon ! Le fait de ne pas « macharner » nest-il pas justement à mettre à ma charge quand je tassure ne pas viser à te contredire à tout prix par pure aggressivité et mauvaise foi ? Menfin On ne doit pas se faire la même idée de « léchange », et si tu me vois comme un rival (ou plutôt si tu me vois comme te voyant comme un rival, ce qui revient à peu près au même), cest bien ton droit, on ne se méfie jamais assez ! Rival de quoi, je serais bien curieux de lentendre : léloquence ? le triomphe de la vérité ? Ma foi, je capitule, prends-les ! Ou bien je ne vois pas grand chose que nous puissions faire : ce sont des intentions que tu me prêtes et que je jurerais ne pas avoir : ya-t-il à argumenter ? doit-on persister à se dire des choses vaines sur un ton désagréable pour voir comment deux murs se regardent, campés sur leurs impressions ? « Eclabousser » tévoque la souillure, moi plutôt la surprise, le pas en arrière instinctif (qui peut donc se dépasser par la suite), le désagrément par linopiné Personne na « raison », chacun ses champs lexicaux : « Les mots et les sons, aimables choses, ne sont-ils pas des ponts illusoires entre ce qui est éternellement séparé ? A chaque âme appartient un autre monde. Entre ce qui est le plus semblable, lapparence fait les plus beaux mensonges. Car cest dessus le plus petit abîme quil est le plus difficile de tendre un pont ». Sacré Nietzsche ! Il marrive tout de même de lire autre chose, mais pour loccasion, voilà pour toi et pour nous !
Un dernier mot sur le « risque » quon prend en écrivant (conviens avec moi, au passage, que « écrire contre » nest jamais aussi risqué que « écrire pour », briser des valeurs jamais autant quen créer ?). Relativisons-le ce risque, qui se mesure avant tout à la sensibilité de lauteur, à sa suceptibilité, à sa vulnérabilité. Et nimporte quel « Jaccuse », nimporte quel Sartre « militant » depuis son chocolat viennois du Café Flore (la belle affaire !) demande moins de couille quil nen faut au trouffion monté sur un champ de batille. Ce que je voulais te dire, cest quà mon sens, celui qui montre, celui qui créé, accepte un « contrat » (cest là que réside le risque) avec la populace qui regarde son uvre : tu créés un texte, quon bave ensuite dessus (ce nest pas ce que jestime faire, je ré-répète !) en quoi cela te concerne ? Les trouducs de CinéLive nont pas aimé ton film, les chéris ! Tu peux ten désoler pour eux mais la crotte ne test-elle pas tombé des fesses ? Elle ne tappartient plus : que nes tu déjà penché sur ta prochaine création ? Pourquoi te soucies-tu des petites évaluations de ceux qui ne font que « regarder », pourquoi te faire « populace » à ton tour, toi le créateur ? Je dis « tu », je parle de « lartiste » tel que je vois son rôle, tu lauras compris. Alors oui, cest là que je me fais peut-être « prétentieux » : de refuser à celui qui montre le même droit quà celui qui regarde : cest élégance du premier que de laisser parler le second sur ce quil voit, mais quon nexige pas de lui quil y prête oreille ou importance, et quil ne se sente pas obligé dévaluer ce quon dit de lui, il a mieux à faire ! Pour moi, en terme de création, il ny a en effet pas lieu à léchange (foin de « lart démocratique » !) : la communication ne va que dans un sens, du riche (celui qui a quelque chose à créer) vers le pauvre. Toi, jai du mal à cerner ta vision de cette chose (doù sans doute, notre « clash ») : tu me sembles te poser à la fois en créateur et à la fois en interlocuteur, sans assumer complètement lun ou lautre rôle.
