Pointeur (1)

Publié le par Ab'alone

Un truc qu’on ne peut pas me retirer, c’est que je suis un prof-né. Non seulement j’empoigne mes auditoires, ce qui n’est déjà pas donné à tout le monde, mais j’arrive à le faire sans qu’ils mettent le nez dans leur pipi. Je parle bien, je leur apprends des choses qui resteront, et pourtant ma faconde, loin de les opprimer, les stimule et les libère. Qu’ils se découvrent ou se fabriquent, ça, je n’en décide pas, mais il est certain que sous ma houlette ils ont la surprise de tirer parti d’eux-mêmes, De prendre confiance en leur fonds, et de le faire fructifier.
La baguette magique, c’est l’amour. Je n’ai pas honte de grand’chose, et certes pas d’avoir souvent baisé avec mes élèves. Avec les filles, je précise. Les garçons ne m’attirent pas, je suis peut-être coincé et inconscient de mes vraies pulsions, mais je m’en félicite : ça m’étonnerait fort que ce soit le pied de se faire défoncer le cul. En tout cas, moi, ça ne me dit rien du tout, et “ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît”. Bien sûr, la règle souffre des exceptions, ne serait-ce que celles de la charité bien ordonnée, mais dans l’ensemble elle me paraît valable. Au reste je ne prétends pas condamner les pédés, qu’ils se débrouillent avec leur conscience. Un lobby aussi puissant, je ne vais pas me le mettre à dos.
Mais qu’on ne vienne pas me casser les œufs avec la “manipulation”. L’amour manipule toujours. La seule question, c’est de savoir si l’on force. Là, je suis contre. Mais quand le plaisir est partagé, les tiers n’ont qu’à se taire. Et moi, mon plaisir, c’est surtout à en donner que je le trouve. Pas de ma faute si Madame la Société vient ensuite vous culpabiliser avec son face-à-main.
Du reste, il faut choisir : si vous voulez un prof qui ne glande rien, ça grouille, servez-vous! Mais un qui bosse, sa vie privée, c’est la peau de chagrin : il ne rencontre quasiment que des élèves ou des collègues. Mettez-vous à sa place : ici, une majorité de vieux congres, toutes les chouettes déjà prises; là, un vivier d’ablettes délicieuses. Mais bien sûr il faut ruser avec les gardes-pêche.
C’est une collègue que j’avais épousée. Ce serait trop dire que je l’aimais, mais il y avait de la complicité entre nous, on pouvait tout se confier, ou presque. Elle aurait toléré mes frasques, mais je les lui cachais quand même chaque fois que possible, pour l’épargner, et m’épargner, un peu, aussi, car la réciproque ne m’aurait pas plu du tout. C’est comme ça, tous les mâles sont pareils, et la plupart des nanas aussi. Tromper ne nous gêne en rien, être trompés nous perturbe et nous angoisse. Oui, je sais : “ne fais pas aux autres”… Ce qui importe, c’est que la règle du jeu soit claire. Moi, dès le départ, j’avais déclaré nettement à Julie : “Si tu t’en tapes un autre, je te quitte.” Point barre. Elle était libre de me tenir le même langage. C’est comme pour sa musique, que je ne supportais pas : elle prenait des écouteurs, voilà tout. Si la mienne l’avait débectée, j’aurais agi de même.
Tout le monde fait des concessions : par exemple, quand on roulait, c’était à sa vitesse. Moi, je bombe dans un fauteuil, je prends toutes les épingles en dérapage, je n’ai jamais eu d’accident. Elle avait donc tort d’avoir peur. Mais je ne m’en conformais pas moins, puisqu’elle faisait état d’une faiblesse, et n’avait pas la prétention de me donner des leçons de conduite. Idem pour partir en vacances : la destination, je m’en balance; ce qui me botte, on peut le rencontrer partout, à part au mont Athos. Elle, elle avait des idées, des photos dans la tête qu’elle voulait voir en vrai : pas de problème! Elle disait : la Grèce, ou la Roumanie. Je répondais : eh bien! la Grèce! la Roumanie! et sans poser au martyr. On s’entendait très bien.
