Rancœurs-journal

Publié le par Ab'alone

Défaites obscures

Le givre du champ clos se mire dans les glaces
Et se dilue en un suaire universel
Nuptial aux blessés que la défaite enlace

Leur sourire complice est rigide; et le gel
Atroce efface un espoir ancien de ça même

Une lame de nuit envahit Lucie blême
Où les vers se sont mis et me laisse rêveur
Au bord de son rivage où de grands oiseaux passent

Je signerai là-bas un autre champ d'honneur
Les décombres ouvrés d'une autre guerre lasse

Déjà l'algue des mots recouvre son visage
C'est coulé Quittez-la la marée monte et lente
Lourde la reddition lessive de la page
Le matin, qu'oblitère une mouche mourante


HaiKa en rose et noir

Quand je suis seul avec mon pénis
Je le sors de sa cachette
Et je lui souris.


Dans la forêt de mes hantises
Le cri d'une fillette
et les feuilles froissées


Cette pomme de terre
Dont tu ris trop fort
Je l'ai choisie à ton image.


Porc aigre-doux
Tu m'as donné
Le nom d'un plat.


J'ai rêvé cette nuit
Que la pensée de toi
M'éveillait.


Sur la corde de glaire
Entre nos bouches amoureuses
Une araignée s'est engluée.


Prends ton temps
c'est gratuit le dimanche
de s'emmerder


Soumission

Te donner mes sous
Te donner ma vie
Te donner raison envers et contre tout
T'aider
à passer les manches le temps et les concours
récrire
ta thèse
refaire
ta tresse
te savonner et te rincer et t'essuyer et t'habiller
à la rigueur
t'apporter au lit des gâteaux durs des gâteaux mous
bouffer ceux que tu laisses
te gaver de câlins dorés
t'engraisser t'engrosser
prévenir tes désirs et tes gestes
pousser ta petite voiture
par les champs et les grèves
sans jamais jamais peser sur ta liberté.


Uneasy driver

Je conduis dans la campagne
Jusqu'à un parking tranquille
Un bus de candidats aux plus hautes fonctions
Leur faut réviser vite
Ça commence dans deux heures
Mais tous s'en foutent, de leur avenir
Sauf Hélène
Sauf ma chérie
Elle c'est de moi qu'elle rit
Chauffeur de bus
Snobeur de fous
Obligé de taper sur eux à tour de bras
Pour qu'ils respectent sa méditation
Force protestations!
Et mes efforts sont balayés
Quand sonne l'heure
De promener les bébés
Long défilé de poussettes grinçantes...
C'est terrible ce que je suis tributaire de la nuit.


Menteur

Viens ou je meurs
T'avais-je écrit
Tu ne vins pas
Et moi je vis!
Tu devrais me poursuivre
Pour abus de confiance...


Le retour

Tu as remonté le cours du grand fleuve
Serrant ton message entre tes dents
Vingt ans dirait-on pas vingt ans
De brasse pénible
entre les troncs pourris
entre les crocodiles
et les noyés pensifs
Vingt ans sait-on ce qu'on attend
le pardon
le salut
le souvenir épuré des caresses
On est tassé sous sa hutte et le soir tombe
on déplie le cœur bat et on lit :
ci-joint la note de gaz tu m'en dois la moitié.




Elle était belle
et c'est banal alors elle était moche
et c'est banal alors elle n'était ni belle ni moche
comme quasi-toutes et qu'est-ce que c'est banal
alors moi je la trouvais moche et les autres
oh pardon c'est l'inverse…
Oups
ça ne s'arrange pas
alors que voulez-vous y en avait pas de fille pas du tout
AUCUNE, JAMAIS
et ça non seulement c'est banal
mais croyez-moi qu'est-ce que c'est triste!
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Publié dans Tut! Poète!

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