Pointeur (19)

Publié le par Ab'alone

Comment rendre la nuit, comment rendre le jour? Je ne sombrais qu’à l’approche de l’aube, et songeais amèrement que j’aurais dû prendre de l’avance, au contraire, pour la garde à vue. Le mercredi, quatre heures de cours : quatre interros-surprises, la solution de facilité, mais des bien fastoches, avec recours au bouquin et nouvel essai après précorrection, histoire de juguler les râlements. Je corrigeais l’une pendant qu’ils faisaient l’autre, frémissant à chaque pas dans le couloir. Maryline à la récré, opération pat pat pat, suite : quand elle saurait, ça ne la guérirait pas de se prendre pour le centre du monde, maladie incurable, mais j’imaginais ce moment avec des gnark gnark qui ne desserraient pas l’étau, pas vraiment. Quarante-huit heures après, j’étais encore dans la nuit. Que le fossé ne livrât son secret qu’au dégel, et il ne s’amorçait pas, rien de plus normal. Mais cette famille était-elle si délaissée qu’aucun proche, aucun voisin ne se fût inquiété de son sort, n’eût poussé sa porte? C’était louche, c’était intenable.
Au milieu de l’après-midi, Ariane avait téléphoné : je l’avais oubliée, celle-là! Julie faisait des courses, et Pimprenelle sa sieste : mais je me forgeai un entourage pour couper court à une conversation fastidieuse, et m’inventai d’incontournables obligations pour décliner l’offre d’une visite le lendemain : le bouquet! On n’aurait pu imaginer mieux pour l’édification des flics, et il y avait là un problème subsidiaire qu’il allait falloir traiter, si l’incarcération ne s’en chargeait pas à ma place. Dépitée, la demoiselle. “J’avais envie d’entendre ta voix, c’est tout. – Mais moi aussi! Comprends-le, et comprends-moi! Tu veux que je casse tout? Tu n’as qu’un mot à dire. – Lequel? – Allons, ne rigole pas. On se voit demain. Je te laisse raccrocher, que tu ne t’imagines pas…” C’était beaucoup déjà, si Julie eût été présente; et trop, si l’on m’avait mis sur écoute, ce que, dans le brouillard, je commençais à redouter.
Foutue nuit. Je commençais à comprendre Raskolnikov et tous ces tocards de l’assassinat qui ne peuvent pas s’empêcher de revenir sur les lieux voir de quoi il retourne. J’aurais voulu avoir quelque chose à faire, des indices à supprimer, et me répétais à vide que je me repentirais plus tard de n’avoir pas su mettre ce moratoire à profit. Mais je n’avais même pas la force de peaufiner une stratégie, trop certain d’ailleurs de ne prévoir que ce qui n’arriverait pas, et d’être plus fragilisé par un plan-béton qu’à m’en remettre à l’improvisation. Nous avons tous connu, avant un examen ou un rencard, ces plages interminables où se logerait à merveille la préparation idoine, et que nous ne savons remplir que d’attente hébétée : eh bien, l’une d’elles! mais en pis. Je la revis en l’évoquant, et, bien qu’un élémentaire souci des bienséances me détourne de laisser libre cri à l’espoir qu’on me plaigne et me comprenne, laissez-moi vous assurer que c’était un peu plus duraille à endurer qu’un évanouissement en dix secondes montre en main. Et c’était la troisième nuit! Je ne pouvais pas faucher un comprimé à Julie, qui aurait noté cette contravention aux us, le lendemain je serais sur les rotules, et ma tronche de déterré ne plaiderait pas en ma faveur…

