Pour un bazar poétique

Publié le par Ab'alone

Laissez-moi vos notes
Je tâcherai de voir
Si l'on peut en crever


Et réciproquement...

Quatre milliards de centres
Ça fait beaucoup pour un petit monde...
Trous de l'orange bleue
Quatre milliards de poches à ciel!
Pourquoi vous acharner
À refuser de lire
Votre délire dans mes yeux?


Ne te satisfais pas…

Ne te satisfais pas de vers qui sont autant de pâquerettes
Ça saigne, les pâquerettes, que diable!
Un peu de nerf...
Ne jubile pas de nous flanquer dans les dents une phrase bien balancée
Il n'y a que le vrai de bien balancé
La mort, par exemple.
Efface-moi ce sourire pompeux, et n'aie pas trop de foi en ce que tu fais
Car ce n'est pas grand'chose
Ne narre pas, ne décris pas, n'énumère pas, écris à peine
Pas du tout si possible
Et surtout ne va pas, petit malheureux, t'aviser d'être heureux!


Je désirerais…

Je désirerais de vous un texte aussi désagréable que le grincement obstiné dans la nuit d'une poulie de balançoire...

Aussi fugitif que le décès d'une cendre de cigare dans une cuvette de W.C.

Aussi incertain que l'odeur du jasmin quand, trop respirée, elle bascule vers l'odeur de merde

Ah! Si je pouvais exiger un texte qui se détruisît lui-même! Je ne vous tiendrais pas quitte avant que votre officine, qui en vaut une autre, l'eût produit.


Récrire la Bible…

Récrire la Bible
en m'y donnant de rôle de Dieu
Refaire l'histoire
en m'y pointant aux moments forts
Changer le monde
en une mer d'ego jusqu'aux quatre horizons
Transmuer en vie
ce déboire sourd qui tous les jours m'étonne
Hurler "j'existe" à pleine voix
à l'oreille du cyclone
Accroché au bastingage
d'un poème aussitôt délavé...


Dimanche

De l'ânerie estivale de la campagne
Vous ne garderez si vous m'en croyez
Que la quintessence
Et distillerez tant votre ennui qu'il en sorte aussi fort que la goutte de contrebande
À la ferme, parmi les couverts d'argent étalés
Et les petits ninas du margoulin aisé

Tables de jardin insoutenables de blancheur
Touffeur des siestes
Rare aboi


Simple…

Simple…
Mais non comme le sillon
Que trace un bœuf patient
Non comme un mur de honte
Élevé brique à brique
C'est une autre simplesse
Qui monte en toi aux abords du sommeil
Quand le discours d'autrui t'envahit les oreilles
Sans défense mais aux aguets
Ce n'est pas un travail qu'on te demande
C'est l'angoisse nue
C'est la vue cavalière que tu t'emploies à éluder
Dans la mesquinerie des tâches nobles
C'est l'inutile fait loi
Simple comme ces pavots
Que masque le rang des maïs tristes
Comme une source envasée
Oubliée
Simple comme le jour
Pour un aveugle


Tu écris

Tu écris: la lune!
Tu écris: le gel.
Et toi ça te suffirait
Mais quoi?
Tout le monde peut le faire…
Il faut les habiller de rimes
Les emmitoufler de verbe
Tremper l’hiver dans une soupe de ritournelles
un gazpacho d’été
Pourquoi rêver de mots qui affûtent les contours
qui fassent baisser le thermomètre
qui noircissent la nuit
qui écorchent le cœur du glacier
de mots plus muets que le silence
quand le silence est là
quand le silence t’attend, t’enserre
quand le silence te comble?


Brevet de modernité

Le sieur X a comparu devant le Sacré Collège
Libre de corps et sain d’esprit
Et déclaré sans contrainte et sans dol
Que le langage c’est ‘achement important
Que pour ainsi dire ça englobe tout
les questions et les réponses
Résout tout
Résume tout
Que rien n’y entre et rien n’en sort
Que rien n’y perce ou n’en débuche
Ni l’amour ni la mort ni la souffrance
Ni la présente déclaration.

Signez, ne datez pas, c’est fait
Pour servir et valoir ce que de droit..


Résidus

Le carré de l'hypoténuse
Est si je ne m'abuse
Égal à une infante en robe de soirée
Et les autres côtés
J'en ai rien à cirer.

Mais les petits côtés
Sur le radeau pourri de l'attention flottante
Qui sait à quel rivage ils vont aborder?

C'est là qu'il faut aller mat'lot
Évitant les écueils les échos
côtiers et côcôtiers
Tout résonnants du chant satisfait des pondeuses
Nul bon port et nul cap! Dériver soit ta loi!

Et pour te rassurer : je ne t'y attends pas.


L'élève dispensée…

L'élève dispensée de poésie
Est assise à l'écart
De la classe en travail
Qui sur ses quatre murs
Sur le tableau les craies et le cahier de notes
Écrit ton nom
Liberté

Bloquée, fermée, butée
Le pir' c'est qu'elle ignor' les joies dont ell' se prive
Les oiseaux qui sent' bon, les fleurs qui font cui cui
Ne caresseront pas sa narine et son ouïe
Point de morves d'azur ni de nuages qui passent...

Encor' si ell' songeait
Aux sentiers entr'ouverts ou au quignon du soir
Mais son regard éteint
Ne me livrera rien

L'élève dispensée de poésie
Est assise à l'écart
De mon poème..
À supposer qu'on puiss' l'app'ler ainsi.


