Ce blog avait deux mois…

Publié le par Ab'alone

À quoi bon? À quoi bon? À croire que je demandais la lune… Mais il faut croire que c'est bien la lune en effet, puisque je ne l'ai jamais décrochée. L'âme-sœur, bien entendu, toujours elle… Je sais bien toutes les ambiguïtés que porte en lui ce féminin, et de fait un mec à qui parler ne me comblerait qu'à demi. Une contrefaite, une centenaire, guère plus, il faut l'avouer. Et pourtant il serait encore plus fallacieux d'inscrire Diarrhy en "Rencontres" qu'en philo : sans nier l'agrément de l'étreinte et de la tendresse, sans affecter d'en être saoul ou détaché, je ne dissimule pas une bandaison effrénée derrière du prêchi-prêcha, et me refuserais à faire le sacrifice d'un milligramme de sincérité à des objectifs charnels. Surtout à l'écrit, et en public. (À l'oral, dans l'intimité, et avec un coup dans le nez, "il est avec le Ciel des accommodements", genre kestébelle sans le penser vraiment.) Mais j'aspirais, confessons-le, à une qui comprît mes tartines, y prît plaisir – en connaissance de cause, et à charge de revanche s'il y avait lieu : car tout de même je sais lire, et dois constater que ce savoir n'est pas des plus répandus. On accroche, de loin en loin, un mot qu'on avait déjà dans la tête, on "réagit" comme le taureau au chiffon rouge, on s'offense d'un je ne sais quoi sorti de son contexte, et partant de son sens, on "répond" à "passe-moi le pain" comme à "tu veux un pain?"… Conjonctions, ponctuation, phrases, nuances, distanciation : temps perdu. Assez porté à incriminer l'école, sa "méthode globale" et ses chasses aux champs lexicaux, mais au vrai les croulants à qui ces conneries ont été épargnées ne sont guère plus brillants, sinon en orthographe. Trop pressés, peut-être… Et s'il en est qui pigent, et auraient du pertinent à déballer, ils sont trop timides ou trop méprisants pour le faire. Total : zéro. Le seul fantôme que j'ai cru voir prendre chair et style s'est dissipé inexplicablement, ou du moins sans explication. Dans ces conditions, est-ce que ça présente un sens de continuer? À peine trois minutes d'exaltation ou d'abattement matutinaux, au vu de l'audimat et du "blogrank", celui-ci planant très au-dessus de celui-là, probablement du fait de mon assiduité à l'écritoire et du temps qu'on met à me déchiffrer. Je me répète que plus il passera de passereaux, plus j'ai de chances de voir survenir l'oiseau rare, mais même si j'en avais les moyens techniques, le cœur me manquerait d'utiliser appeaux à gogos et miroirs aux alouettes, d'entrelarder de blagues belges et de photos de Q la dictée des tréfonds, de tuer le sens même d'écrire au lieu de distribuer des hamburgers-ketchup : on ne trouve pas l'âme-sœur au MacDo. Par ailleurs, au bout de 62 jours de tapotis, les moteurs de recherche persistent à m'ignorer superbement – si ce n'est "diarrhy" même, et voilà une recherche plutôt pointue! Quelle autre ressource? Mes propres visites en la maison d'autrui? On ne m'en rend pas une sur vingt, et je ne m'en offusque pas, n'ayant pas entrepris une collection de "merci pour ton comm." et autres niaiseries de pure forme.
Soyons juste : cette expérience m'aura aidé à survivre deux mois, elle aura allumé quelques lumignons dans mon tunnel, trop vite éteints, mais étais-je en droit d'espérer mieux? Il se peut que j'échoue à atteindre l'universel par le singulier, et que l'alter ego, en aspirations comme en solitude, n'existe tout simplement pas. J'ai déjà pris un bec l'hiver dernier sur un "site littéraire" monstrueux, qui affichait mille ou deux mille "poètes" et "nouvellistes", dont 99% pourrissaient à la fosse commune, pendant qu'un groupuscule copinier troquait sans vergogne la casse et le séné : j'ai lu là les vers les plus exécrables de ma vie, des machins auxquels j'eusse généreusement collé trois sur vingt en sixième, accompagnés de guirlandes de dithyrambes éhontés; et le plus affligeant, c'était d'observer que les nouveaux venus étaient célébrés dans la mesure exacte de leur médiocrité : que le goût était au diapason du talent; et comment s'en étonner? La Rochefoucauld ne va pas assez loin quand il dit qu'"on ne loue d'ordinaire que pour être loué" : en fait, la plupart de nos éloges ne s'adressent, indirectement, qu'à nous-mêmes. Est-il besoin de préciser que l'attention microscopique qu'on m'a accordée dans le shit en question n'est pas la plus fluette source de ce Nil de fiel?