Quand d’un commun accord on a trouvé que le Nord, ça commençait à bien faire, on s’est mariés pour récolter des points, être nommés ensemble, et simplifier la situation de Pimprenelle, que j’avais reconnue dès sa naissance. Tant qu’à jouer les bourges dans un trou perdu, autant faire tout bien. Ça m’aurait affligé qu’une petite camarade vienne dire à mon trognon de chou : “Comment ça se fait que ta maman n’ait pas le même nom que toi?” Il n’y avait pas urgence : on venait de fêter son premier anniversaire; mais pas de contre-indication non plus : le divorce n’est pas fait pour les chiens.
L’administration se débrouille si mal qu’ils ont trouvé moyen de nous colloquer à vingt-cinq bornes de distance : moi au lycée de Fort-Glandu, elle au collège de Trou-Madame, à la frontière espagnole. Fallait le faire, quand on pense que personne ne voulait ni de l’un ni de l’autre, et que l’académie s’est retrouvée plus trouée qu’un gruyère à la rentrée. Mais c’est la faute à l’Ordinateur, n’est-ce pas…
C’est là qu’intervient le hasard – ou le Destin? Je ne suis pas un pignouf, et il allait de soi que si quelqu’un devait se farcir le trajet, c’était mézigue : j’aime conduire, et je vais presto. Mais c’est ce qui me fut fatal. Je profitai d’un long week-end de juin pour aller visiter nos bahuts et les agences, mis mon gant sur une maison très habitable à cinq minutes du collège de Julie, en pris quelques photos pour requérir son approbation… et me fis gauler par les flics à 150 à la sortie de Prades! Alcootest négatif, n’empêche : retrait immédiat, confirmé un mois plus tard : j’en avais pour jusqu’à la veille de Noël.
Compter sur les bus en bois du Ramassage, c’était me lever tous les jours à six heures pour rentrer à dix-huit, et en écornant d’entrée mon Prestige Professoral : impensable. Le scooter tentait par une belle journée d’été, mais risquait de s’avérer beaucoup moins folichon pendant les neuf mois d’hiver. Je le proposai néanmoins; mais Julie, qui avait dû – les charognes! – faire mille kilomètres de train pour descendre prendre le volant, refusa d’en entendre parler : nous habiterions Fort-Glandu, elle n’en crèverait pas. En principe, non… Mais n’anticipons pas.
Il y a aussi ce chalet, qui nous séduisit tous deux, heureusement, car à vrai-dire on n’avait guère de choix, les agences affurant davantage en louant à la semaine : c’était dans les bas du patelin, presque à Oreillo, pas vraiment isolé pierrement parlant (manière de dire : en fait, deux étages de rondins pétomanes s’élevaient sur une cave de béton) mais toute la rue était en location saisonnière, de sorte qu’en dehors des vacances on n’avait pas un voisin; et pendant lesdites, des éphémères, des inconnus : ça secoue les barrières, il ne faut pas se le cacher. “Qu’est-ce qui fait leur vertu? La voix de leur conscience? Non, la voix de leur concierge.” Paraît que c’est de Nietzsche. Je me demande ce que donne l’assonance en allemand…
Reste qu’il y aurait de la vantardise à se faire plus mauvais qu’on ne l’est : j’étais loin de ricaner : “J’ai les mains libres” quand on a visité, et que du balcon j’ai embrassé toute la vallée, et les monts d’en face : Puigmal, Costabonne, col de Nuria… si je me suis promis quelque chose, c’est bien d’arrêter de fumer, d’arpenter la montagne, et même de faire du ski, les jours où il n’y aurait pas trop de queue aux tire-culs. Au pire, si la neige bloquait le sport et l’exploration, on ne pouvait pas imaginer une paix plus entière qu’à ce balcon – ou, disons (on a beau vivre l’instant, on sait bien que juin ne durera pas toute l’année) au coin du feu, et face aux portes-fenêtres : plein sud! Le gérant nous assurait qu’on aurait moins de chauffage que dans le Nord, et il a parlé vrai. Tout de même pas de quoi contrebalancer le loyer et les impôts locaux, eux plutôt salés. Mais nous nous étions toujours refusés à faire des éconocroques en rognant sur la qualité de la vie. On bouffait très bien chez nous, je faisais la cuisine plus souvent qu’à mon tour, et toujours quand nous invitions. Cela dit pour ceux qui me prendraient pour un macho. Nous voyagions beaucoup, sous la tente, d’accord, mais par goût, sûrement pas par avarice : les Hilton ne nous attiraient pas, ni le festival de Cannes ou les raouts de richards, nous n’avions rien à faire au bistrot, où la moitié de nos compatriotes sabordent leur budget à siroter des verres au prix de bouteilles, mais quand j’avais envie d’un disque, ou Julie d’un bouquin d’art, nous ne regardions pas à l’étiquette. Inutile d’ajouter que rien n’était trop beau pour Pimprenelle : pour résumer, avec deux salaires, nous n’avions pas un rond de côté le premier du mois, et nous trouvions ça très bien : quand un pépin se présente, on n’a qu’à emprunter. Quant à calculer sa retraite à trente ans, c’est lâcher la proie pour l’ombre. Mieux vaut claquer son fric quand on est en état d’en profiter.
