Adieu Grand Soir
Quand vous demandez à une classe de 35 qui garderait pour lui un portefeuille trouvé, vous voyez 34 mains se lever, en moyenne, quand ils vous font confiance : ça se tassera plus tard, un peu : quand les ados réaliseront que c'est là voter pour qu'on leur fauche LEUR morlingue, ils ne se découvriront plus si volontiers. Mais les actes, eux, ne seront guère rectifiés : catch as catch can. Vole qui peut. Ce que tu veux garder, tu le cloues au plancher. Nos maîtres, à l'esbroufe, et avec des haussements d'épaules dédaigneux, nous donnent pour "poujadiste" ou "populiste" le "tous pourris" de la France-d'en-bas; et certes elle ne le puise pas dans la connaissance des faits, puisqu'elle n'a plus confiance en l'info officielle, et n'avalise pas pour autant les rumeurs si follement qu'on le dit; que l'élu vole, ça signifie d'abord qu'on volerait à sa place, et qu'il ne faut pas nous la faire, avec les "servir, pas se servir" : c'est pourquoi ceux qui se font pincer jouissent souvent de la ferveur des masses, qui les croient laminés par des scélérats plus malins.
Le tabou du meurtre, lui, résiste mieux : encore heureux. Mais à quoi tient-ce, qu'à une répugnance physique, à la difficulté de se procurer des armes à feu, qui fassent le boulot à votre place, et à la peur du châtiment? Le XVIIIème siècle avait conçu ce test : le bouton du mandarin. Imaginez que vous n'ayez qu'à appuyer dessus pour éliminer qui vous voulez, sans aucun danger pour vous-même; et que tout un chacun dispose de cette arme proprissime : vous ne croyez pas que le problème de la surpopulation serait promptement réglé? Combien liquideraient sans état d'âme le petit chef qui leur broute les roustons, leur rival auprès d'une belle dame, ou le voisin qui met Johnny à donf? Sûr que pour ma part, si l'on m'en avait laissé le temps, j'aurais contribué à débarrasser la planète de quelques-uns des "coquins qui en infectent la surface", et sans trop me donner la peine d'instruire préalablement leur affaire à charge et à décharge! Ne parlons même pas de ceux qui appètent naturellement au sang : je ne sens pas cette soif en moi, mais tout porte à croire qu'innée ou acquise, à moins de lobotomie elle est inextinguible chez certains.
La morale, j'entends non la tripale, mais l'altruiste, l'officielle, n'a de fondement solide que négatif : semblables aux animaux humanisés par le Docteur Moreau, nous respectons les règles par peur du châtiment ou par simple incapacité de cervelle à les contester.
"Not to go on all-Fours; that is the Law. Are we not men?
Not to suck up Drink; that is the Law. Are we not men?
Not to claw Bark of Trees; that is the Law. Are we not men?"
Comme on ferait tout ça volontiers, si l'on prenait une vue cavalière de la Law, et si l'on cessait de craindre "la Maison de Douleur" et la "Main qui Blesse"!
Toute ma vie j'ai aspiré, pour mes élèves et pour moi-même, à une autre morale, dont le ressort ne serait pas la peur du gendarme, terrestre ou céleste, mais le désir positif du bien de l'autre, et à la limite l'abolition sinon de toute distinction entre TU et JE, du moins de toute préférence pour le second. Utopique, soit. Mais tout de même il y en a bien quelques-uns parmi vous, ô passants, pour qui ça n'aurait aucun sens de piquer des pièces dans le porte-lazagne de leurs parents? qui n'auraient pas l'impression d'y "gagner" quoi que ce soit? Ce qui se conçoit bien au sein d'une famille, est-il si "utopique" de l'imaginer à l'échelle d'un groupe plus vaste, voire de l'humanité tout entière? Notez que ce n'est pas d'un REFOULEMENT, mais d'un DÉPASSEMENT de l'ego que je rêvais : de cet ego-for-struggle, défini par le pouvoir et la possession, et dont je persiste à penser qu'il n'est pas une donnée indépassable : rangez vos gorilles, vos duels d'éléphants de mer, et les pissettes du chien pour marquer son territoire, je ne consens pas à m'y enterrer. Comme disait Sartre : "Si l'homme doit être, il se fera par le socialisme libertaire. Sinon, il n'aura été qu'une espèce animale comme une autre."
En attendant le Grand Soir, j'ai essayé de faire de mes cours tâche impossible, attendu ceux d'outre-cloison puis de mon clapier, un espace de liberté, où la loi fût encore à naître : il fallait, sans contrainte d'aucune sorte, la trouver en soi. Je n'allais pas, comme Simone Weil, jusqu'à poser mon salaire sur la table, mais la porte était ouverte : entrait qui voulait, mes élèves ne s'en privaient pas, quand ils manquaient de fric pour aller ailleurs. Et je pourrais laisser la suite en blanc, les réacs-pessimistes rempliraient à ma place : vingt ans de vols, saccage, éthylisme, chiottes bouchées, lavabo plein de merde (si! Ça fait de drôles de gants quand on y plonge à l'aveuglette!). Oh! Ces sales morpions qui, après avoir cassé, braillé et salopé, sur leur départ cherchaient partout LEUR briquet à deux balles! Et ces "Marazes", à Maurice, qui, cent fois plus riches que moi, embarquèrent ma cave à liqueurs pour la revendre, et que je dus menacer des flics pour récupérer quelques boutanches! Pas tous, certes une minorité, même. Mais TOUS ceux que j'ai vus revenir un lendemain pour faire le ménage, ou passer une nuit de boum à enfourner des pizzas pour la collectivité, il s'avérait qu'ils étaient scouts, juifs pieux, enfants de chur, élevés dans le respect d'une loi qui n'émanait pas d'eux mais RÉSISTAIT à ma permissivité. Y a pas, ça douche l'idéal, et vous usine du misanthrope. N'empêche : j'y crois encore. Comme disait La Bruyère, "la Gauche voit les hommes tels qu'ils devraient être, la Droite les voit tels qu'ils sont" tels qu'ils sont provisoirement!
