Le retour de Gérard Lambert

Publié le par Ab'alone

Émotion sur France-Cul, une fois n'est pas coutume : une série de témoignages sur Tchernobyl, romancés sans doute, lourdement annoncés (comment ne se rendent-ils pas compte que leurs deux minutes de présentation prétentieuse, on en a ras-le-bol dès le deuxième jour?), lus avec force "raaah" de souffrance et "effets de larmes" surindiquant la détresse, et portant plutôt au ricanement; MAIS tout de même l'émotion passe parfois, soit qu'une mémé laissée seule au village évoque sa mort prochaine et s'inquiète pour son âme, attendu qu'il n'y a nul pope à proximité; soit qu'une mère parle de sa fillette, née sans autre orifice que ceux des yeux, et à qui il a fallu faire vagin, anus et méat, plutôt mal, puisqu'elle ne parvient à uriner que si on lui masse le ventre toutes les demi-heures : la petite a un développement intellectuel normal, mais naturellement elle joue "à l'hôpital", puisqu'à quatre ans elle ne connaît rien d'autre… Je crois que ce qui m'a le plus touché, c'est la lettre laissée par des enfants, dans la maison où ils étaient obligés d'abandonner leur chat : "Ne tuez pas notre Philka, il est gentil." En tout cas, Tchernobyl, qui pour moi n'était guère qu'un nom, s'irrigue et prend vie. Et comme il en va toujours, l'attendrissement (stérile, hélas) sur des malheurs réels s'accompagne de la honte d'avoir pu s'apitoyer sur soi-même, alors qu'on n'a rien subi d'autre que la solitude, et qu'on n'a même pas le courage minimal de se tuer.
Car pas d'histoires, et aux chiottes la Providence : une fois de plus, je me suis, tout simplement, dégonflé. J'ai poussé ma petite charrette catarrheuse jusqu'aux Pyrénées, dans l'intention d'y absorber mes stocks de somnifères et d'y crever de froid dans mon sommeil, et n'ai même pas une oreille gelée à inscrire colonne "Pertes", puisqu'après long pataugis dans la neige, l'effroi du néant ou d'une survie cauchemardesque a triomphé sans effort apparent, et j'ai remis les pas dans mes traces sans même déblayer l'entrée du gîte choisi pour caveau. L'excuse que je me suis donnée cette fois pourrait bien me conduire jusqu'à la maison de retraite, puisque c'est rien moins que de finir, avant de trépasser, mes XXIX oursons inachevés, mais les finir n'importe comment, inspiration ou non, au lieu de prêter l'oreille aux chants séducteurs d'un Mieux toujours possible, et de passer mes journées au lit en attendant que "ça vienne".
Le résultat? Eh bien, qualitatif, je l'ignore et me dispose à l'ignorer toujours; mais quantitativement, aiguillonné par "écrire ou la mort", y a pas à s'plaind', comme dirait Béru : "Pour en finir avec l'amour", ex-"Dépôt de bilan", mon essai d'autobiographie amoureuse, bloqué à 600000 depuis presque dix ans, a atteint son point final bien au-delà du million : une grosse merde? œuvre d'un paumé, assurément, et peut-être d'un abruti; mais ce que je puis affirmer, ayant absorbé mémoires, confessions et journaux intimes à la pelle, c'est que je ne crains aucune concurrence passée ou présente si je m'en tiens au seul critère de la SINCÉRITÉ auto-dépréciative : pendant trois mois, je m'en suis mis plein la tronche (à dire vrai, les autres, et notamment mes quelques ex-compagnes, ne sont pas épargnés non plus) avec un enthousiasme, une allégresse, qui m'a dispensé de chauffage (pas allumé un radiateur de tout l'hiver) et si je n'ai pas "percé le mystère" de l'amour, il me semble du moins avoir approché de très près le pauvre affect qu'il est pour des minables dans mon genre, qui n'ont PAS LE CHOIX, et d'autre part éclairé un peu le concept anglo-saxcon de "sociopathie", puisqu'en fin de compte il semble bien avéré que c'est ça que je suis d'abord : un sociopathe. Où je tique, c'est à lire qu'ils formeraient à peine 3% de la population! Je serais plutôt porté à penser que, quelques sages et saints à part (et encore, à étudier de près) vous êtes TOUS des sociopathes déguisés; mais le prendre à la lettre, évidemment, délave l'étiquette jusqu'à l'effacer.
Passablement frustrant, bien sûr, de poser une telle somme sur l'étagère sans la faire lire à quiconque; mais j'ai l'habitude, et puis, pour le coup, même si un éditeur brisait le scellé, et m'offrait un strapontin entre ses neveux, ses petits potes et les rejetons de la Caste, même en changeant tous les noms et en baptisant ça "roman", nous croulerions tous deux sous les procès. On ferme et on cache! Un peu désemparé par l'accouchement… et l'on reprend "Pension Queval", mon "roman polyphonique", qui, lui, piétine, parce qu'il se pressent raté, comme TOUS les romans polyphoniques, depuis les épistolaires du XVIIIème jusqu'aux plus récents, en passant par Faulkner (Tandis que j'agonise) et Brink (Un turbulent silence) mais PLUS raté qu'eux encore, parce qu'au fond je ne connais que moi-même (et encore, si mal!) et échoue dans mes efforts de diversification : sous mes yeux impuissants, tous les personnages de rejoignent et se fondent en un… Laissons décanter, et ajoutons quelques pages à un essai sur un sujet si tabou que je ne prendrai pas le risque le l'exposer ici… pas trop mal venues, mais à quoi bon, puisque les montrer équivaudrait au suicide? Et voilà que tous les projets qui, dans le vague et le lointain, me donnaient vingt ans de pain sur la planche, un à un s'éteignent sous la lampe de l'hic et nunc…
D'où retour à ce blog abandonné depuis 131 jours, et stupeur extrême à constater qu'il a encore des visiteurs, et pas seulement des fourvoyés par Google, puisqu'il arrive aux "pages lues" de bondir à 150 ou 200! Pour tout avouer, je l'avais cliqué trois ou quatre fois en décembre, espérant un de ces retours que je réclamais si éhontément, une manifestation de sympathie (ou d'hostilité, mais compréhensive et point trop narcissique), et surtout ce minimum, sur la centaine de lecteurs de "Pointeur", d'un, un seul! qui demandât la suite! Compte là-dessus, pauvre nave! Et réponse : Allez tous vous faire foutre! L'échange de pas grand-chose contre rien n'a aucun sens.
Quoi de changé? Vous êtes probablement presque tous les pignoufs, et de surcroît il y a bien des chances que vous ne sachiez pas lire et ne compreniez rien. Mais comme, à moins de commettre un crime bien atroce pour faire connaître mes élucubrations (or le crime me répugne, l'objectif me paraît vil, et je suis loin d'être sûr que mes élucs vaillent la peine d'être connues) c'est vous ou l'étagère… Je ne parviens pas à me guérir de l'espoir qu'un beau jour l'âme-sœur, je dis bien l'âme! vienne se poser sur cette lucarne.
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A
Tu sais cexé qu'une ÂME, banane? À quoi peut bien servir un blog s'il n'y a pas RENCONTRE spirituelle? Un minimum de curiosité et de compréhension? Du reste, en quoi t'incomberait de décréter "ce que c'est, ici", ou n'est pas?
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D
Hé Ho, c'est pas meetic ici !
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