En fait, le proprio louait en attendant vente, le coût passait notre cash de mille pics, mais le chalet nous plaisait tant qu’on s’est tâtés pour un crédit. Si on a remis à plus tard, c’est que le lieu valait surtout par la vue, et qu’elle n’était pas imprenable : dans ce genre de bled, on achète en pleine campagne, et dix ans plus tard on se retrouve au beau milieu d’un lotissement. Ça, c’était le conscient de nos réticences, avec la prudence élémentaire de vérifier d’abord si nos bahuts étaient vivables. Quant à l’inconscient, savoir? C’était s’installer, tout de même : de quoi faire frémir une nature baladeuse, et un bonhomme trop peu respectueux des lois pour n’avoir pas besoin de prendre périodiquement la poudre d’escampette avant qu’une réputation ne s’établisse, et les subséquentes retombées… Que j’aie hésité, y aie seulement pensé, atteste que si mon cœur n’est pas aussi pur que le jour, je n’avais pas de si mauvaises intentions…
Et c’est vrai qu’il se dessinait là, il me semble, une vie potentielle, qui peut-être ne m’aurait pas comblé, mais qu’il n’était pas désagréable d’imaginer vaguement. Non, je ne crois pas que je me serais ennuyé, le soir, sous la lampe, à corriger mes copies, ou à vérifier les devoirs de ma petiote en regardant tomber la neige. Ça m’aurait bien plu de remonter la vallée d’Eyne pour guetter les isards avec elle, emmitouflée comme un eskimo. Avec le temps j’aurais pu briguer un poste de conseiller municipal, compter sur le vote des femmes, m’intéresser au développement de ma ville, au moins pour éviter qu’on n’érige un gratte-ciel sous mes fenêtres. Et des écarts n’étaient pas indispensables. Les ai-je voulus, d’ailleurs? Je me suis surtout laissé faire…
Bon père, bon époux, prof respecté, citoyen exemplaire… J’aurais été le même. J’ai des regrets, certes, et cuisants, il y a de jeunes fantômes, jeunes à jamais, qui profitent du sommeil paradoxal pour venir me réclamer un supplément d’existence : à ces moments-là, l’opinion publique nous envahit. Mais de remords, une fois la raison revenue, pas l’ombre : j’ai fait ce qu’il fallait faire, dans des situations données, ni plus ni moins qu’appuyer sur la détente quand au front ou dans la rue c’est lui ou vous; il n’y a que les saints pour passer après les autres; et il n’y a plus de saints.

Le lycée de Fort-Glandu, “climatique et sportif” selon les dépliants, formait un vaste complexe dont les salles de classe, moins bien loties comme de juste que l’internat et les appartements de fonction, n’occupaient qu’une aile : les installations sportives, que j’ai seulement côtoyées, prenaient la meilleure part : piscine olympique chauffée, dont je n’ai aperçu que la buée sur le chemin de l’intendance, gymnases, salles de lutte, d’escrime, d’haltérophilie, manège, terrains de ceci et de cela, pistes diverses… L’essentiel était à l’extérieur, dès que la neige tenait, c’est à dire dès novembre : la saison de ski perturbait tout l’enseignement, qui n’avait plus qu’à se démettre ou se soumettre : à raison de deux jours pleins par semaine, en sus des soirées d’entraînement et des stages incessants, telle discipline perdait l’intégralité de son horaire, et les cours de remplacement, assenés à la nuit tombée à des élèves fourbus, s’avéraient à peu près inutiles : sur la base du volontariat, d’ailleurs, la plupart s’abstenaient d’y assister, et les briscards facturaient imperturbablement des heures au début desquelles ils s’étaient bornés à constater l’absence du cheptel, s’ils ne l’avaient pas encouragée au préalable. Vidal, le prof de philo, qui ne quittait pas la cantine sans se remplir les poches de portions de fromage, et entre les mains duquel vous retrouviez vos stylos et briquets perdus la semaine précédente, ne se cachait guère de réclamer des épices et des espèces selon lui méritées, dès lors qu’il avait fait le déplacement : “Ils n’avaient qu’à venir.” Mais tout le monde ne tripatouillait pas l’impératif catégorique avec la même virtuosité, et nombre de collègues évitaient les classes de sportifs comme la peste – de sorte qu’elles échéaient toutes aux nouveaux arrivants, qu’elles poussaient vers la porte.