Le jardinier

Les jours où l’on consent à venir me faire chier
On me trouve au jardin et l’on me lance où ça
Le jardin c’est tout mort c’est tout sec
On voudrait voir des fruits ou tout au moins des feuilles
Même de loin…
Ô ma main verte ô ma main noire
C’est un terreau où tous les plants trépassent
Dans la séquelle interminable des jours sans
Mais je jardine je jardine sans désemparer
Même en désemparant je jardine je jardine
Ne me parlez pas d’un autre métier


La vie du bon côté

Il y en a tant qui croient aimer
quand l'hôte de leur slip
se met au garde-à-vous
Il y en a tant qui vivent l'aventure
en changeant de bistrot
en prenant la file d'à côté
en tapant sur le ouaibe
le nom d'un copain perdu
Il y en a tant qui se croient fins
de flouer le fisc et les flics
de mettre une rouste aux échecs
à un gosse en bas âge
en inventant les règles à mesure
Il y en a tant qui croient créer
quand leur Kodak fait clic
quand leur caca brosse un paysage
sur le papier molletonné
Toi quand tu ressasses
hagard et hébété
les nuages les nuages
sans que la pluie vienne
quand tu te sens aride
comme la dalle muette
de ta propre tombe
Tu pourrais te féliciter
de ta haute exigence...


Cigarettes

Colonnes du temple évanescent de mes rancœurs...

Le Guide bleu vous avait oubliées de justesse
Vous étiez moirées d'éternité...

Fûts sans remède effrités par l'attente
Je ne me plais plus qu'à votre érosion.


Le fard naturel

Tous tes pots étalés alentour
Tu fais un poème comme on se fait les yeux
Fais-le comme on se les poche.


Même…

Même le troisième du haikai
Coupe-le.
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Publié dans Tut! Poète!

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J
"à mon grand dam le renvoi d'ascenseur est complètement bloqué", veux-tu préciser stp, je ne sais pas de quoi tu parles.Quant à ta typographie, si tu ne peux pas la changer sur over-blog, change d'hébergement. Je peux t'héberger pour 30 euros par an et si t'es fauché c'est même gratuit  (sauf nom de domaine si tu en veux un, mais tu peux aussi rester en sous-domaine et je t'installe le blog gpl que tu veux. jm
Répondre
A
Ça me torture de “préciser”, surtout après tes offres de service. Disons que la poésie est par excellence le domaine du tout-ou-rien, ou du tout-rien (cf. chansonnette du jour) et de l’inexplicable, de l’indébattable. Sur la prose on peut toujours “discuter” : même si le dialogue ne mène nulle part, paralysé qu’il est 999 fois sur 1000 par des narcissismes antagonistes, il y a un terrain commun. Avec la poésie, aucun, depuis qu’elle s’est affranchie de la versification. Je m’enivre de tel haïkaï, de tel “proverbe chinois” (ex : “Si ta musique est moins belle que le silence, ne la joue pas.”) qui te paraîtra une platitude comme nous en produisons mille par jour; et vice-versa. Ta poésie m’est étrangère, je trouve donc la réciproque en un sens parfaitement naturelle. Le constat d’altérité ne m’en trouble pas moins, car je n’ai pas le sentiment que mon émotion soit d’origine narcissique, d’être un beauf qui trouve belles ses photos de vacances parce qu’elles le représentent ou qu’il les a prises. Ni toi, je présume.<br /> Quant aux caractères, je ne suis pas à trente balles près, mais crains qu’over-blog ne soit pas en cause, puisque la plupart des autres se débrouillent mieux : ma bécane du jurassique (Mac 9) ne me permet pas de charger Firefox, et tant qu’elle marche, je ne vais pas la changer pour quelques pas encore dans le bide : le compte à rebours cavale, pour des raisons pas toutes avouables.
J
J'aime bien l'idée du bazar poétique et j'aime aussi "Accroché au bastingaged'un poème aussitôt délavé" si ce n'est qu'un poème bien senti ne se délave pas si facilement. Pour le meilleur et pour le pire, le pire généralement. Je me demande seulement si c'est une idée en l'air comme nous en sommes tous si féconds, une idée à pondre des lignes qui gémissent, ou si je dois voir là un frémissement ?Mais tu as raison, ton blog est un fiasco. Parce que c'est un blog, comme tu le dis, et que tu ne penses guère aux pauvres binoclards dans mon genre qui transpirent sur tes lignes interminables et tes interlignes minuscules. Un peu plus de marge voyons, tu pourras y caser de la publicité !Et bien évidemment aussi il me faudrait savoir ce que signifie "hè basiléia hè émè ouk estin ek tou kosmou toutou" pour imaginer de quel compte à rebours il s'agit. jm
Répondre
A
Le grec, c'est exeuprès que je ne l'ai pas traduit, sans doute pour annuler l'insoutenable prétention d'un propos qui m'assimilait à J.C. soi-même. Si le "compte à rebours" est hermétique, alors c'est qu'à mon insu je parle dans ma barbe tout le temps.<br /> Même ma casserole et mon explorer surannés comportent une fonction "zoom sur le texte", dont, binoclard aussi, j'use pour ma part quand je tombe sur du trop petit. J'ai déjà expliqué jusqu'à plus soif que je ne peux ni changer la taille des caractères ni marquer l'alinéa, ni même produire d'italiques, ce qui me paraît beaucoup plus frustrant.<br /> Ravi que tu aies trouvé deux vers et un titre à aimer, "à condition qu'ils soient sincères" : ça tient du miracle, dans la mesure où à mon grand dam le renvoi d'ascenseur est complètement bloqué. Je me serais accommodé que réciproquement TOUT fût à tes yeux du côté du "pire", bien que le constat d'altérité ne me laisse pas tranquille. Bizarre, la poésie : nous sommes tous d'accord sur Baudelaire, mais dès que nous en venons à NOTRE production, c'est la tour de Babel, le narcissisme n'a plus de garde-fou.