Over-blog est tout de même moins calamiteux : aucun simplet, aucun frimeur, aucun follingue en prose ne saurait égaler le Pégase des soi-disant "poètes" dans la course aux sommets du grotesque, du kitsch, du faux. Un tas de blogs sont affreusement banals, c'est vrai, mais dans ce flot de platitudes perce souvent un accent humain. Cela dit, honnêtement, j'en ai visité des milliers (beaucoup moins, depuis qu'on ne peut plus faire venir les "nouveaux") et je n'ai pas besoin de me déchausser pour compter sur les doigts ceux que j'ai inscrits aux "favoris" : au soixantième article "frais pondu de la nuit", le corbeau perché sur mon épaule graille un sarcastique "Nevermore".
Mettons un petit mois encore? La Saint La Rochefoucauld, le 16 décembre, ou la Saint Flaubert, le 21, et pffuitt, si rien ni personne n'est arrivé. D'ailleurs, les froids sont là, pour le coup, et j'ai un rencard avec les montagnes. En contrepoint de mes élucubrations du jour, et juste pour le plaisir de ne pas tenir mes promesses, je vais vous coller dès demain en feuilleton un frileur facile et presque récent, refusé par XII éditeurs. Facile aussi devrait s'avérer de me donner votre avis, fût-ce sous la forme d'un simple adjectif, de "prenant" à "chiant" et "nul", en passant par tout l'arc-en-ciel… mais, hein? pas moyen de vous y forcer! "C'est ce qui fait le charme", disais-tu… menteur!
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C
mystère...
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A
Encore un "Sphinx sans secret"? :-)
C
je viens de comprendre... la fameuse race à part des profs. j'ose espérer que nous ne nous sommes et ne nous croiserons jamais au détour d'une salle de classe. ma pudeur en prendrait un sacré coup... en même temps, si on croise les statistiques, je pense être épargnée (j'ai cru comprendre que nous étions assez éloignés géographiquement).<br /> <br /> (je viens également de remarquer cette magnifique faute d'orthographe, pitoyable.)<br /> <br /> en bref, merci. faut dire que se faire lâcher par quelqu'un qui ne comprend rien aux filles, ça m'inspire (j'ai le chic pour les choisir, il parait). le fait d'être complimentée par quelqu'un dont l'écriture m'absorbe et me passionne (oui, je pense que c'est le mot), c'est très valorisant.
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A
… et la "valorisation" est réciproque! Heureusement que nous ne sommes pas lus QUE par des rivaux potentiels!<br /> Tu as trouvé dans les stats un moyen de localiser géographiquement les bloggers et commentateurs? Curieux de savoir lequel…
C
.........<br />
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A
??????
X
Oups... Clarification : quand je dis "C’est justement le cas auquel j’ai à faire en ce moment" je ne parle pas du tien mais de celui d'un ami, à qui tu dois sans doute ressembler, ce qui m'a poussé à réagir. Me fais-je clair ?
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A
Assez clair dans l’ensemble, et cette implacable mercuriale est pleine d’intérêt. Tu serais étonné que je l’avalisasse, et je me garderai de t’étonner. Reprenons-la donc point par point, du moins ce que j’en saisis : si je me plante, tu pourras toujours rectifier.<br /> D’abord, c’est ton affaire de tenir le “public blog” pour uniforme : il y a place ici pour tout le monde, et je n’ai ni le désir ni l’impression de jouer dans la même cour que ceux qui publient des recettes de cuisine ou les scores du dernier Béziers-Ouagadougou. Ils ont le droit de vivre, et ce n’est certes pas moi qui le leur contesterai, dès lors qu’ils ne contestent pas le mien. Je n’attends certes pas qu’une majorité “se délecte” de mes textes, et ceux qui trouvent la simple longueur dissuasive n’ont qu’à s’en aller. J’ai assez répété, ce me semble, et dans cet article même, que les foules de visiteurs ne m’intéresseraient que par les chances supplémentaires qu’il s’en trouvât un, un seul (une de préférence!), qui comprît et dialoguât – de manière un peu moins condescendante que toi, si possible, mais c’est déjà mieux que rien, et j’apprécie vivement ton franc-parler, même s’il n’a pour principes que le désir de blesser et l’illusion de supériorité que pour ta part tu me prêtes si généreusement. Ce qui me déplaît davantage, c’est que le prétendu dévoilement du “message secret” : “Aimez-moi, bande de cons!” s’accompagne de sa condamnation, selon le mode ordinaire de l’”en fait tu… je trouve ça ignoble”. Il me semble qu’il faudrait attendre au préalable que j’entérine ledit message, et ce n’est pas le cas, il s’en faut. J’ai un peu chahuté quelques personnes qui, après une “lecture” hâtive, répondaient à autre chose que ce que j’avais écrit : induire de là un mépris de tous ceux qui pourraient répondre est une absurdité : pourquoi alors solliciterais-je sans relâche le dialogue, pourquoi même continuerais-je ce blog? Est-ce que, TOI, tu te sentirais “con”, ou, disons, “opprimé” en me lisant? J’ai peine à le croire, attendu l’Olympe depuis lequel tu me foudroies, mais je ne vois pas sur quoi d’autre tu peux asseoir ton prétendu dévoilement non seulement du sentiment de gens qui ne t’ont pas mandaté, mais de mes intentions secrètes.