Avec tout ça, je me garderai bien de montrer mes « écrits » sils peuvent constituer une pomme de discorde de ton côté. Je nattends ni admiration éperdue, ni critique obstinée, mais ne rechignerai ni à lune ni à lautre. Quelquun les aura lus, tant mieux ! Quil en prenne ou laisse ce quil veut. En attendant de trouver quelque chose que je « puisse » te montrer, qui soit suffisament achevé et plus proche de ce que je fais dhabitude, voici un article dans la veine des tiens, qui a le mérite de coller au sujet dont je parlais à linstant :
[ ]
Ab'alone > Xix (01/12)
Terminé pour moi. Parallélisme confirmé. Altérité irréductible. Je n'ai plus 18 ans, pour me bosseler le crâne contre les falaises. Revenons à la politesse. M'autoriserais-tu à publier ton article dans mon blog, sans le moindre commentaire, sous le nom de ton choix, et seulement précédé de ton propre chapeau : "En attendant de trouver quelque chose que je « puisse » te montrer, qui soit suffisament achevé et plus proche de ce que je fais dhabitude, voici un article dans la veine des tiens"?
Mieux encore, l'intégralité de notre correspondance, sans y changer la moindre virgule? Je laisserais ta dernière lettre sans réponse (comme "dans la vie", mais en caviardant le présent poulet). Je crois que le public serait intéressé : les "pages vues" ont DOUBLÉ lundi, et il m'étonnerait fort que mon élucubration sur "les deux morales" en soit cause : les gens revenaient pour voir si tu m'avais répondu. Tous supporters? Pas sûr. Peut-être amusés par le bras-de-fer de deux prétentieux. Mais cette immense majorité que tu dédaignes t'approuverait, je crois; et moi, ce filtre m'intéresse au plus haut point : quiconque trouve ton article "dans la veine des miens" n'est pour moi ni un lecteur ni un interlocuteur possible, mais un homme d'une autre planète, dans l'atmosphère de laquelle je ne saurais respirer.
Je regrette cette empoignade, non pas en soi, mais parce qu'elle ne pouvait déboucher sur rien. Sans réponse, mettons dimanche matin, je publie le tout, O.K.? Avec un titre neutre ("Une correspondance", par exemple).
Bon art, et sans rancune. Tu ne m'as jamais "outragé" en rien!
Xix > Ab'alone (02/12)
Quiconque trouve ton article "dans la veine des miens" n'est pour moi ni un lecteur ni un interlocuteur possible, mais un homme d'une autre planète, dans l'atmosphère de laquelle je ne saurais respirer"...
Je ne suis pas sûr de comprendre, mais je précise tout de même que le "dans la veine des tiens" ne tendait pas à prétendre "de qualité égale" mais plutôt "dans le même registre", c'est-à-dire la rubrique "à propos de tel sujet, voilà ce que je pense". J'espère que tu l'avais compris ainsi et que tu ne t'es pas imaginé une insolence de plus de ma part. Je ne prétends nullement t'arriver à la cheville, et encore moins compter parmi les "artistes" dont je parle dans ma bafouille.
Notre correspondance, je t'autorise tout à fait à la publier - elle ne m'appartient qu'à moitié - à condition d'y mett'su'l'dos de Xix pour ce qui est de la signature. Mon article en revanche, je vois mal ce qu'il viendrait faire sur ton blog, et je préfère qu'il reste au chaud : il n'est pas exclu que je mette prochainement en ligne des choses et d'autres, dès que j'aurai le temps et le savoir pour faire un site.
Que TA position soit inébranlable, je men aperçois de reste, et ça ne me surprend pas vraiment. Pour ce qui est de la mienne, elle ne pourrait être ébranlée que par une réponse à des arguments très précis (je pense surtout aux glissements) et je ne vois à la place que des faux-fuyants : jy reviens donc, en dépit de linjonction ne réponds pas point par point, car je navalise pas ce renvoi dos à dos, à la faveur duquel tu fais passer en contrebande des affirmations peut-être pertinentes, mais infondées pour le moment. Rassure-toi, cest le dernier effort que je fais en ce sens! Car tu ne me parais pas un debater correct : sil est un fruit mûr de lexpérience, cest quil est absolument impossible de se passer de bonne foi dans le dialogue : quand un des deux interlocuteurs ne cherche quà avoir raison à tout prix, et au mépris du sens même de ce quil a écrit noir sur blanc, on peut ratiociner jusquà la Pentecôte, on narrive jamais à rien.
