Le Livre noir de la psychanalyse

Publié le par Ab'alone

Un bouquin à l'index : confié, d'abord, à un petit éditeur (Les arènes) ce qui semble indiquer que les grands l'ont refusé. Chez mes vieux, les psy locaux ont fait pression sur l'unique libraire du patelin pour qu'il ne vende pas ce brûlot, alors que les "réponses" de la mère Roudinesco ou de J.A. Miller s'étalent en devanture. Et c'est du kif sur France-Cul : les Freudiens n'ont rien à répliquer, que leurs habituels haussements d'épaules méprisants, mais ils ont leurs grandes entrées, et l'on n'entend qu'eux.
Qu'est-ce qui les effraie donc, dans cette compil? Sans doute qu'elle soit facile à lire, car même à un profane comme mézigue, elle n'apporte guère de neuf que des détails. Le contributeur le plus intéressant, Van Rillaer, renvoie sans cesse à ses "Illusions de la psychanalyse", imprimées en 1980, sur un papier particulièrement appétissant, faut croire, car les souris ont exercé leur critique rongeuse sur mon exemplaire. Du reste, à l'époque, il jouait les voitures-balais : l'"Anti-Œdipe" est de 72, et de la même année, dans la petite cour, "La scolastique freudienne" de Debray-Ritzen. Tardifs eux-mêmes, déjà, puisque la sentence sans appel de Karl Popper date d'avant guerre : la psychanalyse, ni vérifiable ni falsifiable, n'est pas une science, et ce qu'on pêche dans le psychisme du patient n'a aucune valeur de vérité, qu'il l'avalise ou le rejette – le rejet, alias "résistances", étant tenu pour meilleur signe que l'aval.
La vérité, on s'en fout un peu, pourvu qu'on guérisse, qu'on se dépasse, se transcende, et même on pourrait vidimer, à la rigueur, une épistémologie particulière, au sein de laquelle vérité = guérison. Le problème, c'est que Freud n'a guéri personne, qu'il a esquinté pas mal de monde, et tripatouillé la plupart des cas pour publication. On frémissait déjà de voir le malheureux homme aux loups traîner ses TOC jusqu'au trépas, ou le pauvre petit Hans confronté à son fada de père, freudien de stricte obédience, acharné à déterrer, dans la phobie des chevaux, l'angoisse de la castration. Devant la forêt de fait-pipi qu'il faisait pousser dans le surmoi de son gamin, le scepticisme naissait irrésistiblement : même à 17 ans, je n'y croyais pas. J'avais pourtant gardé en tête Bertha Pappenheim (Anna O.) comme un succès, et voilà que j'apprends que si elle s'en est tirée, c'est longtemps après rupture avec l'analyse. "Ils" prétendent aller au cœur du mal, alors que tous les autres soins ne feraient que poser des emplâtres, et l'on débouche en fait sur "l'analyse interminable" : on se sent mieux sur le divan, mais on ne peut plus le quitter, et il coûte cher, même si c'est seulement à la Sécu. Entre la psychanalyse et la chasse aux "engrammes" de la dianétique hubbardesque, il n'y a guère de différence – qu'un peu plus de réussite thérapeutique pour la seconde, j'imagine, ou le défaut d'estampille officielle l'aurait naufragée depuis longtemps. Censure pour censure, il eût été marrant que l'INSERM l'inclût dans son test comparatif; mais la scientologie n'a droit à la parole que par l'organe de ses déçus et de ses renégats… Même dépendance, pourtant, mêmes flots de pognon, même entrisme… Il y a au moins des harcèlements dont les purotins sans pouvoir peuvent se féliciter d'être exempts! À part les Témoins de Jéhovah, personne n'a jamais essayé de me soigner…
La psychanalyse n'est bonne que pour les gens qui se portent bien, et la métapsychologie freudienne qu'un système paranoïaque qui a connu une fortune plus extraordinaire que ceux des religions, dans la mesure où il ne se référait pas à une vie après la vie, et où en principe chaque patient était à même de contrôler les décrets du gourou. Cela dit, même si les auteurs du Livre noir s'appliquent à montrer que Freud n'a rien inventé, et seulement "exagéré" des découvertes antérieures, il n'en a pas moins donné au plouc moyen une attention "différente" aux actes manqués, aux rêves, aux prétendus souvenirs, aux inhibitions, à des échecs qu'on collait bêtement sur le dos du hasard, et une méfiance à l'égard d'un autre ego dont il est stimulant de relever les ruses et les dérobades, même si c'est du vent. Peut-être Freud et ses épigones ont-il mal lu les symptômes, mais cette lecture, ou le simple fait de leur supposer un sens, était intelligent, ouvrait à une introspection féconde en soi, alors que si les thérapies comportementales "marchent", c'est en fermant les lucarnes de la transcendance. Quant aux prétendus chercheurs anglo-saxcons qui nous flanquent un gène par dysfonctionnement, et dont les conclusions s''arrêtent à "il est comme ça, c'est comme ça", est-il une pensée plus pauvre que leur étiquetage? C'est le "on est comme on est" de Maurice Chevalier. Quitte à me tromper, je préfère creuser mon tunnel, et persister à espérer l'étoile, sur l'autre versant. C'était idiot de répéter "Œdipe" comme Toinette "le poumon", mais les psychanalystes ne s'en tenaient pas là, et je me sens moins con en lisant Leclaire (Lacan, je n'y pige rien, et n'essaie même pas, tant il est patent qu'il est volontairement hermétique) qu'en parcourant le Livre noir, qui me fait l'effet de pelletées de terre jetées sur un cercueil, sur MON cercueil, par des fossoyeurs au front bas. Mutatis mutandis, peut-être retrouve-t-on la même opposition intelligence/vérité que lors des débats de naguère sur le paradis soviétique : une dictature, soit, atroce pour quelques-uns, grise pour la plupart. Mais la dénoncer d'ici ne requérait ni subtilité ni autocritique; traquer en soi l'œuvre de la propagande et de la manipulation était autrement riche. La mort de la psychanalyse nous enfonce dans un monde du moindre-sens et de la niaiserie.
Publicité

Publié dans Psy de comptoir

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
« Freud n'a guéri personne » ? Un peu expéditif, non?
Répondre
A
Il a sans doute SOULAGÉ pas mal de patients; c'est la GUÉRISON qui semble illusoire. Mais bien entendu je n'ai pas assez étudié la question pour risquer une autre affirmation que polémique et provisoire. Le problème dans ce blog, c'est que le provisoire s'éternise…
A
Merci de ton blog
Répondre