95 fois sur cent, la femme s'emmerde en baisant
La femme est-elle un "Sphinx sans secret"? Montherlant consacre les quatre volumes de ses "Jeunes filles" à tenter de nous en convaincre, mais nous serions bien niais de le croire sur parole, lui qui de toute sa vie n'a connu intimement que des garçons. L'autre sexe, et pourquoi "sexe"? l'Autre, tout court, est une énigme définitive, les sérums de vérité n'étant pas en vente libre; et d'ailleurs, que nous apprendraient-ils? quelques faits tout au plus, car rien n'est plus éloigné de notre ego que les représentations complaisantes que nous en avons.
Pourtant, il est un domaine où l'on enregistre une forte "inégalité mystérielle", c'est celui du zizi-panpan. Quand un mâle érige et éjacule, sa partenaire peut certes se demander s'il pense à une autre (c'est à 80% le cas, paraît-il, selon certaines enquêtes) mais elle ne peut douter de la réalité de l'excitation et du plaisir. Pauvres de nous, nous sommes loin d'être aussi avancés, et plus d'un à garder au coin du crâne la fameuse chanson de Brassens, et le soupçon de n'être confrontés, même quand ça glisse impec, qu'à une comédie faite de hâte que ça finisse, de gentillesse et de HONTE car les murs sont telles qu'on rougirait de ne pas jouir, à moins qu'on ne l'impute à la maladresse masculine. Je lisais hier dans "L'hippopotame" de Stephen Fry (un roman à retenir! Pas stupide du tout, et divertissant au possible) : "C'est un fait avéré : peu de femmes aiment réellement la baise. C'est devenu pour elles une profession de foi que d'affirmer le contraire, mais le fait est là. Les femmes tolèrent les rapports sexuels parce que c'est le prix à payer pour garder un homme, pour avoir ce qu'elles appellent une "relation" mais, sinon, elles s'en passent très bien. Elles n'éprouvent pas cette faim, cette fringale aiguë, douloureuse, qui nous vrille l'estomac et qui nous torture, nous les hommes. Ce qui est pénible, c'est que chaque fois que je dis ça, on m'accuse de misogynie. Pour un homme qui a passé sa vie à penser et à rêver aux femmes, à bondir derrière leurs jupes comme un chiot cherchant à attirer l'attention de son maître, à organiser son existence pour se trouver le plus souvent en contact avec elles, à mesurer sa qualité de vie à l'aune de ses scores de séduction auprès des nanas, à ramper pour se faire désirer d'elles, c'est franchement un peu vexant d'être accusé de ne pas aimer les femmes." Est-ce la trado qui bloblote? On ne voit pas de contradiction entre être misogyne et ne penser qu'à baiser, ou à se faire bien voir dans ce but. Mais il est absolument vrai que la misogynie a changé du tout au tout avec l'émancipation : les "anciens", de Juvénal à Boileau, et avant, et au-delà, tenaient la femme, à l'image de Messaline, "lassata viris necdum satiata" ("lasse des hommes [elle en a reçu toute la nuit], mais non pas rassasiée") pour demanderesse insatiable, instigatrice hypocrite, et source de toutes les perversions : Brassens n'est d'ailleurs pas le dernier à broder sur ce thème, dans ses chansons antérieures. La misogynie moderne, elle, met l'accent sur le grégarisme, la futilité, l'incréativité, l'imitation sotte; elle répute marginales les nymphos, et ne voit partout que des frigides qui feignent d'accéder au septième ciel. Qu'en dit la Science? Le rapport Kinsey (un chef d'uvre LITTÉRAIRE sur lequel il faudra revenir un jour) ne relève "que" 9% d'anorgasmiques; les puritains le prétendent fragilisé par la trop forte proportion de détenues interrogées : admettons (et encore!) que le chiffre des "rapports avec les animaux" (3,6%) puisse s'en trouver affecté; mais des orgasmes, je ne vois pas pourquoi. Le rapport Hite donne, lui, 12%, et surtout nie, avec bien d'autres, la spécificité d'un prétendu "orgasme vaginal" : un tiers des femmes seulement auraient "régulièrement des orgasmes grâce au coït"; à quoi le docteur Zwang réplique en gros que Shere Hite est une frigide-mal-baisée, peut-être une des rares lesbiennes "naturelles" (il y classe Simone de Beauvoir), et que les réponses obtenues sont manifestement sollicitées; seulement, comme Zwang lui-même laisse affleurer le préjugé et le parti-pris dans toutes ses "observations", allez vous y reconnaître!
Quant à l'expérience personnelle, surtout quand elle est mince, c'est une autre bouteille à encre : elle me ferait chiffrer à quasi 50% les anorgasmiques qui ne font même pas semblant, et je crois bien n'avoir connu, de toute ma vie, que deux filles qui aimaient vraiment ça; or, retrouvant après huit ans de silence celle que j'aurais sacrée superchampionne de plaisir, et comme par hasard la seule que j'aie aimée, j'ai eu celui d'entendre, ou plutôt de lire, car c'était un courriel, qu'elle ne s'était "jamais abandonnée" avec mézigue, et que notre complicité "s'arrêtait avant la fleur de châtaignier" : plaisante révélation, qu'il conviendrait de caviarder si ce blog avait, comme tant d'autres, un crypto-objectif draguatoire. Retenons-en le déboire, et plus "scientifiquement", qu'on ne saurait s'adonner à l'observation quand on est acteur : les cinquante pour cent, c'est AVEC TOI, pauvre pomme! Mauvais coup! "Un malhabile, un maladroit", Brassens avait prévu l'objection.
Case départ. Impossible de croire aux forfanteries de jouissance ni tout à fait, ma chérie, à son déni, quand on vous a fait pipi dessus à l'akmè de l'action. Mais c'est quand même drôle d'avoir un pied dans la vieillesse, et de devoir se résigner à ne jamais savoir une chose si simple. Encore n'a-t-on pas abordé les modalités! Le cunnilinctus (et pas "lingus", ignares!)? Le coït, avec ses han! han! de bûcheron? Une seule, tenez, in caudahaha : la sodomie. Plaisir physique? Cérébro-sentimental? Pas de plaisir du tout? Infoutu de répondre. Si je me réfère à celui que me procure le passage d'un gros caca, c'est NO. Mais alors, les pédés? Et puis on m'en a dit du bien, on me l'a même réclamée, des filles fiables (je ne partageais pas leur lit) m'ont quasi juré qu'elles aimaient ça
Mais ne se seraient-elles pas senti humiliées, sinon, de se la laisser imposer? Part de l'autosuggestion?? Perpetuum mobile.
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