Exemple, que tu as le toupet de baptiser explication de texte : « donner de la confiture aux cochons » ninduit aucunement que la confiture soit de la merde, au contraire. Tu mobliges à être lourd, long et pédant avant de laisser tomber. Je suis persuadé que tu sais lire, et que tu as très bien compris que la merde ne se référait quau trop entre parenthèses. Ici je ne puis mieux faire que te remettre sous les yeux mon courriel précédent : Quand je lis, et pas hâtivement du tout : Nas tu pas au contraire pleinement conscience, trop peut-être, de donner ta confiture à des cochons? je ne vois pas que ce soit aux autres que cette opinion soit prêtée, mais bien à moi, LACCUSATION DE MÉPRIS ÉTANT AGGRAVÉE DE LINSINUATION DOUTRECUIDANCE (TROP, PEUT-ÊTRE). Les deux points ou trois restent non pas inébranlables sans doute, mais assurément inébranlés : ta question oratoire, ce nest pas dans la bouche DES AUTRES que tu la mettais, cest TOI qui la posais; cest à MOI que tu prêtais PUBLIQUEMENT lopinion : confiture aux cochons (que tu eusses raison sur le fond est une toute autre question, qui mérite examen, et largument que tu donnes : souhaiter un auditoire renforcé pour multiplier sa chance de trouver la perle, nest-ce pas offrir sciemment son produit à une multitude de « non-perles » ? mérite dêtre médité); et cest TOI qui posais la question : trop? qui peut souffrir plusieurs interprétations; mais la mienne nest pas discutée pour le moment.
Autre exemple : oui, il est encore heureux que les mots de soient pas neutres; mais entre autres parce que ça permet de déceler lagression dont ils sont porteurs : indécrottable était totalement gratuit à ce stade du débat à moins que tu naies nourri lespoir de me décrotter avec ton commentaire. Éclabousser, avec sa connotation de souillure, portait un jugement sur lintimité éclaboussante; et le pour ma part qui suivait immédiatement introduisait un EXEMPLE, et te donnait pour porte-parole du public muet : de fait tu tétais tu toi-même sur la question du suicide ce dont je ne te fais pas grief! Ne va pas encore battre la campagne! Je comprends très bien la gêne que jai occasionnée!
Je ne te reproche pas de dire que je déconne sur Nietzsche, puisque javoue moi-même le connaître fort mal; mais de le dire EN LAIR : de ne pas EXPLIQUER le déconnage : cest tout de même trop facile! Est-ce que TOI, par hasard, tu te contenterais quon te claironnât, sur quelque sujet que ce soit : Vous navez rien compris sans la moindre précision? Est-ce que tu remercierais? Faut pas pousser!
Etc, etc. À des FAITS, à des MOTS publics, tu réponds par une plaidoirie a priori : Je ne vois pas pourquoi je ferais ci et ça. Mon Dieu! Je nen sais rien, et quant aux motivations je ne puis émettre que des conjectures. Tu peux très bien me considérer comme une sorte de rival, et saisir la première occasion pour me casser et affirmer ta supériorité. Dautre part, il se peut que mes textes tégratignent à loccasion et à leur insu, tu ne serais pas le premier. Après tout, tu ne tes pas concerté avec le lectorat, et son hostilité, cest dabord en toi que tu la trouves : quoi de si étonnant à ce que tu me rendes quelques-uns des coups que je distribue si généreusement à droite et à gauche? Ce serait de bonne guerre, et ce nest pas contre cela que je proteste : ce qui me hérisse, cest que tu ne RÉPONDES pas, que tu commences par fabriquer ladversaire pour en triompher, et pour le faire court, que tu ne cherches pas le vrai en soi, ni le bien de linterlocuteur, ni ta propre amélioration, mais seulement une victoire facile.
Je juge la critique? Eh, qui nen fait autant? Faudrait-il accepter nimporte quelle ânerie, et changer davis par complaisance? Glisser de là à la noter, excuse-moi, est une stupidité pure et simple. Je me fiche pas mal que tu mérites un 2 ou un 18, la question est de savoir sil y a écoute et réponse, cest-à-dire une chance de dialogue. Si lon répond à autre chose que ce que jai dit, eh bien, je le dis! Sans courtoisie peut-être, parce que bêtise et mauvaise foi me déglinguent et terrifient, mais sans remplir de bulletin : en vingt ans denseignement, lévaluation a toujours été mon point faible et ma tâche la plus pénible. Si je me montre plus indulgent avec entièrement daccord quavec les remontages de bretelles, cest bien sûr que le premier est plus agréable, mais surtout quil ne sexplique pas : Dieu sait ce quon trouverait en entrant dans le détail!
