Déprimé, mouah?
Allons bon! Voilà que la dépression, à son tour, aurait des origines génétiques! Et il ne s'agit pas du dernier produit de l'Usine d'Irresponsabilité de Bullshit-on-the-sea : les branchouillards, paraît-il, savent ça depuis belle lurette. Numérotez vos restes de liberté, moi je vous le dis : bientôt nous n'aurons plus un goût, une opinion, une faiblesse, qui ne soit héréditaire. En conséquence : Inch'Allah! à moins qu'on ne trouve à chaque trait de caractère sa molécule palliative
Immense est mon ignorance, et gigantesque mon scepticisme. D'abord, je ne suis pas si convaincu que ça de la simple existence de la dépression. On la diagnostique, oui, mais seulement depuis qu'on a des médocs pour lutter contre, et si j'ai bien compris, ils ne sont pas topiques : c'est du bonheur en tubes et fioles, qu'on pourrait prescrire à n'importe qui. Outre qu'un placebo aurait peut-être le même effet (mais je suppose qu'on a fait des tests) l'efficacité de la pilule n'a jamais prouvé l'existence de la maladie.
Mais soit! Ne pétons pas plus haut que nos compétences, et gardons-nous de rire au nez des zombies dopés à l'Anafranil. Ça n'empêche pas de remarquer que je n'ai jamais observé personnellement que des dépressifs théâtraux. Des metteurs en scène de leur malheur, et Dieu sait si les spectacles étaient mauvais, le jeu appuyé, si cette souffrance incarnée faisait fourmiller la giroflée! Allons jusqu'au bout de l'abjection : je doute fort que dépression survienne sans entourage attentif et attentionné. Vous imaginez Robinson dépressif, vous? À quoi ça lui servirait? C'est un langage, et un langage accusatoire, qui meurt sur les lèvres quand il n'y a personne pour l'entendre et pour battre sa coulpe. Je ne dis pas que ces acteurs soient tout à fait conscients de jouer la tragédie : dans une mesure variable, ils croient à leur truc, comme tout locuteur d'un langage de rupture : les larmes (plutôt fém.), les cris (plutôt masc.) et la bouderie (dos à dos). De l'intérieur, ça vous paraît irrépressible, de faire la gueule ou d'en pousser un coup? Incontrôlable, la colère? Mmm Là, la main sur le cur et le cerveau en éveil, songez un peu à votre petite dernière, je parie dix doublezons qu'elle était ciblée, et n'aurait pas tonné sans une bonne poire à la réception. On n'en revient pas, des conduites "spontanées" qu'éradique un partner décidé à ne pas se laisser piétiner les cors. Beaucoup plus efficace que "tout comprendre"! Parce que tout comprendre est oppressif : c'est tout dominer.
Revenons à la dépression, en réservant toujours les "lourdes", à tout hasard, ces "lourdes" que je n'ai jamais rencontrées. Les légères, elles, supposent un public, et ne naîtraient pas sans lui, ou sans l'intention de le susciter. Mais où l'on touche à l'absurde, c'est quand on inflige le diagnostic à un pessimiste qui ne se sent nullement déprimé. Quand j'ai quitté la Fabrique à Cancres sans désir de retour, il s'est trouvé un psy pour, mois à mois, m'en coller six de "dépression", me permettant ainsi de faire la soudure avec une demande de dispo. Six mois de Zoloft et de Noctamide dont je n'ai pas absorbé trois comprimés, réservant le stock pour le jour J (j'ai appris depuis, hélas, qu'ils ne me feraient pas grand mal). Un pépé fort sympa, qui avait fait jadis une thèse irréprochablement lacanienne, et ne croyait plus détenir le moindre savoir. Sa définition de la parano : "Les paranoïaques, c'est ceux qui traitent les autres de paranoïaques! Hé bé, Professeur, ça vous en fait pas mal à soigner!" Un pipeauteur? Je ne crois pas : il se félicitait des effets bénéfiques de son Zoloft qui s'entassait dans un tiroir. Je "reprenais goût à la vie" : tu parles! Délivré d'enseigner des conneries à des indifférents, je n'allais pas broyer du noir! Enfin pas tout de suite.
On se moque du monde. Rintintin est vieux, moche, pauvre, seul, il n'intéresse personne, il a chopé un cancer et perdu son boulot Comme c'est curieux, il trouve la vie un peu tarte, et non moins la mort qui approche à grands pas. "Oh oh! Mon ami, vous nous faites une belle dépression!" Et Prozac à donf, remboursé, lui, alors que le Ricard pas. Diagnostic de cul-bénit, qui a pour fonction de nous débarrasser le regard des laideurs et des misères qui nous sont devenues insoutenables, parce que comme même elles nous attendent, et comme autre, nous nous en sentons responsables : il faut donc qu'elles n'aient rien de réel, que le pauvre bougre "les voie comme ça", et les lui repeindre en rose, qu'il nous fiche la paix. Le bonheur n'est plus un droit, c'est une obligation, et qui y contrevient dérange.
