Concours de solitude

Publié le par Ab'alone

Un million de bleurghs rien qu’en doulce France, à peu près autant, je présume, que d’écrivains inédits, évidemment le nombre est dissuasif, un de plus ne fait pas date, il y a bien des chances que cette lucarne de ciel bleu soit peinte en trompe-l’oeil sur le mur, et bien peu que l’âme-soeur vienne s’y poser... Mais est-ce que j’oserais me lancer à mon tour, sans la quasi-certitude de n’être pas lu? Est-ce que le pseudo constituerait un bouclier suffisant pour “Au secours!” ou “Maman bobo!” qui sont, ne nous le cachons pas, le fond du message? Pour changer de cliché sans vergogne, tel ose jeter une bouteille à la mer, qui préférerait crever à vous tirer la manche dans la rue... Improbable visiteur – mais mettons plutôt inespéré, car si te voilà, ta présence est certaine, et à qui serait destinée l’hypothèse de ton absence? Oh là là, je me sens bien parti pour dérouler vingt pages de “comment commencer?” : coupons court – je voulais te parler de la solitude, ce mal répertorié “de notre temps”, qu’on soit effectivement, télé et richesse aidant, plus seul qu’autrefois, ou que les autres maux s’étant estompés, celui-là seul qui reste se détache du fond gris. Geindre que la solitude est ce qu’il y a de pire, ce serait se moquer des matraqués, des humiliés, de ceux qui crèvent de faim ou serrent les dents sous les dents du cancer. N’empêche : je ne sais si je suis particulièrement infantile, mais il me semble que le bonheur ne peut nous venir que des autres, non de leur pitié ou de leur charité, écœurantes à regarder en face et en dernière analyse toujours narcissiques, mais d’un tantinet d’écoute et de reconnaissance. La différence? C’est que la charité se fiche complètement de votre spécificité, et que son discours est aussi gratifiant que celui d’un margoulin qui cherche à vous placer des denrées à force de stéréo-flagorneries. C’est l’ÉCOUTE qui fait la différence, et on a beau s’en parer à gogo, c’est la qualité la plus rare : 99% des gens ont leur siège fait et regardent les autres DE HAUT, avec hostilité ou mansuétude, n’importe? Ils SAVENT, et ne prennent pas le risque de CHANGER. Croyez bien d’ailleurs que je ne m’excepte pas du lot, encore que je sois un peu empêché depuis quelque temps de faire mes preuves dans le domaine de l’écoute ou de la surdité par un isolement qui commence à faire problème, et c’est là que je voulais en venir. J’en vois beaucoup sur le ouaibe qui se disent seuls, et s’en plaignent. Et puis, au coin d’une ligne, je tombe sur “ma femme”, “mon mec”, “mes amis”, “mes enfants”, et quoique bien conscient que la compagnie apparente peut aggraver la solitude réelle, je ne peux pas m’empêcher de sourire, comme un Robinson de troisième cycle confronté au cours préparatoire : il y a SEPT MOIS que je n’ai eu une conversation de plus de trois minutes avec un être de chair et d’os; DEUX MOIS que j’ai reçu mon dernier courriel; et UN mon dernier appel téléphonique. Quand je sors dans les rues (pour comble, j’habite une ville du midi particulièrement conviviale, paraît-il), il me semble me promener dans un théâtre d’ombres : on ne me demande jamais rien, sinon de temps en temps un euro – que je donne. Et j’aimerais bien savoir si je suis le seul à être seul à ce point. Je ne me cache pas du tout ma part de responsabilité (peur d’être jeté, donc d’aller au devant des autres) et n’en souffre que par crises, mais elles se rapprochent et s’intensifient, et je me demande avec un rien d’anxiété si je ne suis pas installé définitivement dans ce caveau. Tout se passe comme si j’étais déjà mort, et comme si un petit coup de lame ou une goulée de CO ne constituaient qu’une formalité. Or j’ai mes raisons pour m’en abstenir; mais gardons-les pour une autre fois. Mouais, on ne peut pas appeler ça “philo”, mais je n’aperçois pas de rubrique “jérémiades”...
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Publié dans Ma cure de modestie

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E
C'est plus que des jérémiades... vous avez le droit de dire que vous souffrez... on ne mesure pas la souffrance... il y a pas plus ou moins grave ... il y a une souffrance qui est ce qu'elle est ! Que peut-elle m'apporter ? caveau, linceul... la question peut-être... est-ce-que je suis vivant ou comment le devenir ! et là on rentre dans une vrai dynamique de changement possible ?! qu'est-ce-que ça vous dit ?
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