Il ny a pas de bonne réponse préformatée : la bonne réponse serait celle qui me surprendrait à condition quelle soit pertinente, cest-à-dire quelle SOIT une réponse. De tous les commentaires que jai reçus, à peine deux ou trois étaient porteurs dun atome de neuf et dintéressant : ai-je pour autant sabré le populo? Ne tai-je pas souvent laissé le dernier mot? On touche à ce paradoxe que je devrais remercier quon veuille bien me lire, ou essayer, et puis remercier encore, systématiquement, quon veuille bien me donner quelque chose à lire, même nimporte quoi bâclé à la six-quatre-deux, et qui pis est dans lunique but de me mettre le pied sur la tête! Jy reviens : je prends un RISQUE en écrivant, en écrivant CONTRE à peu près tout, et de surcroît des choses pas mal aventurées : que celui qui critique prenne le risque de voir sa critique critiquée me paraît tout naturel.
Quant à lexigence de montrer patte blanche, elle est complètement imaginaire : cest dans tes commentaires eux-mêmes que je ne voyais pas de raison de tant se rengorger et de dispenser des leçons du haut de lOlympe. Je nai aucun besoin détiquette du prix ni détats de services pour apprécier le produit, fût-il réduit à une phrase. Si tu me disais : Tu te plantes, Nietzsche dit ci et ça, et tu lui fais dire ci et ça, je nirais pas demander une attestation comme quoi tu las vraiment lu, sil y avait lieu je discuterais ad rem, cest tout.
Cela dit, bien que tes écrits risquent fort de constituer une pomme de discorde supplémentaire et nettement plus explosive que ce qui précède (tel que je te perçois, tu ne me pardonneras jamais de ne pas les admirer éperdument) jen recevrai volontiers quelques échantillons : du meilleur, de préférence! Pas de je nai demeuré quun quart dheure à le faire! Tout porte à croire que ce blog de la dernière chance va senliser dans le silence, et que je nai plus très long temps à vivre, donc à perdre. Au moins pourras-tu recevoir un avis sincère, chance dont une fillette attirante ne saurait bénéficier.
Amende-toi, va! Je suis sûr que toi aussi tu exaspères ton entourage!
Xix > Ab'alone (01/12)
Pour les glissements sur Nietzsche, tu tacharnes à prendre ma remarque comme un outrage, grand bien ten fasse ! Tu me fais dire que tu « déconnes » et que tu nas « rien compris » quand je dis simplement que tu le déformes, cest-à-dire que tu lexagéres ou que nayant lu que certains passages, tu manques sans doute certaines contradictions ou modérations que Nietzsche sapporte lui-même. Si je ne stipule pas précisément quelles « erreurs » tu fais, cest dabord que tes allusions nietzschéennes, je les ai lues au fil des articles, un jour, sans y mettre de marque-page : je ne saurais men souvenir précisément et nai point lenvie ni le courage de les retrouver sur le blog, dont les pages, contrairement aux sites internet, bougent et senfoncent au fur et à mesure que tu en rajoutes. Pas lenvie et le courage parce que ma démarche nest pas de prouver ce qui serait ton « erreur » et ma « supériorité », mais simplement de tindiquer une lecture qui me paraît riche, peut-être plus que tu ne limagines. Je comprends ta déception face à cette insuffisance de ma part : je ne livrerai ni titre, ni numéro de page, ni paragraphe pour asseoir mon propos et te désharçonner noir sur blanc et sur le champ, et je le répète - tu ne vas pas me croire : ce nest pas ce que je cherche à faire quand je poste un commentaire sur ton blog. Le mieux que je puisse faire est de te dire ceci : ce qui se fige et se définit « nietzschéen » trahit automatiquement dune façon ou dune autre la pensée de Nietzsche, qui est mouvante, en doute, contradictoire comme je lai dit. Pour prendre un exemple grossier, tel propos nous semblera eugéniste puis un autre nous fournira la preuve irréfutable du contraire, ou bien après sêtre efforcé de démolir la religion, lauteur parle clairement de Dieu sans oser dire son nom Et quand Nietzsche dit « maîtres », ceux-ci apparaîssent tantôt comme des brutes blondes sans culpabilité, tantôt comme ce que lOccident peut produire de plus raffiné. Dans tous ces paradoxes, point dincohérence pourtant : tout sonne authentiquement « nietzschéen » : on imagine alors quil faut y voir différents « niveaux de discours », différents niveaux de lecture. Cest là lintérêt que je porte à Nietzsche : une pensée « vivante », et malgré toutes ces contradictions, une vérité brûlante, pas tant dans ses lignes elles-mêmes, que dans sa souffrance, dans lhumain quil a été, dans le cas « Friedrich Nietzsche » : un damné qui se bat comme un diable entre foi et nihilisme, envers et contre tous, jusquà en devenir fou. Cest ce quil représente pour moi : le combat désespéré et pourtant irrésistible que lhomme mène contre lui-même.
