Le compte à rebours a recommencé
On dirait bien que mon inconscient a pris à cur de tirer vengeance de mes récentes élucubrations volontaristes : j'ai beau la bander (la volonté), ça va paaaas! mais alors pas. Jamais je ne me suis senti plus proche de la solution de la chnouf, ou plutôt du tonneau, car la chnouf, je ne saurais même pas où me la procurer.
Quelle défaite pour la Culture, mon bon Monsieur! Tu parles, Charles : le SEUL type que j'ai rencontré qui eût lu "Finnegans'wake" in extenso s'est suicidé au whisky sans soda, et l'on ne peut pas dire que la vieillesse de Sartre soit un modèle de sérénité. Voir Beauvoir, "Cérémonie des adieux". Le sourire d'un enfant rase peut-être à la longue, mais il aide plus à vivre que douze bibliothèques En un an, j'ai vu du peuple pendant exactement cinq jours, et qui pis est, ma famille, dont je n'ai nulle surprise à espérer, et réciproquement; France Télécom me pompe l'air de missives comme quoi je n'use pas de mon forfait d'une heure par deux mois : il se peut que la dose soit trop faible, même pour un ermite endurci. Mais qu'importe la solitude, pourvu qu'elle soit féconde! La vraie blessure est là, je le crains : je deviens aride comme le Roub-al-Khali, et ne crois plus en moi. En d'autres termes, l'écriture étant la seule passerelle jetée vers les autres, dès lors qu'elle est rompue, c'est la solitude qui prend l'allure du définitif.
En revenant à ce blog il y a deux mois, je ne pétais pas de fierté, non; mais enfin je venais d'achever une espèce d'autobiographie amoureuse atroce de vérité, et j'avais la faiblesse de la trouver bien torchée, en dépit des correspondances et des portions de journal intime qui l'alourdissaient. Faute de connaître qui que ce soit d'autre, je l'ai envoyée à ma frangine, qui a mis quarante jours à parcourir 300 malheureuses A4, et m'a régalé d'inconsistants bredouillis, n'osant m'articuler "Nul à chier" en face. Comme si j'étais en porcelaine! ou de ces fous qu'il ne faut surtout pas contredire Du coup, j'ai rouvert ce bouquin, et n'en ai plus vu que les défauts. L'étagère, certes, ne fait pas la différence. Mais mes projets en cours, eux, la font fort bien, et ils ont attrapé là un mal de langueur qui évolue ces derniers jours vers la stérilité totale.
Il est assez pénible de se dire qu'on a du talent, un monde authentoriginal à faire connaître, et aucun moyen d'y parvenir, attendu le fonctionnement du marché. Mais combien plus de devoir s'avouer qu'on est complètement zinzin, qu'on a passé son existence à courre un gibier qui n'existait pas, et que tous ceux qui n'y voyaient que du feu avaient RAISON! Exit la rage, intrat le désespoir. Un raté de moteur, bien sûr, un peu de flotte dans le kérosène, l'avion va repartir. Mais ça n'apaise que maigrement, quand on ne parvient plus à voir le carburant que comme pur vouloir-vivre frôlant la psychose, et qui pis est, des plus communs : Internet grouille de poètes qui n'ont aucune idée de ce qu'est la poésie, et de prosateurs amphigouriques auxquels on balance quinze comm' comme quoi "C'est 'achement bien écrit!" Tout ce beau monde vit dans un rêve : pourquoi pas moi z'aussi, sur un autre palier? Et au moins partagent-ils le leur, alors que je suis réduit à sucer ma propre moelle.
