Souvent femme varie
Frime des femmes, frime des hommes, guère de différence entre les complaisantes représentations de soi qu'on trouve ici ou là
Celle-ci pourtant : les nanas se targuent volontiers d'être "imprévisibles", et d'abord par elles-mêmes. Ça ne viendrait pas à l'esprit d'un mec de se vanter d'ignorer ce qu'il sera demain, ou quelle décision il va prendre dans la demi-heure. Moult femmes, en revanche, semblent penser que l'instabilité ajoute à leur charme, et elle ajoute indéniablement à leur pouvoir. "Je t'aime un peu, beaucoup, passionnément, point du tout"
Plus elles sont jeunes, et plus la roche tarpéienne est proche du Capitole. Une fille de seize ans vous fait vivre au régime de la douche écossaise : avec elle rien n'est jamais acquis, aucun serment ne vaut jusqu'au soir, et si l'amour ne NAÎT pas de là, aucun traitement n'est plus efficace pour le faire croître et embellir. Maxime increvable que celle-ci, la 75 de La Rochefoucauld : "L'amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel; et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre." Qu'elles en jouent, j'en jurerais; mais le fonds est là : une fois n'est pas coutume, plein accord avec Mme Sagesse-des-nations! "Souvent femme varie / Bien fol est qui s'y fie"
La versatilité, n'affectant que les surfaces (aller à la Bonne Marmite, alors que la table est retenue au Chapon fin, etc), et dissimulant souvent une profonde et ennuyeuse fixité, s'avère parfois risible pour l'observateur froid, mais qu'elle soit frime pure, je ne le crois pas : on y devine le besoin d'échapper aux définitions, une tentative d'évasion hors de l'ordre masculin; une dictée de l'égoïsme sans garde-fou : "Pouce au pouls tout le jour, à guetter l'infinitésimale nuance de ton mille-et-unième caprice volatil"
sans que jamais la parole donnée ou le bien de l'autre pèse un fétu : j'avais envie, j'ai pu, c'est comme ça. Au fond, peut-être, une plus grande authenticité : on dirait parfois que pour la femme, et surtout la jeune fille, comme pour les bouddhistes, le moi est une illusion. Nouzaut's'hommes, nous nous piquons de "nous connaître", de mettre de l'ordre dans l'écoulement de nos humeurs contrastées; et précisément, cet ordre, NOUS LE METTONS, et parfois à grands coups de pieds : il n'est nullement dit que ce soit le bon. (OÙ serait "le bon", du reste, sinon dans la conscience d'un Dieu auquel nous ne croyons plus?) Nous aussi, nous nous réveillons certains matins ayant comme égaré l'amour de notre vie : "Nom de Dieu, où ai-je bien pu le mettre? Cunégonde m'ennuie, un point c'est tout!" Mais alors nos instances régulatrices interviennent, pour corriger l'humeur du moment : je DOIS être amoureux, puisque je l'étais la veille. Cunégonde, elle, n'a pas de rollet.
Par contre, j'ose, juché sur mon expérience dérisoire, m'inscrire en faux contre les doctrines intimes des grands dragueurs, celles qu'ils claironnent au fumoir, mais qu'on lira rarement dans les blogs : "Toutes des pétasses, menteuses et vénales." C'est souvent l'instabilité que nous appelons mensonge. J'ai juré ci, et je fais ça, parce que j'ai changé, parce que JE est un autre, que je n'est pas. Pour ce qui est du mensonge effectif, nous n'y sommes pas manchots, seulement il nous semble normal de la part de canailles comme nous, alors qu'elles, elles TRAHISSENT l'image romantique de l'oie blanche, ou de Maman, peut-être, que nous persistons à porter dans un tabernacle. Idem pour le goût de changer de viande : il va de soi pour le mâle, et au fond toutes les amours sont de pis-aller : Roméo ne voit QUE Juliette au monde
tant qu'Emmanuelle Béart (à remplacer par le canon de votre choix) n'est pas accessible. Seulement nous nous sentons désobligés que notre partenaire soit potentiellement aussi volage que nous, et pis encore, qu'elle actualise ce potentiel : "Pour elle, c'est si facile! En quoi est-ce gratifiant qu'on appète à ses fesses?" Cause toujours
Là encore, l'obligation de fidélité monte du fond des âges : le mossieu voulait être sûr que sa progéniture était bien issue de ses gonades; la dame, elle, savait à quoi s'en tenir, et n'avait pas à nous astreindre aux mêmes obligations. Quant à la vénalité, ça se discute : je ne l'ai jamais éprouvée perso, et pour cause, mais il faut bien constater que les clodos n'ont pas la cote, et que "La vie est merveilleuse, avec Lui" se traduit assez exactement par "Tout ce qu'on peut faire, avec Son fric!" Mais le fric n'est qu'une modalité du pouvoir, et c'est du pouvoir que s'éprend une femme, qu'on le tienne de ses muscles, de sa taille, de son or, de sa jactance, de sa notoriété
ou de son classement : je parierais qu'on fait des béguins, rien qu'en accédant aux top ten d'Over-Blog. Si j'en juge par moi, le cur de l'homme, lui, battrait plutôt, sous bénéfice d'inventaire, vers celles que personne ne lit
Publicité