Voilà le seul point, il me semble, où il pouvait y avoir véritable discussion. Pour le reste, tu es tout de même un singulier personnage : tu me reproches de déceler aveuglément les défauts de ta cuirasse quitte à enfreindre bonne foi et vérité, et à la fois de ne pas matteler à déboulonner plus systématiquement ton discours pour asséner des coups qui te convainquent pour de bon ! Le fait de ne pas « macharner » nest-il pas justement à mettre à ma charge quand je tassure ne pas viser à te contredire à tout prix par pure aggressivité et mauvaise foi ? Menfin On ne doit pas se faire la même idée de « léchange », et si tu me vois comme un rival (ou plutôt si tu me vois comme te voyant comme un rival, ce qui revient à peu près au même), cest bien ton droit, on ne se méfie jamais assez ! Rival de quoi, je serais bien curieux de lentendre : léloquence ? le triomphe de la vérité ? Ma foi, je capitule, prends-les ! Ou bien je ne vois pas grand chose que nous puissions faire : ce sont des intentions que tu me prêtes et que je jurerais ne pas avoir : ya-t-il à argumenter ? doit-on persister à se dire des choses vaines sur un ton désagréable pour voir comment deux murs se regardent, campés sur leurs impressions ? « Eclabousser » tévoque la souillure, moi plutôt la surprise, le pas en arrière instinctif (qui peut donc se dépasser par la suite), le désagrément par linopiné Personne na « raison », chacun ses champs lexicaux : « Les mots et les sons, aimables choses, ne sont-ils pas des ponts illusoires entre ce qui est éternellement séparé ? A chaque âme appartient un autre monde. Entre ce qui est le plus semblable, lapparence fait les plus beaux mensonges. Car cest dessus le plus petit abîme quil est le plus difficile de tendre un pont ». Sacré Nietzsche ! Il marrive tout de même de lire autre chose, mais pour loccasion, voilà pour toi et pour nous !
Un dernier mot sur le « risque » quon prend en écrivant (conviens avec moi, au passage, que « écrire contre » nest jamais aussi risqué que « écrire pour », briser des valeurs jamais autant quen créer ?). Relativisons-le ce risque, qui se mesure avant tout à la sensibilité de lauteur, à sa suceptibilité, à sa vulnérabilité. Et nimporte quel « Jaccuse », nimporte quel Sartre « militant » depuis son chocolat viennois du Café Flore (la belle affaire !) demande moins de couille quil nen faut au trouffion monté sur un champ de batille. Ce que je voulais te dire, cest quà mon sens, celui qui montre, celui qui créé, accepte un « contrat » (cest là que réside le risque) avec la populace qui regarde son uvre : tu créés un texte, quon bave ensuite dessus (ce nest pas ce que jestime faire, je ré-répète !) en quoi cela te concerne ? Les trouducs de CinéLive nont pas aimé ton film, les chéris ! Tu peux ten désoler pour eux mais la crotte ne test-elle pas tombé des fesses ? Elle ne tappartient plus : que nes tu déjà penché sur ta prochaine création ? Pourquoi te soucies-tu des petites évaluations de ceux qui ne font que « regarder », pourquoi te faire « populace » à ton tour, toi le créateur ? Je dis « tu », je parle de « lartiste » tel que je vois son rôle, tu lauras compris. Alors oui, cest là que je me fais peut-être « prétentieux » : de refuser à celui qui montre le même droit quà celui qui regarde : cest élégance du premier que de laisser parler le second sur ce quil voit, mais quon nexige pas de lui quil y prête oreille ou importance, et quil ne se sente pas obligé dévaluer ce quon dit de lui, il a mieux à faire ! Pour moi, en terme de création, il ny a en effet pas lieu à léchange (foin de « lart démocratique » !) : la communication ne va que dans un sens, du riche (celui qui a quelque chose à créer) vers le pauvre. Toi, jai du mal à cerner ta vision de cette chose (doù sans doute, notre « clash ») : tu me sembles te poser à la fois en créateur et à la fois en interlocuteur, sans assumer complètement lun ou lautre rôle.