Ce n’est qu’à onze heures, le jeudi, pendant le cours de Première-Terminale que pour une fois nous consacrions à une traduction intensive coupée de quelques lectures d’Épictète, que le destin frappa à la porte, sous le masque du pion Jérôme, un habitué du mardi soir. Je protestai que pendant un cours, n’est-ce pas… Ça ne pouvait pas attendre? Non, non, immédiatement, les élèves allaient en perm’! Ah! Bon. Mais keskispasse? Nous n’avions pas fait trois pas seul à seul qu’il me glissa : “Je te préviens, à toutes fins utiles : c’est les gendarmes. – Les gendarmes? Et ils veulent me voir, MOI? Ou c’est une mesure générale? – Pour le moment, y a que toi de convoqué, à ma connaissance. Mais on m’a pas demandé de t’accompagner.” Ce gars-là me laissait presque ouvertement la latitude de prendre la fuite! Je m’esclaffai jaunâtre : “Eh bien vieux, je te remercie! Je penserai à toi quand j’aurai fait quelque chose! T’as pas une idée de quoi il s’agit? – Non… M’enfin je sais pour quel motif ils sont venus jusqu’à présent.” Je m’arrêtai tout net : “Là je sais plus s’il faut te remercier ou t’en balancer une, dis, ho! Non mais tu me vois?… Une gamine que je connaissais même pas, en plus! Celle-là est raide! – Mes excuses. Mais comment savoir ce que les gens peuvent faire? – Y a quand même des limites…”
Et j’aurais trouvé bien inquiétant qu’il ne les discernât pas, si j’avais eu le loisir d’y penser. Mais déjà nous étions à la porte du bureau de Cramon. J’y toquai, le vieux m’ouvrit, porteur d’un sourire jovial qui criait l’effort. Derrière lui, deux uniformes de grade inconnu, un glabre et un moustachu. “Monsieur Pointeur, qui est professeur principal de la classe… Je vous laisse mon bureau, comme convenu… Prenez tout le temps nécessaire. Ces Messieurs s’inquiètent d’une de vos élèves, qui est absente depuis deux… trois jours, en comptant la neige.”
Et déjà il avait filé, me laissant seul et nu face aux lions, qui m’invitèrent à m’asseoir… dans le fauteuil directorial : “Vous êtes chez vous plus que nous!” Il fallait m’astreindre à les regarder en face – au front, comme le conseillent les bons auteurs. Mais sans éviter les yeux, qui me parurent, quoique graves, vierges de l’hostilité escomptée. Sans me laisser mariner, le moustachu ouvrit le feu :
“Oui… Bon… Il s’agit de Jennifer Prats… Vous l’avez en troisième, je crois…
– Oui… en français.” Le présent! Le présent!
“Eh bien, nous vous serions reconnaissants de nous fournir tous les renseignements à votre disposition…
– Des renseignements de quel type?… Scolaires?… C’est ma meilleure élève, et de beaucoup…
– On a vu son dossier.
– Mais qu’est-ce qui se passe donc?
– Elle vous paraît normale ces derniers temps?
– Eh bien, non, en fait. Il y a un mois, je serais tombé des nues de vous entendre citer son nom; mais depuis la rentrée, elle n’est plus la même, tout le monde l’a remarqué : elle ne fiche plus rien, elle sèche des cours… Ça ne lui ressemble pas du tout.
– Vous n’avez pas essayé de lui parler?
– Si! Mais c’est pas facile, parce qu’avec la saison de ski on a sucré les quatre cinquièmes de l’horaire de français : il ne lui reste plus qu’un cours par semaine! Et elle le sèche! Enfin, elle a séché le dernier, et à la réflexion c’était pas son coup d’essai…
– Quand l’avez-vous vue pour la dernière fois?
– Lundi. Comme elle n’était pas en classe, je l’ai envoyé chercher; et comme elle refusait de venir, j’y suis allé moi-même. Mais elle m’a envoyé paître.
– Vous l’avez signalé?
– Je l’ai marquée absente… Vous comprenez, je ne voulais pas lui attirer d’ennuis. C’est – ou c’était, du moins, jusqu’aux vacances, une des gamines les plus douées que j’aie jamais eues, et pas prétentieuse avec ça, le cœur sur la main, et marrante, enfin toutes les qualités. Quand on voit les sapajous qu’on est obligé de se coltiner à présent, ça ferait mal au cœur de chercher des crosses à une petite qui traverse simplement une mauvaise passe…
– Selon vous, elle traverse une mauvaise passe…
– Écoutez, ça saute aux yeux pour quiconque l’a connue avant! Jusqu’à la fin décembre, elle était… y a pas de mots, c’était l’élève idéale! À présent tous les collègues s’interrogent… C’est une métamorphose!