En effet, si le copinage en faveur des installés et suceurs de chefs est sans exception de moi connue dans les établissements scolaires, il présentait, dans une boîte “loin de tout” et éperdument fuie, l’inconvénient supplémentaire d’aggraver le turn-over et de pratiquer des brèches, comblées tardivement, sinon par des incompétents, du moins par des sous-diplômés : à cette rentrée-là, on se félicitait d’un déficit de seulement trois profs, et l’on aurait pu en citer au moins quatre qui, amoureux de la montagne, n’avaient pris la fuite qu’écœurés de ramasser systématiquement la poubelle des classes et des heures. À dire vrai j’en ai pour ma part peu pâti : mon collègue de latin avait un tel succès qu’on craignait non sans raison, la matière étant facultative, de devoir renoncer au poste, de sorte qu’on m’avait donné tous les latinistes, de la cinquième à la terminale, en espérant que le nouveau venu endiguerait l’hémorragie, et il ne tenait qu’à moi de conserver sine die cette sinécure, à condition de ne pas m’émouvoir du masque de fer que m’arbora le rival dès le premier jour.
Ce n’est pas que le latin me passionne en soi : je n’y comprends rien, et, sans édition Budé sous le coude, tout au plus si je viens à bout d’une version de troisième. En six ans de médiocre scolarité, jamais un prof de langue ancienne, en échange de ses “Bon travail” et “Résultats satisfaisants”, ne m’a demandé plus que d’occuper une chaise et de ne pas le faire chier; au Bac, j’ai récité ma trado sans me tromper de texte, et me suis abîmé dans la contemplation de l’examinatrice : 18 sur 20; en Fac, j’ai opté classique pour éviter la cohue et parce qu’on m’avait garanti l’issue toute cuite : dont acte : prof à mon tour, après cinq ans à glander. Le peu de grammaire que j’ai assimilé, c’est sur le tas, en l’enseignant. Quant aux auteurs, dans leur presque totalité, ils ne m’arrachent que bâillements, surtout les Grands, Virgile, les discours creux de Cicéron, César et ses “on se tapa dessus quelque temps, puis les Gaulois décampèrent”. Je ne supporte que les gars de l’Empire, Tacite, Juvénal, et surtout les cochons, Pétrone, Martial, Apulée, dont je mettais les passages les plus graveleux au programme tant qu’on a été libre de faire son marché. Depuis qu’il est imposé, je me demande par quels eunuques, il est plus difficile de lutter contre l’ennui. Mais tout le monde a compris qu’il n’est rien requis d’autre que de maintenir les postes à tout prix, partant l’effectif, et le salopard qui saquerait au Bac, qui ne collerait pas au moins 14 à l’ignare absolu, pour rémunérer six ans d’inertie, serait mis au ban de la société policée; du reste, le coeff est dérisoire : raison pour quoi, avec un minimum de culture, de bagout et de passion, on peut faire du cours de latin le plus libre de la semaine : à partir de la moindre étymologie, les digressions s’enchaînent à l’infini; deux heures de cours sans traduire un vers entier, ce n’est plus un exploit, mais le tout-venant. Et du coup ce cours, parce qu’il ne compte pas, et qu’en conséquence il n’est pas sous surveillance, devient, ce n’est pas de la forfanterie, le plus formateur de tous. Mis en confiance par le petit nombre, les élèves se dévoilent, on les prend cas par cas, on leur porte secours en tout ce qu’on peut, et pour le reste on les laisse s’entr’aider. Une fois assurés qu’on sait se taire, ils nous font passer les barbelés, et racontent ce que famille et collègues souhaiteraient le plus cacher : dès octobre, nul n’était mieux informé que moi du moindre bruit de chiotte. Et puis, quel nanan : en Cinquième comme en Terminale (et il y a plus à apprendre, mieux à jouir, d’un cinquième vif que d’un terminale con) ce sont les meilleurs qui vous sont servis sur un plateau, ça pétille quand ça s’envase partout ailleurs. Pour parfaire l’image du bonheur, il ne vous reste plus qu’à féminiser l’assistance : 80% de filles les bonnes années; on est à peine un prof, on tient du confesseur, du grand ami ou du gourou léger : à trente balais, doté d’une gueule passable, il faudrait être un manche pour qu’une seule vous résiste, et c’est à l’offre pléthorique que tiennent les seuls problèmes auxquels on soit confronté.
