Ma vie est un conte

Publié le par Ab'alone

Alors là je n'en reviens pas : dans la rue, une fille m'a SOURI et dit BONJOUR!! Le comble, c'est qu'elle n'était même pas moche! Ma touffe, qui croît depuis cinq ans, et qu'exceptionnellement j'avais lâchée en afrauréole? Elle ferait plutôt peur dans un coin isolé, et, trimardeur, je serais, je présume, copieusement importuné des pandores. Myope, la jouvencelle? Sans doute qu'elle m'a pris pour un autre… à moins que, miraud moi-même, je ne l'aie pas "logée". Depuis presque quatre ans que j'ai installé mes pénates dans ce patelin, il se pourrait que ma royale à la d'Artagnan (voir "Bragelonne" plutôt que "Les trois mousquetaires") malgré la rareté de mes sorties commence à y être notoire, alors que, peu physionomiste et toujours perdu dans quelque problème, je ne reconnais même pas mes voisins de palier : "Quel étage? – 18ème, comme vous." Ah bon. D'ailleurs, je pars perdant, puisque je ne réponds plus à aucune sonnerie, ni à la porte ni au bigophone quand s'affiche un "nom non reçu" et numéro dito : fleurs, meubles, télécommunications, c'étaient toujours des margoulins : "Madame X.? – Ah non, désolé, je viens de la tuer, gnark" et rac! "Madame X", quand il n'y a pas de Madame X, ça signifie toujours qu'on a quelque chose à vendre (ou que mon "allô" se situe dans les octaves élevés) et je vous caviarde un laïus sexiste sur "Inégalité de revenus, certes, mais symétrique inégalité de dépense!" Toujours est que cette inconnue m'a rechargé les accus pour quelques jours, une semaine peut-être : c'est la goutte d'eau fraîche au cœur du Tanezrouft. Si j'en juge par moi, je crois que le pire, dans la solitude, c'est le mépris de soi qu'on y puise, la conviction d'apparaître à l'évidence comme un objet de rebut. On se passerait bien de communiquer, avec des gens qui pour la plupart s'enferment dans leur ego, n'écoutent pas, et ne changent jamais d'avis. Mais ce qui m'abat, c'est d'être jugé inférieur à la communication, le genre d'exclu-raseur qui, si vous avez le malheur de lui dire un mot, pourrait bien vous tenir le bouton jusqu'à demain. Raison pour quoi à l'ordinaire je prends les devants, attribue toute parole aimable à la charité ou à l'intérêt matériel, et mets les adjas le premier, de crainte d'être repoussé : "V's'avez cinq minutes pour un sondage? – Non, non, vous perdriez votre temps, je suis trop atypique!" Et c'est vrai, ma foi : ni télé, ni portable, ni boulot, ni carte d'électeur, ni bière au frigo, suis-je vraiment de ce monde? En tout cas, on dirait que je fais tout pour rester au caveau, et le plaisant, c'est qu'à force d'anticiper sur le mépris, je pourrais bien passer pour méprisant moi-même. Ne le suis-je pas, d'ailleurs, par la bande? Ma terreur d'être traité en étron n'implique en rien que je me croie tel : donc je présume qu'on se trompera, qu'on ne sera pas foutu de discerner qu'en fait je suis fort intéressant; ou qu'on ne s'intéresse qu'à la richesse et à la beauté, ergo qu'"on" est méprisable au moins par là! Trop théorique tout ça… Le fait est qu'il y a une dialectique de la peur d'être méprisé, je recule d'un pas, tu recules de deux… S'ennuyer n'est pas le problème, c'est d'ennuyer qu'on craint. Il n'est facile d'aller au devant des gens que si l'on escompte d'eux un accueil favorable, donc qu'ils y gagnent à nous fréquenter, et quand on a cette confiance-là en soi, on risque fort d'être nauséabond. De sorte que l'amère destinée des pauvres mecs paralysés des premiers pas est de ne rencontrer que des êtres persuadés de leur faire un cadeau en se contentant d'exister, imbus d'eux-mêmes et imbuvables.
Heureusement qu'il y a les enfants, auxquels on passe de se prendre pour le centre du monde. J'ai une nièce de huit ans pile, qui n'a pas encore intégré les normes du répugnant, et s'amuse bien en ma compagnie, un ou deux jours par an, car il n'est pas de jeu assez bête pour que je refuse d'y jouer; comme elle a tout, mais alors tout, en vain me suis-je fait des nœuds au cerveau pour lui trouver un cadeau d'anniversaire original; d'ailleurs j'avais la flemme de sortir faire les boutiques, et comme un accès de radinisme consécutif au choc pétrolier et à la chute vertigineuse des obligations qu'un banquier incompétent m'a fait acquérir l'an dernier, au plus creux des taux d'intérêt. J'ai donc envoyé à la petite quatre "Bons pour un vœu (raisonnable)" par référence à l'histoire bien connue du bonhomme qui demande inconsidérément de l'andouille, puis qu'elle soit pendue au nez de son emmerderesse, puis dépendue, de sorte qu'il se retrouve au statu quo ante. Mézigue, plus munificent que la fée, mais dépourvu de pouvoirs surnaturels : donc quatre, mais "raisonnables". Et le premier l'est éminemment, puisque dring! "Mon premier vœu, c'est que tu viennes nous voir en mai." C'est-il pas gentil, chérie, va, et le seul moyen de rendre les trois autres opérationnels? Du coup, Caliban-Merlin se prépare à quitter son trou, à rouler 1500 kilomètres avec ses trois points de permis guettés par les sarko-radars, et comme il ne peut arriver les mains vides, ne manque pas de se grommeler qu'un énorme nounours l'aurait moins obéré, frais de port mêmes compris – mais enchanté au fond, le pauvre diable! D'ailleurs en mai, il devrait y avoir des fleurs partout… et peut-être bien quelques stoppeuses sur la route. Une espèce en voie de disparition, mais puisqu'on mise sur les contes…
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Publié dans Ma cure de modestie

