eBay pour les Nuls
Le fourre-tout halluciné que constitue ce blog manque un peu de "vie pratique", ce qui n'est guère étonnant : tu auras remarqué, lecteur fidèle (mieux vaut ne pas user du pluriel!), que je n'y suis pas grand clerc. Pourtant, revenant à eBay le temps d'un cadeau d'anniversaire pour mon neveu, il me prend envie de donner quelques conseils aux débutants acheteurs, s'entend : à ce jour je n'ai jamais rien vendu, et je ne songe pas à m'y mettre.
Votre première appréhension sera sans doute celle du vol pur et simple : d'envoyer vos sous, et de ne rien recevoir en échange. Là je m'empresse de vous rassurer : quelques colis ne me sont pas parvenus, du fait de la poste : certaines villes à cet égard sont franchement sinistrées. Mais si vous habitez une campagne où les facteurs persistent à faire leur boulot, et où les loubards négligent la tournée des boîtes aux lettres, vous n'enregistrerez pas plus d'une perte sur cent paiements : j'ai été obligé de donner comme adresse de livraison celle de mes parents, qui habitent un trou, mais ils ont tout reçu. Il est vrai que je n'emplettais quasi que des bouquins : se peut que les libraires, pros ou amateurs, soient moins voleurs que la moyenne des commerçants, je n'en sais rien. On voit, çà et là, un vendeur mettre la clef sous la porte, parfois après des kilomètres d'appréciations positives, et toucher une vingtaine de chèques sans rien envoyer. Mais le phénomène est marginal.
Ce n'est pas à dire que l'honnêteté coule à pleins bords : si le franc vol est rare, diverses arnaques sont des plus répandues : la surfacturation des frais de port, fort agaçante quand l'objet est peu onéreux (de toute façon, c'est folie d'acheter un livre de poche sur eBay); les descriptions et photos trompeuses : vous croyez vous offrir du quasi-neuf, et recevez une loque; surtout, la fausse enchère, contre laquelle il importe de se prémunir. Selon le règlement, on n'a pas le droit d'enchérir dans ses propres ventes; mais attendu qu'eBay n'exerce aucun contrôle sur les nouveaux venus, ne vérifie pas les adresses, etc, un bon tiers des vendeurs s'inscrit sous des pseudos divers, pour pousser artificiellement les prix. La plupart sont aisés à repérer : allez voir la liste des enchérisseurs; notez les pseudos suspects; cliquez "recherche approfondie", puis "par enchérisseur/acheteur" : tapez le nom, et bien souvent vous constaterez que "zizipanpan" n'achète ou n'essaie d'acheter (il ne remporte le marché qu'en cas d'échec de la manuvre) QUE chez "turlututu" : "grand copain" ou prête-nom, de toute façon ça pue l'entourloupe à plein nez : à vous de voir alors comment traiter le problème. Moi, je m'esbigne lâchement; loisible au "bon citoyen" de dénoncer l'escroc, ou (je préfère) de prévenir les pigeons déjà pris dans la nasse; entre les deux, toutes les nuances d'engueulade, voire de pression, de menace, de chantage : à condition de faire taire tout scrupule, on peut sans doute obtenir de la sorte pas mal de marchandise gratuite. Mais dites-vous bien que ces pauvres tricheurs ont des excuses : ça fait quand même gros cur de voir partir des trésors pour deux balles; et d'autre part, que vous pincerez difficilement les plus malins, qui usent aussi de leur second pseudo pour acheter vraiment, ou organisent à six, huit, dix, des gonflettes circulaires : zizipanpan enchérit chez turlututu, qui rend la politesse à jambondebayonne, etc, avec moult variations : soyez donc vigilants, essayez d'explorer le réseau, surtout si vous avez plus de temps que d'argent à perdre, et pas une notion très exacte du prix réel de l'objet convoité. Du reste, le seul signe vraiment sûr que vous avez fait une affaire, c'est qu'elle ne se finalise pas : le vendeur dépité argue de frais de port imprévus, ou simplement ne répond pas à vos relances : ça m'est arrivé cinq ou six fois.
