Probabilités vaseuses
Ne tirons pas sur les cadavres et les infirmes. Nostradamus, bien sûr, n'a aucune importance, et peu de disciples en vie. C'est une angoisse plus générale qui m'habite, qui touche la validité de TOUT rapprochement, et les calculs instinctifs de probabilités sans lesquels RIEN n'est significatif. Je dis instinctifs, car pour la plupart ils ne sont pas accessibles, ou pas faits, ou infaisables, parce que la totalité du réel est en jeu. Soit une théorie simplette mais séduisante comme quoi la claustrophobie aurait pour origine une naissance difficile : qu'en resterait-il s'il y avait 95% de naissances difficiles? Flaubert était mal-aimé, ou petit-bourgeois, et tout s'éclaire, SAUF qu'il n'y a qu'un Flaubert, et un tas de mal-aimés et de petits-bourgeois. Débarque sur Diarrhy un "A" que je soupçonne de masquer une "K", mais qu'en SAIS-je? Le galimatias grandiloquent, l'orthographe fantaisiste, ne lui sont pas réservés, et il faudrait pouvoir chiffrer la probabilité de confusion entre "oh" et "ô", qui m'a mis la puce à l'oreille : une statistique qui manque, entre des milliards, et le terrain est laissé à la paranoïa. J'ai malheureusement perdu un inénarrable article d'hebdo mauricien qui prétendait établir un plagiat sur quelques centaines de "coïncidences" entre deux romans : Dieu me damne si l'usage de prénoms communs n'était pas cité à charge! alors que c'est le B-A BA, quand on pille, de changer au moins ça. Naturellement, la romancière incriminée n'avait jamais entendu parler du bouquin de son "prédécesseur". Les abrutis étaient convaincus par l'effet de masse, les subtils rigolaient, et moi je frissonnais de constater qu'aucun argument des subtils n'avait prise sur les abrutis, lesquels au fond n'avaient pas tort, puisque "nous" étions incapables de leur rien prouver, qu'à l'issue d'une étude englobant TOUTE ÉCRITURE POSSIBLE. En deçà régnait l'intuition, et "de intuitionibus non est disputandum". Or, malgré l'apparence, je ne suis pas sûr du tout d'être un subtil, ni que les abrutis soient des abrutis.
L'ignorance, bien sûr; et la propension à s'excepter. "Qui vous a permis, goujat, de me portraicturer?" Allez donc expliquer à la plaignante que vous n'aviez nulle notion de son existence, et qu'elle ne "reconnaît" que ce qu'elle a de commun avec une infinité de consurs! J'ai une nouvelle-vraie qui traîne depuis dix ans sur une Maryvonne dont je n'ai rencontré que les notes déposées dans un exemplaire du "Jean-Jacques" de Guéhenno : une fille fantastique par la radicalité de son narcissisme! L'auteur écrit-il de Rousseau : "Il détestait l'hiver, adorait l'été" que s'exhale en marge le soupir : "Lui aussi!" Et n'imaginez pas que je surinterprète, car elle ne répugne pas à plus d'explicite : le "complot" contre J.J. est constamment assimilé aux ennuis sordides que lui font les collègues dans le collège des Deux-Sèvres où elle enseigne, et Guéhenno risque-t-il, en page 210 du tome I : "Solitude sacrée des curs justes et purs", la fougueuse saisit son stylo vert pour s'écrier : "OUI! [souligné 4 fois] les "curs purs", "les justes" ont été, sont, et seront toujours SEULS, Socrate, J. Ch., J.J. et moi, Maryvonne B. [elle met son blaze en toutes lettres, mais restons galant homme] 20e, 1977", etc, grade, ancienneté, même le curriculum du papa ne m'est pas épargné. "Socrate, J.Ch., J.J. et mouah", faut quand même oser, surtout que les deux premiers n'étaient pas spécialement solitaires, et qu'en revanche elle fait l'impasse sur la légion des seuls nuls Notez que la moquerie n'exclut pas l'émotion. Pauv' boudinette, et à présent vieille, de surcroît! ou plus probablement morte, car je la vois mal revendre ses livres.
Cette équation Maryvonne = Jean-Jacques n'a rien de spécifiquement féminin, après tout moi aussi je lis comme ça, même si c'est sans laisser de traces, et, j'y reviens, avec un minimum de rigueur : j'évite d'emboucher la trompette de l'assimilation en constatant que tel génie ou tel monstre avait comme moi deux pieds, deux mains, et un nez au milieu de la figure. Mais tout de même, on n'en sort pas, comprendre, c'est se faire l'autre ou faire l'autre soi, abolir la distance entre tu et je. Seulement voilà : pas sans un minimum de frais. Pas en oubliant tout le reste et tous les autres.