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J
Non, je ne suis as lui, je n\\\'ai même rien à voir. Mais n\\\'importe qui remarquerait que c\\\'est cntradictoire et presque fou, de prétendre se faire aimer des gens en les flagellant. Tu te présentes toi-même comme « pas très sympa ». C\\\'est quand même ps pour qu\\\'on te réponde : « mais si mais si » ? On peut apprécier tes posts en vomissant leur auteur, comme on peut aimer Pointeur (le bouquin) en détestant Pointeur (le héros). A quand la suite, au fait ? Tu l\\\'as pas fini ?<br />
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A
Demain! Il suffisait de la demander. NB que narrateur != auteur! L'enquête de police serait sans objet.
J
C\\\'est pas démontrable, mais c\\\'est évident. Relis tes posts, quelque soit le sujet, le message est le même : « les autres » sont des nuls, et moi je suis génial ! Ils écrivent comme des pieds, se savent pas lire, enseignent n\\\'importe quoi, ne se posent pas de question, manquent de lucidité… Mais Toi, tu n\\\'es pas comme Eux ! Note bien que c\\\'est possible, et même très vrai que tu es « atypique », mais ça n\\\'incite pas au dialogue, ni à te sauter au cou. Tu ne fais que taper, insulter, rabaisser tout le monde, et tu voudrais qu\\\'on te réponde quoi ? « Encore, encore ? » Faudrait être maso.
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A
"sauter au cou"? Tiens tiens… J'ai déjà lu cette expression en novembre, sous la plume d'un correspondant dont je n'ai pas publié les lettres, bien qu'il m'y ait autorisé. À la réflexion, notre échange piétinant ne m'avait pas paru mériter l'impression, mais je vais peut-être y réfléchir de nouveau. Que tu sois lui, je ne le crois pas : cette expression, tu l'aurais évitée. Entre moult remarques pertinentes, (je ne lui reprochais que sa mauvaise foi, et de noyer le poisson de son agressivité) il m'écrivait grosso modo ceci, que je te retourne : écrire, c'est présumer provisoirement qu'on a quelque chose à enseigner. À quoi bon dire ce qu'on sait connu et commun? Et par là même on prend nécessairement une posture "professorale".<br /> Se peut que je cherche à me distinguer, à faire le malin, voire à écraser; mais est-ce si important? Cette "motivation", qu'on peut appliquer à TOUT discours, n'interdit pas la discussion ad rem. Ce qui me gêne, chez le type bouffi de suffisance, ou uniquement attaché à convaincre les autres qu'il est le meilleur, c'est qu'il ne sache ou ne veuille pas entendre ce qu'on lui DIT. Qu'importe qu'il se prenne pour un titan, et ne voie autour de lui que des nains? À condition que sa vision des faits, des êtres, des écrits, n'en soit pas brouillée, volontairement ou non : c'est devant ça que je décroche, devant le mensonge, la bêtise ou la mauvaise foi. L'orgueil de refus, qui nie l'apport de l'autre, me paraît minable. Mais l'orgueil boulimique, qui cherche à s'approprier ce qu'il ne possède pas, et à le dépasser, j'y applaudis des deux mains. Montre-moi que mon écoute pèche, et où, et précisément : tu verras bien si je refuse d'en convenir. Mais si c'est parce que je te réduis à quia que je suis "imbu et imbuvable", alors j'entends bien le rester. Rayon ronds-de-jambes, la maison est à court : les relations mondaines ne m'intéressent pas.<br />
J
« imbus d'eux-mêmes et imbuvables » : t'as pas l'impression d'en faire partie, des fois ? :–)<br />
Répondre
A
Mais si, nuit et jour. Et toi?<br /> Imbuvable, ça semble un fait. Imbu, j'attends ta démonstration.<br />