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Publié dans Pointeur

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C
Se faire violer (ou toute autre sorte de catastrophe) ET avoir du talent, ça relève de la statistique. La seule conclusion à en tirer c’est que les livres n’ont pas besoin de talent pour être édités, et vendus. Et que le talent n’est pas (ou plus ?) une «valeur», aussi bien humaine que marchande. De mon point de vue de lectrice standard mais exigeante en qualité, ça me hérisse. Tout comme de mon point de vue d’ex maîtrise en bio et physio, ça me gonfle de voir que les frères Bogdanov ont plus d’audience que Cyrulnik… Maintenant il faut que la notoriété intervienne avant l’invention d’un prétendu talent. C’est très con… Et je sais que je ne t’apprends rien.
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A
Au moins le scientifique peut-il se réfugier dans la valeur objective de son savoir et de ses découvertes, alors qu'en art l'opinion règne sans partage, et génère seule la valeur : quand on n'est pas lu, pas écouté, pas regardé, on n'est RIEN.<br /> Cela dit, on aurait pu espérer que le traumatisme même débouchât sur le talent. Sartre tenait le génie pour "la solution du désespoir", et sa vision est cohérente. Il est vrai que lui-même avait intérêt à considérer sa supériorité incontestable (et incontestée de son vivant) comme autre chose qu'un donné : les nantis n'ont pas à tirer fierté d'avoir touché "naturellement" une belle gueule, une grosse tête ou un paquet d'actions à la naissance.<br /> Le problème spécifique des "victimes", c'est qu'elles ont tous les droits, dès lors qu'elles ont souffert : trouver leurs idées sans intérêt ou leur style insipide, c'est faire insulte à leur douleur. Ça ne les incite pas à se fouler.
C
J'aime bien et j'attends la suite. J'étais déja un peu initiée à ton style "hors blog", et je persiste et signe encore. <br /> Je n'ai aucun commentaire à te faire quant à la "technicité" d'élaboration d'un livre, ce qui m'importe est que ça soit plaisant à lire, et que ça m'excite l'intellect. J'essayerai d'affiner mon propos aux prochains chapitres.. <br /> Je te rejoins entièrement dans le dégoût de ces bouquins-exhib, toute la série des "moi X, prostitué(e) violé(e) drogué(e) homo séro nympho bobo délinquo minablo mégalo et caetero..".<br /> Je préfère réserver mon mépris à cette médiocrité éditée, qu'à du tout petit gibier.<br /> A+
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A
Je suis comme toi, je me fous complètement des règles d'Aristote. Est-ce que je prends mon pied? Est-ce que je me sens moins con en finissant? Je n'ai pas d'autre critère. <br /> Buû est tout de même différent : c'est un complice. Une canaille peut-être, mais dans la mesure où je suis canaille aussi. Alors que de Pointeur je fais délibérément un salaud : c'est du scribouillage un peu masochiste. Je compte toujours sur toi pour me signaler les énormités police-techniques, au moins les pires : je crois bien n'avoir pas pénétré trois fois dans un commissariat!<br /> Rien contre les "Viol", les "J'avais quinze ans", etc, si l'on y trouvait le moindre talent, s'ils élucidaient quoi que ce soit ou posaient de bonnes questions; ce qui m'agace (comme dans certains blogs, d'ailleurs) c'est cette confusion de l'esthétique et du caritatif. Plaindre ceux qui ont souffert et admirer leur prose, ça n'a rien à voir.