– Et vous n’avez pas une idée de ce qui a pu la causer?
– Pas la moindre. On ne peut faire que des conjectures, et vagues!
– Dites toujours.
– Écoutez, c’est délicat. Jenny est très très pudique, elle ne m’a pas honoré de ses confidences, et ça me gêne de faire état de rumeurs qui pourraient nuire à des tiers… surtout à des gens que je ne connais pas.
– Vous pensez à la famille?
– Pour ne rien vous cacher. Je ne sais pas si vous êtes du coin, mais les gens parlent, vous savez, et je ne trouve pas très correct de répéter leurs propos sans les avoir vérifiés… surtout aux gendarmes, permettez-moi de vous le dire.
– Ces scrupules vous honorent, Monsieur Pointeur. Mais vous comprenez bien qu’on ne se serait pas déplacés pour parler d’une fille qui a de mauvaises notes! La situation est autrement préoccupante, et si vous détenez la moindre information… en fait, vous n’avez pas le droit de nous la cacher.
– Mais qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qu’elle a fait?
– Ce qui se passe, c’est qu’elle a disparu.
– Oh meeerde. Elle a fugué? Ça devait arriver…
– Pourquoi dites-vous ça?
– Fffffff. C’est pas des renseignements de première main, vous comprenez? Je n’ai rien vu moi-même, et Jenny ne m’a rien dit; mais enfin il est de notoriété publique que la maman est portée sur la bouteille, et c’est plutôt triste pour une petite fille…
– Rassurez-vous, on est au courant. Mais ça ne nous avance pas à grand’ chose, étant donné que… c’est pas nouveau.
– Désolé, mais vous savez, du nouveau, moi… J’arrive de cette année, je ne connais pas les gens…
– Non, vous ne comprenez pas. Vous nous dites qu’elle a changé récemment; or la mère, elle, ne s’est pas mise à boire en janvier…
– Ah, d’accord! Mais là, même les collègues installés donnent leur langue au chat, je ne peux pas vous aider non plus, et croyez bien que c’est pas faute de le désirer, parce que ça me tracasse de savoir cette petite sur les routes, par un temps pareil, et avec tous les cinglés qu’elle peut rencontrer!
– Écoutez, qu’elle soit sur les routes, c’est encore ce qu’on peut lui souhaiter de mieux… À moins que vous n’ayez une idée de l’endroit où elle pourrait s’être réfugiée.
– Pas l’ombre. Vous voyez, c’est naïf, mais avant les vacances, j’aurais dit chez moi, carrément.
– Comment ça, chez vous?
– Ben comme ça. Elle a fait du baby-sitting pour nous, quatre… non, cinq soirées. Ma femme lui faisait totalement confiance, et elle la méritait. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi j’emploie le passé, parce que ce soir même, je laisserais ma fille sous sa garde les yeux fermés…
– Mais vous ne l’avez plus employée depuis janvier?
– Bien malgré moi : j’ai pas pu lui mettre la main dessus. Depuis quinze jours, je ne l’ai vue qu’une fois, et complètement hérissée.
– Quand vous êtes allé la chercher, et qu’elle a refusé de venir.
– Oui.
– Qu’est-ce qu’elle vous a dit?
– Que mon cours ne servait à rien.
– Et vous tolérez ça?
– Oh, j’en tolère bien d’autres! Après tout, elle avait peut-être raison… De toute façon, j’étais prêt à toutes les indulgences pour cette petite, ça c’est certain… Elle n’aurait pas été insupportable sans une raison grave.
– Que vous ne connaissez pas.
– Non. Et qui ne me regardait pas, en plus! Les enfants ont droit à une vie privée.
– Mais vous avez pensé qu’en cas de fugue elle pourrait venir frapper à votre porte.
– Non, c’est maintenant que j’y pense… que je pense que je l’aurais pensé, quoi. Elle avait l’air de se sentir bien, chez nous. Elle lisait énormément, elle nous empruntait des bouquins, elle déjeunait avec nous…
– Souvent?
– Ben, j’ai pas compté, hein! Une fois par quinzaine, peut-être? Surtout le samedi…
– Vous aviez des relations extra-scolaires, alors.