Je ne refuse pas l'écoute aux hérauts du rêve prémonitoire; mais j'aimerais au préalable être certain que pour un qui se sera vaguement réalisé ils n'en oublient pas cent qui n'auront donné qu'alertes trompeuses. J'explorerais avec joie mes vies antérieures; mais à condition d'y trouver quelques éléments vérifiables, et qui ne sortent pas des livres : devant cette procession de moines, d'écuyers et de grands de la terre, comment ne pas se demander où sont passés les bouseux qui constituaient les neuf dixièmes de la population? Je n'ai pas d'a priori de granit contre l'extra-lucidité; mais que le mage ne se contente pas de me dire : "Je vois que vous avez souffert", ou "Vas-y Pépère! La conjoncture astrale est favorable!" sachant qu'en cette vallée de larmes nous nous gargarisons tous de quelque souffrance, et que le seul moyen de réussir, c'est d'essayer. Pas besoin que Dieu ou les morts vous parlent à l'oreille pour cracher le tiercé gagnant, si c'est entre mille perdants. Mais si je palpe, et ignore tout d'eux, comment n'inclinerais-je pas à tenir mon tuyauteur pour inspiré?
L'ignorance, bien sûr; et la propension à s'excepter. "Qui vous a permis, goujat, de me portraicturer?" Allez donc expliquer à la plaignante que vous n'aviez nulle notion de son existence, et qu'elle ne "reconnaît" que ce qu'elle a de commun avec une infinité de consurs! J'ai une nouvelle-vraie qui traîne depuis dix ans sur une Maryvonne dont je n'ai rencontré que les notes déposées dans un exemplaire du "Jean-Jacques" de Guéhenno : une fille fantastique par la radicalité de son narcissisme! L'auteur écrit-il de Rousseau : "Il détestait l'hiver, adorait l'été" que s'exhale en marge le soupir : "Lui aussi!" Et n'imaginez pas que je surinterprète, car elle ne répugne pas à plus d'explicite : le "complot" contre J.J. est constamment assimilé aux ennuis sordides que lui font les collègues dans le collège des Deux-Sèvres où elle enseigne, et Guéhenno risque-t-il, en page 210 du tome I : "Solitude sacrée des curs justes et purs", la fougueuse saisit son stylo vert pour s'écrier : "OUI! [souligné 4 fois] les "curs purs", "les justes" ont été, sont, et seront toujours SEULS, Socrate, J. Ch., J.J. et moi, Maryvonne B. [elle met son blaze en toutes lettres, mais restons galant homme] 20e, 1977", etc, grade, ancienneté, même le curriculum du papa ne m'est pas épargné. "Socrate, J.Ch., J.J. et mouah", faut quand même oser, surtout que les deux premiers n'étaient pas spécialement solitaires, et qu'en revanche elle fait l'impasse sur la légion des seuls nuls Notez que la moquerie n'exclut pas l'émotion. Pauv' boudinette, et à présent vieille, de surcroît! ou plus probablement morte, car je la vois mal revendre ses livres.
Cette équation Maryvonne = Jean-Jacques n'a rien de spécifiquement féminin, après tout moi aussi je lis comme ça, même si c'est sans laisser de traces, et, j'y reviens, avec un minimum de rigueur : j'évite d'emboucher la trompette de l'assimilation en constatant que tel génie ou tel monstre avait comme moi deux pieds, deux mains, et un nez au milieu de la figure. Mais tout de même, on n'en sort pas, comprendre, c'est se faire l'autre ou faire l'autre soi, abolir la distance entre tu et je. Seulement voilà : pas sans un minimum de frais. Pas en oubliant tout le reste et tous les autres.
Je ne refuse pas l'écoute aux hérauts du rêve prémonitoire; mais j'aimerais au préalable être certain que pour un qui se sera vaguement réalisé ils n'en oublient pas cent qui n'auront donné qu'alertes trompeuses. J'explorerais avec joie mes vies antérieures; mais à condition d'y trouver quelques éléments vérifiables, et qui ne sortent pas des livres : devant cette procession de moines, d'écuyers et de grands de la terre, comment ne pas se demander où sont passés les bouseux qui constituaient les neuf dixièmes de la population? Je n'ai pas d'a priori de granit contre l'extra-lucidité; mais que le mage ne se contente pas de me dire : "Je vois que vous avez souffert", ou "Vas-y Pépère! La conjoncture astrale est favorable!" sachant qu'en cette vallée de larmes nous nous gargarisons tous de quelque souffrance, et que le seul moyen de réussir, c'est d'essayer. Pas besoin que Dieu ou les morts vous parlent à l'oreille pour cracher le tiercé gagnant, si c'est entre mille perdants. Mais si je palpe, et ignore tout d'eux, comment n'inclinerais-je pas à tenir mon tuyauteur pour inspiré?
Publicité