Pierre Boulez et Johnny Hallyday
Je sais, je sais
Je connais par cur l'argumentaire des prébendiers de la culture, et, aristo malgré moi, je m'y rallie en partie. Pas de chaîne de musique classique aux U.S.A., paraît-il : pas rentable! Et j'ai vu assez de générations de gamins se gorger les trompes d'Eustache de "Qu'il est beau le lavabo! Qu'il est laid le bidet!" et rigoler à l'audition d'un nocturne de Chopin (ne parlons pas de Fauré!) incapables d'admettre, avec la meilleure volonté, qu'on puisse "aimer ça", pour comprendre que sans subventions, non seulement tout le classique, mais encore peut-être Madredeus, Jungchen Lhamo, Abed Azrié, Angélique Ionatos
enfin, tout ce que j'aime (et qui n'a pourtant rien d'ésotérique, il s'en faut) serait mal aventuré. Si le public fait la loi, c'est Sullitzer, Bellemare et la mère Higgins-Clark sur tous les rayons, et ça risque de coûter fort cher de satisfaire des goûts rien qu'un peu différents. Pourtant que je ne suis pas si sûr qu'il faille faire idiot et vulgaire pour plaire au plus grand nombre : ce credo secret-de-Polichinelle de nos Khréateurs autoproclamés ne renvoie-t-il pas d'abord à leur manque de talent? C'est moins parce que le peuple est niais que parce qu'eux-mêmes sont nuls qu'ils sont chiants, et partant pas "culturels" du tout : l'ennui n'éduque personne
Quoi qu'il en soit, ça me choque que le piéton paie pour l'autoroute, et que l'amateur de goualantes guimauves doive y aller de sa thune pour permettre au fan de Donizetti (1% de la population? 2??) de se caler les fesses dans un fauteuil de l'Opéra-Bastille. Parce qu'on aura beau me salader à mort, ce sont les PAUVRES qui paient pour les RICHES, et les riches qui en ont préalablement décidé
Et bien entendu ça me choque d'autant plus quand la subvention renvoie au copinage, comme c'est à peu près toujours le cas dans ce sale pays, où la démocratie ne relève que du discours-ripolin. Aigri? Je veux! Mais croyez-moi, même d'en profiter personnellement ne m'empêcherait pas de le penser, ni, j'espère, de le dire. Vous les voyez comme moi, tous ces ronds-points qui en quelques années ont couvert l'hexagone ; et comme moi vous ignorez, pour la plupart du moins, combien de gamelles et de lits a pu coûter cette éruption de pustules hartistiques. Qui en a choisi les maîtres d'uvres, et comment? Épais mystère
Le certain, c'est que la prétention s'y dispute à la laideur, et que l'il aspire à un simple rond de gazon sur lequel se reposer. Je suis "nul en musique", c'est entendu, et pas fier de ma prédilection pour la mélodie facile; mais enfin, en soixante ans, vous ne croyez pas qu'on a assez donné sa chance à Boulez? Vous me répondez Stravinski, voire Beethoven ou Mozart ("trop de notes!"), mais Les noces de Figaro n'ont pas attendu 1850 pour remplir les salles, ni Le sacre du printemps 1973! Si, juché sur une montagne de subventions, le "Ligier atonal" (F. de Closets) n'a trouvé à conquérir que quelques centaines de snobs, ne serait-il pas temps de passer la main, et de mieux distribuer l'arrosage? Jonnhy Halliday m'est aussi inutile que Boulez, mais infiniment plus sympathique : car celui-ci vit d'argent public, celui-là de l'argent DU public, de SON public.
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