Dans les dents du berger
Au courrier du matin (je n'ajoute que les points de suspension/sauts de lignes, et ne censure qu'une attaque ad hominem, plus précisément ad mulierem) :
"Bonjour!
Très intéressée par tes posts sur les différences psychiques entre sexes. Les observations ne me paraissent ni toujours justes, ni toujours originales, mais au moins tu donnes l'impression de chercher à "percer le mystère", au lieu de "nous" flatter bêtement. Je ne sais pas si l'on peut t'absoudre de toute intention "crypto-draguatoire", mais il est certain que tu ne vises pas le même cheptel que les flagorneurs gauches, avec leurs "Toutes les femmes sont belles et merveilleuses!" Est-ce que ça vous plairait, à vous, individuellement, qu'on vous dise que tous les hommes sont séduisants? Vous penseriez tout de suite à tel ou tel méchant con hideux auquel il ne vous conviendrait pas du tout de vous voir assimilés. Eh bien moi [
]
Et ça nous amène à la première question: en es-tu bien sûr, d'abord, qu'une différence existe? On peut distinguer en gros deux féminismes: celui de l'école Beauvoir, qui considère que toutes les différenciations ont une origine sociale et idéologique, et que les loger dans l'inné, c'est déjà se faire avoir; car c'est accepter comme "naturel" qu'il y ait si peu de mathématiciennes, ou de joueuses d'échecs, ou de compositrices, alors qu'il existe tant de prestigieuses interprètes. Le premier pas dans le sexisme serait alors d'admettre que les différences sont données; car des différences aux inégalités, il n'y a pas loin.
L'autre féminisme, à l'inverse, proclame les différences (reste à savoir lesquelles), et considère le premier comme aliéné au modèle masculin. Selon lui, nous SOMMES différentes, et c'est aux valeurs masculines qu'il faut s'attaquer, trop enclines qu'elles sont à tenir nos différences pour des manques: quand on voit dans quel type d'univers ces valeurs nous font vivre depuis 4000 ans, tu conviendras que ni les femmes ni les hommes ne perdraient rien à un minimum de panachage. Le recours continuel à la violence (et notamment à la violence verbale qui est ta spécialité) n'a jamais solutionné aucun problème, à moins naturellement de tuer tous ceux qui vous dérangent! Or on ne voit pas beaucoup de filles parmi les casseurs de têtes et les brûleurs de voitures, sans même parler des violeurs. Inné ou acquis? Je n'en décide pas : il se pourrait bien que l'histoire seule fasse peser sur l'homme cet impératif de "se faire respecter", et qu'il soit presque aussi pénible pour les frappeurs que pour les frappés.
Quoi qu'il en soit, je ne crois pas qu'on puisse te taxer sincèrement de prendre une position dominante. Mais ce que je trouve étrange, c'est de te voir si peu cartésien. Comment peut-on affirmer le 10 que "les mecs aiment des rêves, et les filles des réalités", et le lendemain, qu'"un homme (
) se préoccupe D'ABORD du constat, et, partant, de la vérité", et que "c'est non le vrai, mais l'agréable, qui paraît (aux femmes) l'objectif du discours"? La contradiction semble un peu forte! Et ce n'est pas la seule.
Mais ce sont moins les contradictions que les préjugés qui me gênent. Et notamment cette confusion de base entre l'amour et une sorte de
concours. Conception masculine? ou réservée à quelques tordus possédés par un orgueil démoniaque? Je te prie de croire que quand je tombe amoureuse, je ne me préoccupe pas de savoir quelle place occupe l'élu sur le podium, et que ça me rassurerait plutôt que les copines trouvent (c'est leur habitude) mon mec impossible ou "pas sortable". Je ne l'en aime que davantage, et je ne suis pas la seule : il n'y a pas que les mères pour s'attacher de préférence à leurs enfants handicapés. Bien sûr, on cherche les qualités de l'autre; et en les cherchant, on les trouve, parce qu'il en a toujours. Mais cette recherche n'est pas préalable, l'amour vient en premier, et il n'a pas à se justifier! Devant quelle instance? On s'en fout, que ce soit "le mieux"! Si la "valeur marchande" est essentielle à tes yeux, c'est que pour toi l'amour procède du narcissisme, parce que tu as besoin de chercher chez les autres la valeur que tu ne trouves pas en toi. Mais ton tort est de généraliser. Le narcissisme n'est pas premier pour tout le monde, et je doute même qu'il le soit pour personne. Aimer, c'est aimer un être en soi, non pas chercher des yeux pour être aimé, et les narcisses, si beaux, brillants, écrasants, qu'ils soient, quel que soit leur "pouvoir", personne ne les aime, et c'est justice qu'ils soient seuls.
Bonne nuit tout le même, et bons articles! J'ai beaucoup de plaisir à te lire, même quand le désaccord est complet.
Liz"
Mérite réflexion, y a pas! "Non in commotione, Domine"
Je vais essayer de répondre demain ou après-demain. La contradiction me gêne particulièrement, même si elle n'est que verbale. Je persiste à penser que l'homme (moi, du moins) aime des êtres parfaits, et (moralement, intellectuellement) imaginaires : il CROIT (pour un temps) communiquer avec la réalité par le coup de foudre. Et quand l'étoile se révèle potiron, l'amour s'en va, même si la vie s'adapte. Alors que les femmes savent au fond à quoi s'en tenir, mais tripatouillent le réel, et surtout leurs propres exigences : elles usent des mots pour fabriquer un réel rose avec celui qu'elles savent gris
à moins qu'il ne soit gris que pour celui qui le "constate" tel? Elles professent, du reste, conséquence logique de l'"esse est percipi", que la vérité est plurielle, ce que l'homme peut accepter de bouche, mais non de cur. LA vérité est un concept masculin, qui présuppose (même à notre insu) que Dieu la détienne, et reste engluée de métaphysique. Mais n'est-il pas nécessaire, pour dialoguer, de faire au moins semblant d'y croire? Quel but poursuivrait-on, autrement? Je crains qu'on ne touche là à des questions qui passent ma portée
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