N'arnaquer qu'un gogo, ce serait du petit boulot, et normalement, le tableau des "évaluations" devrait vous donner une idée juste du profil du vendeur : ce serait le cas si lui était obligé de VOUS évaluer au reçu du paiement. Certains le font. Mais la majorité (et la quasi-totalité des indélicats) préfère attendre d'avoir reçu l'évaluation de l'acheteur pour renvoyer l'ascenseur, et s'ils écopent du négatif, ils vous renverront systématiquement du négatif. Signalez-vous que vous avez attendu un mois un disque rayé, et que les frais de port ont été multipliés par deux? La canaille vous rétorquera en majuscules bien voyantes un truc dans ce goût : "MALHONNÊTE ET DÉSAGRÉABLE : À FUIR!" J'ai même vu une conne qui traitait systématiquement de "vichystes" ses chalands mécontents! "Qu'importe?" vous direz-vous peut-être; mais la preuve qu'il n'importe pas si peu à la plupart des gens, c'est qu'ils se déballonnent, taisent leurs griefs, et qu'une parfaite fripouille peut arborer un profil positif à 99,9%. Dites-vous bien qu'il n'y a AUCUNE régulation, sauf celle des tribunaux, auxquels la France-d'en-bas ne recourt pas volontiers, surtout pour de pareilles broutilles : au mieux, la direction d'eBay annule avec l'accord des intéressés les DEUX appréciations, la justifiée et la rétorsive. Méfiance donc, et sachez lire les recoins des évals vertes : "Un peu long, mais"
"Un peu déçu, mais"
Maisfiance!
Il est un lascar dont il faut se méfier plus encore peut-être que du vendeur : c'est vous-même. Combien de Pléiades j'ai vus partir plus chers que neufs à la librairie du coin! On n'y croit pas, et c'est pourtant authentique : la vente se présente comme une COMPÉTITION, et dans la rage de l'emporter, on oublie souvent l'objectif initial et basique : faire des éconocroques. Certes il est des objets qu'on ne trouve plus dans les boutiques, et dans ce cas seuls font loi votre désir et vos ressources. Mais même alors, interrogez-vous d'emblée sur le maximum que vous êtes prêt à y mettre, et ne vous laissez pas entraîner à la surenchère par un "compétiteur" qui, voir plus haut, n'est bien souvent que le vendeur masqué.
Il y a une règle simple à respecter pour vous retenir sur la voie de la dilapidation : N'ENCHÉRISSEZ QU'À LA DERNIÈRE MINUTE. Rangez le machin convoité dans vos "affaires à suivre", prenez tout le temps d'étudier les entubages possibles et les stratégies ou compulsions habituelles de vos rivaux (toujours "recherche approfondie"), mais ne pointez pas votre nez avant le moment crucial : certes, vous n'êtes pas sûr de l'acquisition, et il existe un léger risque que votre ordi ou eBay se plante à ce moment précis : ça m'est arrivé, et je ne vous dis pas les rugissements! Mais je vous garantis que vous casquerez presque deux fois moins. Balancez fermement VOTRE prix, s'il n'est pas dépassé : au moins vous ne serez pas grignoté roupie à roupie par les petits joueurs. En outre, en ne paraissant pas, vous aurez endormi la concurrence, qui ignore que vous êtes sur le coup, et ne peut étudier vos habitudes d'achat. J'ai repéré un rigolo il y a deux ans qui enchérissait systématiquement à virgule cinquante six ou quatre-vingt-cinq : quelle jouissance divine de lui souffler in extremis le truc d'un centime! En général les enchères démarrent très bas, eBay prenant un pourcentage sur les prix initiaux : si vous balancez vos cinquante balles zéro deux dès le début, il y a chance non seulement qu'ils soient dépassés, mais surtout que vous en lâchiez 49 au lieu de 10 pour la saloperie de vos rêves! Croyez-moi, même si vous ne comprenez pas tout : l'essayer, c'est l'adopter.
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