– Ben je sais pas si le mot relations convient, avec une enfant. C’était pas une amie, évidemment, mais on faisait notre possible pour lui venir en aide, pour qu’elle ait un peu d’argent de poche, quelque chose à lire, quelqu’un à qui parler…
– Vous disiez qu’elle ne parlait pas?
– Mais si! De ses lectures, de ses espoirs, des gens, du pays, que vous dire? Mais pas de son passé, pas de sa famille. Ça, c’était tabou, on le sentait.
– …de ses frères?
– Pas un mot. On m’a dit qu’ils n’avaient pas été très tendres pour elle… Mais je suis hors d’état de confirmer ou d’infirmer.
– On vous a dit… Qui ça?
– Un collègue du pays.
– Écoutez, vous pourriez préciser? Nous aussi, figurez-vous, on est là pour l’aider, vous n’avez pas l’air d’en être bien convaincu…
– Ben, d’ordinaire, vous aidez… en réprimant, non?
– Bien moins que vous ne pensez. Vous, vous ne nous voyez que sur la route… Mais c’est pas l’essentiel de notre travail.
– De toute façon, ça m’étonnerait qu’il ait grand’chose à vous révéler, mais je pense qu’il n’a rien à cacher non plus… Germain Puig, il enseigne les maths ici… On a beau… Ça fait drôle de livrer un nom à la police.
– Et nous, vous ne croyez pas que ça nous fait drôle, que nos bonnes intentions soient toujours méconnues?
– Vous savez, sur ce plan, vous n’avez rien à nous envier! Nous aussi, on ne veut que leur bien, et on est considéré comme l’ennemi.
– Et voilà, vous avez bien cerné le problème… Enfin, chacun porte sa croix! Vous êtes vraiment sûr que vous n’avez rien remarqué qui puisse nous aiguiller? Même de peu important au premier abord?
– Je vois pas, non…
– Ne craignez pas de mettre en cause des tiers! On ne va pas les fourrer au bloc! Ce qu’on veut, c’est la retrouver! Avant qu’il lui… Le temps joue contre nous, vous comprenez? On dirait bien qu’elle a disparu depuis quarante-huit heures…
– Bon Dieu, mais…
– Oui?
– C’est quand même pas possible!… Mais vous avez dû faire le rapprochement… avec… cette fille qui s’est pendue… ou qu’on a pendue.
– Franchement, on ne peut rien exclure. À première vue, ça n’a rien à voir. Elles se connaissaient?
– Pas que je sache. En principe, non. Une troisième et une terminale, vous savez… qui ne pratiquent pas le même sport… Et en plus l’autre était interne, donc…
– Elle ne vous en a pas parlé?
– Mais on n’a pas échangé un mot depuis!
– Le changement dont vous parliez, vous pensez qu’il pourrait avoir un rapport?
– Moi, moi, rien ne m’autorise à le penser! Il y a une coïncidence de dates, c’est certain… enfin, approximative… Vous pensez qu’elle aurait pu savoir quelque chose, connaître…
– L’assassin, disons le mot! C’est une hypothèse… Il y en a d’autres. Écoutez, si vous appreniez, mettons, que Jennifer avait étranglé cette fille, là, Céline Aubière, quelle
– Qqquoi? Vous êtes marteau!? Exclu! Rigoureusement impossible.
– Si vous saviez combien il s’en produit, de ces choses rigoureusement impossibles…
– Oh! Eh! Oh! Me la faites pas à l’expérience! J’en vois plus que vous, des gamins! Et je la connais, leur violence! Vous me prenez pour quoi, pour un niais? Quand je vous dis que cette petite, qui est la douceur même, la gentillesse, le dévouement aux autres, est incapable de tuer, même une souris, c’est pas une homélie à caractère général que je vous sers! C’est un diagnostic sur un cas précis. Croyez-moi, j’ai vingt gus pour lesquels je serais moins affirmatif! Mais là, niet. Mes deux mains au feu. C’est inconcevable.
– D’accord! D’accord! Ne vous énervez pas!