Car ce bleurgh est un fiasco. Certes j'avais placé en lui des espoirs déraisonnables : Blogland est la patrie du narcissisme, on n'y vient pas pour voir, mais pour être vu. À la rigueur on prend son pied dans LA prose d'autrui parce qu'on s'y reconnaît. Mais l'échange de casse et de séné s'impose absolument, et le "succès" passe par la création d'un réseau d'admiration mutuelle, où règne la "parole positive", et non le langage du constat. Des relations mondaines, quoi, du copinage : pas ma tasse. Or je n'ai pas rencontré dix blogs en tout auxquels j'eusse envie de revenir si l'on ne me rendait pas ma visite. Et soyons équitable : nombreux les jours où je lis moins de pages d'autrui qu'il n'en lit de moi : ma balance commerciale est plutôt déficitaire, et le premier des Narcisses, c'est celui que je vois au miroir. Donc, bien fait pour sa gueule. Mais transportez-vous sur mon île, et apercevez la voile, au loin : il est bien naturel que le monde entier passe par elle, même si le trajet n'est pas direct. Qu'espérais-je? Pas de l'émollient : seulement du pertinent. Faute de réaction, j'avais largué Diarrhy en décembre; y jetant un il, je m'étonne de voir les records d'assistance battus en mon absence : se serait-on intéressé à retardement? J'y reviens, et rien de changé, sinon en pire : car plus j'écris, moins je suis lu! Enfin, presque : si c'était si simple .
Je m'étais promis en tout cas de ne plus cliquer les stats : "Fontaine! " Les voilà redevenues mon eau-de-vie. Qu'elles culminent à 300 "pages lues", c'est du tonus jusqu'au soir; qu'elles retombent à quarante, et je vais me recoucher, à peine apte à bâcler le minable articulet du lendemain : cette voix muette est mon berger! Zut alors! Quelle humiliation! Et d'autant plus cuisante que je ne comprends RIEN aux variations : un jour férié? un titre qui a tiré l'il? un com' largué dans un blog achalandé? une ex qui m'a reconnu et veut savoir si je cause d'elle? une recherche bizarre entreprise par une classe ou une escouade? Clystère momplet : mes prévisions sont toujours déroutées, et c'est souvent sur ce qui me paraît le pire que vient se poser le rayon du Chiffre d'Exception. Ce qui atteste bien qu'"hè basiléia hè émè ouk estin ek tou kosmou toutou", ni d'aucun autre, d'ailleurs.
Quelle défaite pour la Culture, mon bon Monsieur! Tu parles, Charles : le SEUL type que j'ai rencontré qui eût lu "Finnegans'wake" in extenso s'est suicidé au whisky sans soda, et l'on ne peut pas dire que la vieillesse de Sartre soit un modèle de sérénité. Voir Beauvoir, "Cérémonie des adieux". Le sourire d'un enfant rase peut-être à la longue, mais il aide plus à vivre que douze bibliothèques En un an, j'ai vu du peuple pendant exactement cinq jours, et qui pis est, ma famille, dont je n'ai nulle surprise à espérer, et réciproquement; France Télécom me pompe l'air de missives comme quoi je n'use pas de mon forfait d'une heure par deux mois : il se peut que la dose soit trop faible, même pour un ermite endurci. Mais qu'importe la solitude, pourvu qu'elle soit féconde! La vraie blessure est là, je le crains : je deviens aride comme le Roub-al-Khali, et ne crois plus en moi. En d'autres termes, l'écriture étant la seule passerelle jetée vers les autres, dès lors qu'elle est rompue, c'est la solitude qui prend l'allure du définitif.
En revenant à ce blog il y a deux mois, je ne pétais pas de fierté, non; mais enfin je venais d'achever une espèce d'autobiographie amoureuse atroce de vérité, et j'avais la faiblesse de la trouver bien torchée, en dépit des correspondances et des portions de journal intime qui l'alourdissaient. Faute de connaître qui que ce soit d'autre, je l'ai envoyée à ma frangine, qui a mis quarante jours à parcourir 300 malheureuses A4, et m'a régalé d'inconsistants bredouillis, n'osant m'articuler "Nul à chier" en face. Comme si j'étais en porcelaine! ou de ces fous qu'il ne faut surtout pas contredire Du coup, j'ai rouvert ce bouquin, et n'en ai plus vu que les défauts. L'étagère, certes, ne fait pas la différence. Mais mes projets en cours, eux, la font fort bien, et ils ont attrapé là un mal de langueur qui évolue ces derniers jours vers la stérilité totale.