<br /> Et l’on retrouve partout ce souci des “positions respectives” sur je ne sais quelle échelle : “Qui est-il, pour nous éclabousser de son intimité”? Mais personne, c’est assez clair, qu’un solitaire et un raté : je n’ai pas de licence à exhiber, et si mon “intimité” t’”éclabousse”, tu n’as qu’à passer ton chemin. Il se trouve qu’en tant que membre (atypique, peut-être) du public-blog, c’est ce type d’intimité torturée (et parfois agressive) que je recherche, qui me passionne, et je l’ai parfois trouvée. Si elle ne t’apporte rien et si tu n’en vois pas la finalité, je ne saurais que t’approuver de “tourner les talons”. Je me demande parfois si mon goût de curer les biefs et de mettre les lies au jour ne masque pas une forme de sadomasochisme, mais à voir comment tu tranches le cas sans te poser la moindre question, sans même remarquer, dirait-on, que cette volonté de vider la coupe pourrait prendre source dans un désir de transcendance et ce que j’appelle “optimisme profond”, j’ai l’impression que tu ne cherches qu’à prendre barre, et ne vois plus trop l’intérêt d’une pareille caricature de dialogue : s’il ne s’agit que de dire que mes textes sont “shocking”, “pas sympa”, et oppressifs quand on est obligé de recourir au Robert, je le savais, merci, passons! et attendons encore quelqu’un (car c’est tout ce que j’espère d’un mec) qui veuille bien discuter les thèses et arguments proposés sur des sujets tout de même assez divers, quelqu’un qu’éventuellement (eh oui! jusque là va mon outrecuidance!) j’aiderais à lire en lui-même, à se dépasser… à charge de revanche! Le tout-à-l’ego, je l’ai assez répété, ne m’intéresse même pas moi-même, s’il ne concerne que moi. Mais personne n’est obligé de se reconnaître. En revanche, je suis bien libre, moi qui n’aspire (ou crois n’aspirer) qu’à l’échange (même s’il est aussi combat, mais pas au combat SANS échange) d’annoncer que je fermerai boutique d’ici peu si je ne l’obtiens pas. À te lire, nul n’y perdra rien.
X
Ca c’est gonflé ! Espérais-tu vraiment que le public “blog” se délecterait de tes textes souvent longs et ma foi moins accessibles que les albums de photos perso ou autres blogs de voitures tunées ? et qu’il te le ferait encore savoir ? N’as tu pas au contraire pleinement conscience, trop peut-être, de donner ta confiture à des cochons ? Et de ce fait, le lecteur se sent à mon avis naturellement « pris » par une odeur hostile ; sous tes relances, il déchiffre le message que tu diffuses malgré toi : « aimez-moi, vous au moins aimez-moi, la bande des cons ! ». Personne n’a envie de se sentir « bande de con » quand même il en fait intimement partie. <br /> Ensuite, je pense que l’aspect très personnel de tes thèmes peut faire peur : « qui est-il pour nous éclabousser de son intimité, de cette franche cruauté envers lui-même et envers les autres ? » Pour ma part, je me garderais bien d’aviser un inconnu sur la meilleure méthode de suicide ni de lui souffler le bon mot avant d’en finir.<br /> Enfin, est-il si anormal de ne pas poser son cul sur un radiateur qui souffle le froid ? Il existe un drame personnel qui est justement d’osciller entre l’appel désepéré à plus de « chaleur », d’attention, de compréhension, et le plaisir de griffer. Je connais plusieurs personnes qui en souffrent, et malgré la fascination que procure l’observation du « cas » et le fait de savoir que le « malade » en souffre autant qu’il fait souffrir les autres, on préfère en général, si on est sensible (et donc vulnérable) finir par tourner les talons, ayant assez à faire avec soi-même. Que penses-tu d’un ami qui se donne peu de peine pour « aimer les autres comme ils sont » et ne se gène pas du tout pour leur faire brutalement savoir, et qui dans le même temps considère comme allant de soi que le reste du monde subisse son comportement d’original sans lui demander de mettre de l’eau dans son vin. C’est justement le cas auquel j’ai à faire en ce moment, et il me semble que d’une certaine façon, tu t’en rapproches.
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