Avec tout ça, je me garderai bien de montrer mes « écrits » sils peuvent constituer une pomme de discorde de ton côté. Je nattends ni admiration éperdue, ni critique obstinée, mais ne rechignerai ni à lune ni à lautre. Quelquun les aura lus, tant mieux ! Quil en prenne ou laisse ce quil veut. En attendant de trouver quelque chose que je « puisse » te montrer, qui soit suffisament achevé et plus proche de ce que je fais dhabitude, voici un article dans la veine des tiens, qui a le mérite de coller au sujet dont je parlais à linstant :
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Ab'alone > Xix (01/12)
Terminé pour moi. Parallélisme confirmé. Altérité irréductible. Je n'ai plus 18 ans, pour me bosseler le crâne contre les falaises. Revenons à la politesse. M'autoriserais-tu à publier ton article dans mon blog, sans le moindre commentaire, sous le nom de ton choix, et seulement précédé de ton propre chapeau : "En attendant de trouver quelque chose que je « puisse » te montrer, qui soit suffisament achevé et plus proche de ce que je fais dhabitude, voici un article dans la veine des tiens"?
Mieux encore, l'intégralité de notre correspondance, sans y changer la moindre virgule? Je laisserais ta dernière lettre sans réponse (comme "dans la vie", mais en caviardant le présent poulet). Je crois que le public serait intéressé : les "pages vues" ont DOUBLÉ lundi, et il m'étonnerait fort que mon élucubration sur "les deux morales" en soit cause : les gens revenaient pour voir si tu m'avais répondu. Tous supporters? Pas sûr. Peut-être amusés par le bras-de-fer de deux prétentieux. Mais cette immense majorité que tu dédaignes t'approuverait, je crois; et moi, ce filtre m'intéresse au plus haut point : quiconque trouve ton article "dans la veine des miens" n'est pour moi ni un lecteur ni un interlocuteur possible, mais un homme d'une autre planète, dans l'atmosphère de laquelle je ne saurais respirer.
Je regrette cette empoignade, non pas en soi, mais parce qu'elle ne pouvait déboucher sur rien. Sans réponse, mettons dimanche matin, je publie le tout, O.K.? Avec un titre neutre ("Une correspondance", par exemple).
Bon art, et sans rancune. Tu ne m'as jamais "outragé" en rien!
Xix > Ab'alone (02/12)
Quiconque trouve ton article "dans la veine des miens" n'est pour moi ni un lecteur ni un interlocuteur possible, mais un homme d'une autre planète, dans l'atmosphère de laquelle je ne saurais respirer"...
Je ne suis pas sûr de comprendre, mais je précise tout de même que le "dans la veine des tiens" ne tendait pas à prétendre "de qualité égale" mais plutôt "dans le même registre", c'est-à-dire la rubrique "à propos de tel sujet, voilà ce que je pense". J'espère que tu l'avais compris ainsi et que tu ne t'es pas imaginé une insolence de plus de ma part. Je ne prétends nullement t'arriver à la cheville, et encore moins compter parmi les "artistes" dont je parle dans ma bafouille.
Notre correspondance, je t'autorise tout à fait à la publier - elle ne m'appartient qu'à moitié - à condition d'y mett'su'l'dos de Xix pour ce qui est de la signature. Mon article en revanche, je vois mal ce qu'il viendrait faire sur ton blog, et je préfère qu'il reste au chaud : il n'est pas exclu que je mette prochainement en ligne des choses et d'autres, dès que j'aurai le temps et le savoir pour faire un site.
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