Il est assez pénible de se dire qu'on a du talent, un monde authentoriginal à faire connaître, et aucun moyen d'y parvenir, attendu le fonctionnement du marché. Mais combien plus de devoir s'avouer qu'on est complètement zinzin, qu'on a passé son existence à courre un gibier qui n'existait pas, et que tous ceux qui n'y voyaient que du feu avaient RAISON! Exit la rage, intrat le désespoir. Un raté de moteur, bien sûr, un peu de flotte dans le kérosène, l'avion va repartir. Mais ça n'apaise que maigrement, quand on ne parvient plus à voir le carburant que comme pur vouloir-vivre frôlant la psychose, et qui pis est, des plus communs : Internet grouille de poètes qui n'ont aucune idée de ce qu'est la poésie, et de prosateurs amphigouriques auxquels on balance quinze comm' comme quoi "C'est 'achement bien écrit!" Tout ce beau monde vit dans un rêve : pourquoi pas moi z'aussi, sur un autre palier? Et au moins partagent-ils le leur, alors que je suis réduit à sucer ma propre moelle.
Car ce bleurgh est un fiasco. Certes j'avais placé en lui des espoirs déraisonnables : Blogland est la patrie du narcissisme, on n'y vient pas pour voir, mais pour être vu. À la rigueur on prend son pied dans LA prose d'autrui parce qu'on s'y reconnaît. Mais l'échange de casse et de séné s'impose absolument, et le "succès" passe par la création d'un réseau d'admiration mutuelle, où règne la "parole positive", et non le langage du constat. Des relations mondaines, quoi, du copinage : pas ma tasse. Or je n'ai pas rencontré dix blogs en tout auxquels j'eusse envie de revenir si l'on ne me rendait pas ma visite. Et soyons équitable : nombreux les jours où je lis moins de pages d'autrui qu'il n'en lit de moi : ma balance commerciale est plutôt déficitaire, et le premier des Narcisses, c'est celui que je vois au miroir. Donc, bien fait pour sa gueule. Mais transportez-vous sur mon île, et apercevez la voile, au loin : il est bien naturel que le monde entier passe par elle, même si le trajet n'est pas direct. Qu'espérais-je? Pas de l'émollient : seulement du pertinent. Faute de réaction, j'avais largué Diarrhy en décembre; y jetant un il, je m'étonne de voir les records d'assistance battus en mon absence : se serait-on intéressé à retardement? J'y reviens, et rien de changé, sinon en pire : car plus j'écris, moins je suis lu! Enfin, presque : si c'était si simple .
Je m'étais promis en tout cas de ne plus cliquer les stats : "Fontaine! " Les voilà redevenues mon eau-de-vie. Qu'elles culminent à 300 "pages lues", c'est du tonus jusqu'au soir; qu'elles retombent à quarante, et je vais me recoucher, à peine apte à bâcler le minable articulet du lendemain : cette voix muette est mon berger! Zut alors! Quelle humiliation! Et d'autant plus cuisante que je ne comprends RIEN aux variations : un jour férié? un titre qui a tiré l'il? un com' largué dans un blog achalandé? une ex qui m'a reconnu et veut savoir si je cause d'elle? une recherche bizarre entreprise par une classe ou une escouade? Clystère momplet : mes prévisions sont toujours déroutées, et c'est souvent sur ce qui me paraît le pire que vient se poser le rayon du Chiffre d'Exception. Ce qui atteste bien qu'"hè basiléia hè émè ouk estin ek tou kosmou toutou", ni d'aucun autre, d'ailleurs.
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