– C’est quand même un peu fort! Quand on pense qu’il y a peut-être un sadique dans ces murs, que vous n’êtes pas foutus de l’attraper, et que vous allez soupçonner l’innocence incarnée…
– Vous en faites pas, il ne perd rien pour attendre. Allez donc consulter nos statistiques, et vous verrez qu’on ne s’en tire pas si mal que ça.
– Les statistiques, moi… Je crois ce que je vois. Et ce que je vois, c’est que vous venez tranquillement aux renseignements quarante-huit heures après la disparition d’une fillette!
– On ne nous l’a signalée que ce matin.
– Et ça ne vous paraît pas bizarre? La mère doit bien ouvrir un œil, de temps à autre, entre deux barriques, non? La nuit où ma fille découchera, je n’attendrai pas le surlendemain pour vous harceler.
– Donc vous vous adresserez à nous… tout en nous critiquant! Vous en faites pas, on a l’habitude!
– Enfin, ce n’est pas une réaction normale, vous admettrez.
– Celle de la mère, vous voulez dire? Eh bien, venons-y! Vous pensez qu’elle la maltraite?
– Je n’ai rien prétendu de tel.
– Mais enfin, c’est possible, d’accord? Voire probable. Huit ou neuf ivrognes sur dix ont le vin mauvais, et 95% des bourreaux d'enfants sont des alcooliques… Vous n’avez jamais constaté que c’était une enfant battue?
– Non.
– Mais vous n’êtes pas sûr non plus du contraire.
– Comment le serais-je?
– Bon. Je vous saurais gré de ne pas vous énerver, ça ne fait pas avancer le schmilblic. Dans ce cas de figure, si la fille était rouée de coups, par exemple, est-ce qu’il vous paraîtrait toujours impensable… qu’elle les rende?
– Voilà ce qu’elle vous a dit! Vous feriez bien de vous méfier.
– Oh, mais on se méfie, ne vous inquiétez pas. Mais supposons…
– Je ne vois pas l’intérêt de ce genre de spéculation.
– Mais nous on le voit. Excusez-nous, on ne peut pas tout vous dire…
– Je ne vois pas Jenny frapper quelqu’un, même en légitime défense. Prendre la fuite, oui, si c’est intenable…
– Quant à tuer sa mère, n’en parlons pas.
– Évidemment. C’est grotesque. Si elle vous a dit une chose pareille, il faut l’enfermer d’urgence. Les femmes délaissées sont bien à plaindre, c’est entendu, mais quand les enfants trinquent, c’est eux qu’il faut d’abord protéger.
– Mais c’est bien notre position, Monsieur Pointeur, n’en doutez pas. Bon, nous allons voir ce monsieur… Puig. Sans faire allusion à vous, ne craignez rien!
– Je ne crains qu’une chose, c’est qu’il soit arrivé un malheur. En quarante-huit heures…
– Eh oui. Mais l’alerte est donnée, on met les bouchées doubles. Vous ne voyez pas qui pourrait nous fournir des informations? Elle n’a pas un petit ami?
– Je sais pas. Je dirais non. Pas dans la classe, en tout cas.
– Et une copine, une grande copine, vous savez, les filles, à cet âge-là…
– Oui, la plupart. Mais Jenny, je ne crois pas.
– … ou un prof à qui elle se serait confiée?
– Ça m’étonnerait. Voyez plutôt l’entraîneur… l’entraîneur de ski alpin, un barbu, je ne connais pas son nom. C’est plutôt à eux que les sportifs feraient des confidences. Nous, on est de la crotte.
– Vous n’êtes pas de la crotte pour elle, si elle venait chez vous et partageait vos repas…
– Non, il me semblait. Mais elle ne m’a tout de même rien livré de ce qui la chagrinait.
– Peut-être à un autre… à une femme?
– Peut-être. Mais j’en doute.
– Espérons quand même. En tout cas, nous vous remercions de votre collaboration, si le mot ne vous choque pas trop. Vous pouvez être sûr d’une chose, c’est que nous poursuivons le même objectif. Et si quoi que ce soit vous revenait, aussi insignifiant que ça vous paraisse, surtout, n’hésitez pas à nous contacter immédiatement. Le temps joue contre nous, je vous le répète, et il est très fort.”
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Publié dans Pointeur

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