Immense est mon ignorance, et gigantesque mon scepticisme. D'abord, je ne suis pas si convaincu que ça de la simple existence de la dépression. On la diagnostique, oui, mais seulement depuis qu'on a des médocs pour lutter contre, et si j'ai bien compris, ils ne sont pas topiques : c'est du bonheur en tubes et fioles, qu'on pourrait prescrire à n'importe qui. Outre qu'un placebo aurait peut-être le même effet (mais je suppose qu'on a fait des tests) l'efficacité de la pilule n'a jamais prouvé l'existence de la maladie.
Mais soit! Ne pétons pas plus haut que nos compétences, et gardons-nous de rire au nez des zombies dopés à l'Anafranil. Ça n'empêche pas de remarquer que je n'ai jamais observé personnellement que des dépressifs théâtraux. Des metteurs en scène de leur malheur, et Dieu sait si les spectacles étaient mauvais, le jeu appuyé, si cette souffrance incarnée faisait fourmiller la giroflée! Allons jusqu'au bout de l'abjection : je doute fort que dépression survienne sans entourage attentif et attentionné. Vous imaginez Robinson dépressif, vous? À quoi ça lui servirait? C'est un langage, et un langage accusatoire, qui meurt sur les lèvres quand il n'y a personne pour l'entendre et pour battre sa coulpe. Je ne dis pas que ces acteurs soient tout à fait conscients de jouer la tragédie : dans une mesure variable, ils croient à leur truc, comme tout locuteur d'un langage de rupture : les larmes (plutôt fém.), les cris (plutôt masc.) et la bouderie (dos à dos). De l'intérieur, ça vous paraît irrépressible, de faire la gueule ou d'en pousser un coup? Incontrôlable, la colère? Mmm Là, la main sur le cur et le cerveau en éveil, songez un peu à votre petite dernière, je parie dix doublezons qu'elle était ciblée, et n'aurait pas tonné sans une bonne poire à la réception. On n'en revient pas, des conduites "spontanées" qu'éradique un partner décidé à ne pas se laisser piétiner les cors. Beaucoup plus efficace que "tout comprendre"! Parce que tout comprendre est oppressif : c'est tout dominer.
Revenons à la dépression, en réservant toujours les "lourdes", à tout hasard, ces "lourdes" que je n'ai jamais rencontrées. Les légères, elles, supposent un public, et ne naîtraient pas sans lui, ou sans l'intention de le susciter. Mais où l'on touche à l'absurde, c'est quand on inflige le diagnostic à un pessimiste qui ne se sent nullement déprimé. Quand j'ai quitté la Fabrique à Cancres sans désir de retour, il s'est trouvé un psy pour, mois à mois, m'en coller six de "dépression", me permettant ainsi de faire la soudure avec une demande de dispo. Six mois de Zoloft et de Noctamide dont je n'ai pas absorbé trois comprimés, réservant le stock pour le jour J (j'ai appris depuis, hélas, qu'ils ne me feraient pas grand mal). Un pépé fort sympa, qui avait fait jadis une thèse irréprochablement lacanienne, et ne croyait plus détenir le moindre savoir. Sa définition de la parano : "Les paranoïaques, c'est ceux qui traitent les autres de paranoïaques! Hé bé, Professeur, ça vous en fait pas mal à soigner!" Un pipeauteur? Je ne crois pas : il se félicitait des effets bénéfiques de son Zoloft qui s'entassait dans un tiroir. Je "reprenais goût à la vie" : tu parles! Délivré d'enseigner des conneries à des indifférents, je n'allais pas broyer du noir! Enfin pas tout de suite.
On se moque du monde. Rintintin est vieux, moche, pauvre, seul, il n'intéresse personne, il a chopé un cancer et perdu son boulot Comme c'est curieux, il trouve la vie un peu tarte, et non moins la mort qui approche à grands pas. "Oh oh! Mon ami, vous nous faites une belle dépression!" Et Prozac à donf, remboursé, lui, alors que le Ricard pas. Diagnostic de cul-bénit, qui a pour fonction de nous débarrasser le regard des laideurs et des misères qui nous sont devenues insoutenables, parce que comme même elles nous attendent, et comme autre, nous nous en sentons responsables : il faut donc qu'elles n'aient rien de réel, que le pauvre bougre "les voie comme ça", et les lui repeindre en rose, qu'il nous fiche la paix. Le bonheur n'est plus un droit, c'est une obligation, et qui y contrevient dérange.
Publicité