Ce qu'"ils" en pensaient vraiment

Publié le par Edmond de Goncourt

Journal d'Edmond de Goncourt, vendredi 5 mai 1876 (éd. Bouquins, tome III, pp. 699-701) sans commentaire : …………… […] Moi, interrompt Zola, une enfance pervertie, dans un mauvais collège de province. Oui, une enfance pourrie!… J'ai fait minette à la femme avec laquelle j'ai perdu mon pucelage, avant de la baiser… Non, non, je vous le dis, je n'ai aucun sens moral. J'ai couché avec les femmes de mes meilleurs amis. Positivement, en amour, je n'ai aucun sens moral…"…………… "J'étais rappelé en Russie, reprend Tourgueniev, j'étais à Naples, je n'avais plus que cinq cents francs. Il n'y avait pas de chemins de fer alors; le retour fut embarrassé et difficile et, vous l'imaginez bien, sans dépenses d'amour. Je me trouvais à Lucerne, regardant du haut du pont, près d'une femme accoudée à côté de moi sur le parapet, des canards qui ont une tache en forme d'amande sur la tête. La soirée était magnifique. Nous nous mîmes à causer, puis à nous promener. Et en nous promenant, nous entrâmes dans le cimetière. Flaubert, vous connaissez le cimetière? Je ne me rappelle pas en ma vie avoir été plus amoureux, plus excité, plus pressant. La femme se coucha sur une grande tombe et en se couchant, releva sous elle sa robe et ses jupons, de manière que les fesses touchaient la pierre. Je me jetai sur elle complètement fou; et dans ma précipitation et ma maladresse, ma verge se prenait dans les touffes d'herbes pleines de gravier et s'en détortillait. J'éprouvai dans ce coït la plus grande jouissance que j'aie jamais éprouvée. – Tout ça, s'écrie Flaubert, qu'est-ce que c'est auprès de ceci – et son coude se serre contre sa poitrine – auprès d'un bras de femme aimée, qu'on presse une seconde contre son cœur en la menant à table? – Oh! Ah! merde! fait Daudet qui se tortille sur sa chaise et crispe ses mains nerveuses au-dessus de sa tête. Ça n'est pas mon genre… Vous ne pouvez vous faire une idée de mon individu… Il me faut pour jouir, contre ma chair, la chair de deux femmes, l'une que je manie et l'autre qui mange le derrière de celle que je tripote. – Mais Daudet, je suis aussi un cochon, dit naïvement Flaubert. – Laissez donc, vous êtes un cynique avec les hommes, et un sentimental avec les femmes. – Ma foi, c'est vrai, fait en riant Flaubert, même avec les femmes de bordel, que j'appelle "mon petit ange". – C'est fou, mais c'est comme ça, reprend en s'animant Daudet. Il me faut un débondement de mots sales, orduriers : "Viens que je t'encule!" Et ne vous y trompez pas, avec des femmes honnêtes!… Et les tempes pâles, la femme honnête se retourne pour vous dire : "Nom de Dieu, que je suis bien enculée!" – Oui, oui, parfaitement, en amour, les femmes sont reconnaissantes de leur avilissement. – C'est curieux, laisse échapper Tourgueniev, couché tout de son long sur le divan et écoutant avec des yeux effarés et presque inquiets la confession de Daudet, "c'est curieux, moi, je n'aborde la femme qu'avec un sentiment de respect, d'émotion et de surprise de mon bonheur. – Toutes les femmes que j'ai eues, reprend Daudet, je les ai eues à ma première rencontre et en leur disant des choses indécentes, énormes, dégoûtantes, priapiques. Remarquez bien que je ne vous dis pas que je n'ai jamais fait de fours… Mais j'en ai eu ainsi des masses et les ai toutes traitées en putains. – Vous n'avez pas connu de femmes russes? – Non. – Tant pis. Cela aurait eu un intérêt pour vous, dit Tourgueniev. La femme russe, voyons, comment vous la définir? C'est un mélange de simplicité, de tendresse et de dépravation inconsciente."…………… ""Dans la Haute-Égypte (c'est la voix de Flaubert), par la nuit noire comme un four, entre des maisons basses, au milieu de l'aboiement des chiens qui veulent vous dévorer, on vous mène à une hutte, haute comme un jeune homme de dix-sept ans. Là-dedans, tout au fond, on trouve couchée par terre une femme en chemise, dont le corps est entouré sept ou huit fois d'une grande chaîne d'or, une femme qui a les fesses froides comme de la glace et l'intérieur du corps comme un brasier. Alors, avec cette femme qui reste immobile dans le plaisir, on éprouve, voyez-vous, des jouissances infinies, des jouissances… – Allons, Flaubert, c'est de la littérature, ça!"…………… Résumons.…………… Tourgueniev est un cochon dont la cochonnerie est teintée de sentimentalisme.…………… Zola est un cochon grossier et brute, dont la cochonnerie se dépense maintenant tout entière dans la copie.…………… Daudet est un cochon maladif, avec les foucades d'un cerveau chez lequel, un jour, pourrait bien entrer la folie.…………… Flaubert est un faux cochon, se disant cochon et affectant de l'être, pour être à la hauteur des cochons vrais et sincères qui sont ses amis.…………… Et moi, je suis un cochon intermittent, avec des crises de salauderie, qui ont l'exaspération d'une chair mordue par l'animalcule spermatique.
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Publié dans Ô femmes

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A
+ le circonflexe de "plaît" et le "e" de apprécierais"? :-) Ne te mets pas en boule, hérisson! La science des ânes m'indiffère assez – peut-être pcq c'est la seule que je maîtrise vaguement?
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D
Toutes mes excuses pour les deux pluriels oubliés dans le commentaire précédent.
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D
Ce qui me plait, c'est ton style, "dis-moi, Céline, les années ont passé ...", qui porte le soleil noir de la secte des chiens de l'homme au tonneau même si tu n'es qu'un affreux prince éxilé dans la Creuse, à la tour abolie après avoir pris le pion en F8. Bref, étant donné que tu as assez d'élément pour comprendre les référence de ce commentaire, tu sais pourquoi j'apprécie tes textes, et je les apprécirais même si tu n'étais qu'un affreux bonimenteur.
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A
Ou, mais cette "qualité" ne me paraît pas indépendante des choses dites. Il faudrait nuancer, bien sûr, mais il me semble qu'on écrit toujours mal quand on ment, et que si les héroïnes de Daudet et de tant d'autres sont insipides, c'est qu'ils n'y croyaient pas.
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D
Comme quoi, ce qui reste, c'est la qualité de l'écriture, et là on ne peut pas tricher.
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