Le tabou du meurtre, lui, résiste mieux : encore heureux. Mais à quoi tient-ce, qu'à une répugnance physique, à la difficulté de se procurer des armes à feu, qui fassent le boulot à votre place, et à la peur du châtiment? Le XVIIIème siècle avait conçu ce test : le bouton du mandarin. Imaginez que vous n'ayez qu'à appuyer dessus pour éliminer qui vous voulez, sans aucun danger pour vous-même; et que tout un chacun dispose de cette arme proprissime : vous ne croyez pas que le problème de la surpopulation serait promptement réglé? Combien liquideraient sans état d'âme le petit chef qui leur broute les roustons, leur rival auprès d'une belle dame, ou le voisin qui met Johnny à donf? Sûr que pour ma part, si l'on m'en avait laissé le temps, j'aurais contribué à débarrasser la planète de quelques-uns des "coquins qui en infectent la surface", et sans trop me donner la peine d'instruire préalablement leur affaire à charge et à décharge! Ne parlons même pas de ceux qui appètent naturellement au sang : je ne sens pas cette soif en moi, mais tout porte à croire qu'innée ou acquise, à moins de lobotomie elle est inextinguible chez certains.
La morale, j'entends non la tripale, mais l'altruiste, l'officielle, n'a de fondement solide que négatif : semblables aux animaux humanisés par le Docteur Moreau, nous respectons les règles par peur du châtiment ou par simple incapacité de cervelle à les contester.
"Not to go on all-Fours; that is the Law. Are we not men?
Not to suck up Drink; that is the Law. Are we not men?
Not to claw Bark of Trees; that is the Law. Are we not men?"
Comme on ferait tout ça volontiers, si l'on prenait une vue cavalière de la Law, et si l'on cessait de craindre "la Maison de Douleur" et la "Main qui Blesse"!
Toute ma vie j'ai aspiré, pour mes élèves et pour moi-même, à une autre morale, dont le ressort ne serait pas la peur du gendarme, terrestre ou céleste, mais le désir positif du bien de l'autre, et à la limite l'abolition sinon de toute distinction entre TU et JE, du moins de toute préférence pour le second. Utopique, soit. Mais tout de même il y en a bien quelques-uns parmi vous, ô passants, pour qui ça n'aurait aucun sens de piquer des pièces dans le porte-lazagne de leurs parents? qui n'auraient pas l'impression d'y "gagner" quoi que ce soit? Ce qui se conçoit bien au sein d'une famille, est-il si "utopique" de l'imaginer à l'échelle d'un groupe plus vaste, voire de l'humanité tout entière? Notez que ce n'est pas d'un REFOULEMENT, mais d'un DÉPASSEMENT de l'ego que je rêvais : de cet ego-for-struggle, défini par le pouvoir et la possession, et dont je persiste à penser qu'il n'est pas une donnée indépassable : rangez vos gorilles, vos duels d'éléphants de mer, et les pissettes du chien pour marquer son territoire, je ne consens pas à m'y enterrer. Comme disait Sartre : "Si l'homme doit être, il se fera par le socialisme libertaire. Sinon, il n'aura été qu'une espèce animale comme une autre."
En attendant le Grand Soir, j'ai essayé de faire de mes cours tâche impossible, attendu ceux d'outre-cloison puis de mon clapier, un espace de liberté, où la loi fût encore à naître : il fallait, sans contrainte d'aucune sorte, la trouver en soi. Je n'allais pas, comme Simone Weil, jusqu'à poser mon salaire sur la table, mais la porte était ouverte : entrait qui voulait, mes élèves ne s'en privaient pas, quand ils manquaient de fric pour aller ailleurs. Et je pourrais laisser la suite en blanc, les réacs-pessimistes rempliraient à ma place : vingt ans de vols, saccage, éthylisme, chiottes bouchées, lavabo plein de merde (si! Ça fait de drôles de gants quand on y plonge à l'aveuglette!). Oh! Ces sales morpions qui, après avoir cassé, braillé et salopé, sur leur départ cherchaient partout LEUR briquet à deux balles! Et ces "Marazes", à Maurice, qui, cent fois plus riches que moi, embarquèrent ma cave à liqueurs pour la revendre, et que je dus menacer des flics pour récupérer quelques boutanches! Pas tous, certes une minorité, même. Mais TOUS ceux que j'ai vus revenir un lendemain pour faire le ménage, ou passer une nuit de boum à enfourner des pizzas pour la collectivité, il s'avérait qu'ils étaient scouts, juifs pieux, enfants de chur, élevés dans le respect d'une loi qui n'émanait pas d'eux mais RÉSISTAIT à ma permissivité. Y a pas, ça douche l'idéal, et vous usine du misanthrope. N'empêche : j'y crois encore. Comme disait La Bruyère, "la Gauche voit les hommes tels qu'ils devraient être, la Droite les voit tels qu'ils sont" tels qu'ils sont provisoirement!
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