Wie Crottidienne 6 : Couveuse en panne
Le "Meilleur des romans" prétendait entraîner son lecteur dans les coulisses de la création, et extraire sous ses yeux la fiction du réel et des limbes : un échec, il a tourné au journal intime, ou n'a su en décoller, et voilà deux ans que, tronqué au 540761ème caractère, il gît au cimetière des éléphants avortés, pour l'éternité probablement. N'empêche que sa page 1, que je vous coupe/colle là, juste à côté, donne un aperçu du problème : comment croire encore en soi, et plus fort que jamais, quand on n'a réussi à finir que des trucs ni faits ni à faire, ou à tout le moins, très inférieurs aux ambitions qui en animèrent la rédaction? Je me paie ma propre tête, mais sans la conviction que nous sommes des foules à nous croire (ou à nous espérer) porteurs de La Recherche ou des Frères Karamazov des trente ans à venir, je n'étalerais pas ce fantasme : ce qui n'intéresse que moi ne m'intéresse pas moi-même, et JE ne me séduit que d'être aussi un TU un tu tu, un tu qui se tait.
L'ennui, c'est qu'à moins d'être fou, ou simplement con, il est difficile de garder un pareil cap contre vents et marées : vent de l'indifférence, de la gouaille, des proches ou des lointains; marées, surtout, de l'insatisfaction permanente devant le produit fini ou in progress, et de l'évidence qu'aucun des travaux en cours de stagnation n'a chance de devenir LE chef-d'uvre que nous attendons tous sans le savoir. Clic, Bureau virtuel de la Masturbation Plumitive, millième étage sans ascenseur : section "Inachevé", pas un, pas deux, VINGT-HUIT bouquins de longue haleine, car encore n'appelé-je pas la section "texticules", il faudrait multiplier le chiffre par cinq. Sur les XXVIII, une majorité de macchabées presque sans espoir de résurrection, comme le "Meilleur des romans" cité ci-dessus. La plupart, du reste, ne frimons pas, piétinent en deçà des 100000 caractères. Le qui-compte à peu près frais nous ramène à cinq unités, sans les recueils de nouvelles : par ordre chronologique, 1) "Dépôt de bilan", une autobiographie amoureuse (619745) bien enlevée par endroits, mais qui s'est enlisée dans les documents (bafouilles, journal intime), et surtout dans un revoir de l'Être Sublime qui l'avait inspirée
sublime comme vous et moi, peut-être même moins encore, car quelle conne! "Ne LA revoyez jamais!" Des mots à crier sous le couperet
J'espérais éclaircir les énigmes du passé, mais c'est un désir qui défaille et meurt avec l'amour, et la DISTINCTION non plus ne lui survit pas : les autres avaient raison, l'unique, c'était n'importe qui : de quoi doucher le feu sacré. 2) un roman intitulé "Tu meurs" (184368) dont le zéros apprend de sa dentiste qu'il a un cancer de la langue : que faire des derniers jours? Bonne question, mais la réponse ne vient pas ("s'inscrire à Over-blog", hi hi). 3) un autre roman, par courriels, intitulé (provisoirement) "Amputation" (127212) : un fêlé qui me ressemble comme un frère écrit à diverses femmes qu'il vient de se faire couper une guibolle après un accident de la route, et l'on apprend successivement primo que c'est même pas vrai, secundo que ces femmes n'existent pas (en fait elles ont existé, mais mon prétendu unijambisme ne leur a pas fait un bouton : j'ai échoué à faire pousser cette fleur de bargerie sur le terreau du réel, mais très bien réussi à me brouiller avec quatre nanas d'un coup); 4) Un polar sans titre, mettant en scène, vieilli, l'inspecteur Buû, à présent lieutenant sans avoir pris de galon, dont j'ai mené à mal par le passé VIII aventures, dont quatre tirées à 2000, et une, la plus subversive, sombrée dans le naufrage de mon disque dur : 111297 seulement, sans joie ni élan, les autres n'ayant pas percé : pour l'heure mon flic anar, depuis le mois de janvier, baigne ses hémorroïdes (c'est pas autobio!!) dans une décoction composée selon la recette de Mességué : "une poignée de fleurs d'achillée mille-feuilles, une poignée de racines et de feuilles de chardon-Marie, une poignée de racines de chiendent, et une poignée de fleurs de lavande, pour deux litres d'eau" : plaignez-vous! Voilà un renseignement utile! 5) enfin, un roman polyphonique, "Pension Queval" (264770, plus qu'hier
et moins que demain, je persiste à l'espérer), lequel relate les perturbations apportées par l'arrivée d'une étrange jeune mère et de son poupon chez une poignée d'individus qui taquinent tous l'écritoire et donnent des faits des versions
divergentes? Pas tant que ça, et c'est ce qui me désole. Il me semble que je n'arrive pas à sortir de moi sans faire faux, outré, ridicule. Voyez un peu comment s'exprime le jeune Julien Q. :
"Qu'on n'apprenne rien du tout au cély, c'est tout de même très exagéré. Il y a plein de trucs qui se promènent dans ma cervelle, et que j'ai acquis là. Bien sûr, le déchet est himalayesque, j'en connais peu qui suivent un cours jusqu'au bout, et aucun la journée entière : il faudrait être un surhomme, et un surhomme trouverait, je l'espère pour lui, d'autres territoires pour exercer ses facultés. Si on se borne à évaluer le rendement de la partie "cours", c'est la faillite. Et le plus marrant, c'est que sur le long terme, les cours "brillants", oui, ça existe, j'en ai rencontré, sont aussi peu rentables que les autres, et peut-être moins! En condse j'ai eu un prof d'éco qui captivait ses auditoires, non seulement on ne bavardait pas, mais je n'ai jamais vu personne réviser une interro, même imminente, pendant qu'il parlait. Il faisait du décibel, affaire entendue, mais pas seulement. Eh bien! J'ai essayé l'autre jour de me résumer ce qu'il m'avait appris, et je ne me suis souvenu de RIEN que de deux ou trois vannes, même pas bonnes, et d'incidents nuls, comme le jour où des esclaves étaient venus enlever les panneaux d'affichage. Alors que ce keum, si on a continué éco, pour la plupart, c'était pour l'avoir, mais il s'est barré, et à sa place on a touché une brisouillecque à peu près aussi efficace! Tout ce qu'on doit aux profs, c'est d'être obligés de potasser sous la menace des notes. D'ailleurs la plupart d'entre eux s'en rendent compte, ils sont moins oncs qu'ils n'en ont l'air, et s'ils ne se savaient pas inutiles, ils seraient moins chatouilleux. La scoule de demain, c'est tout le monde devant son ordi, et un mail de recours pour poser ses questions quand on n'aura pas pigé. Comme ça signifie chômedu pour les neuf dixièmes, on comprend qu'ils s'énervent, les pauvres kébis.
Mais moi, opinion perso, je crois qu'on y perdra : parce que l'école, c'est surtout les récrés, la sortie, le small talk entre potes, les heures séchées, les conneries. Que ça reste toute la vie, bon, je suis un peu jeune pour l'affirmer, à moins de claquer demain, ha ha, mais ce que je peux dire, c'est que si je fais une tite visite astrale à mon année de sixième, par exemple, j'ai oublié la moitié des tordus qui sévissaient dans telle ou telle matière plus ou moins fécale, mais je me souviens de tous mes copains, et tout ce qui importe un peu dans ce qui surnage, c'est d'eux que je le tiens. Quel cours d'éducachion sexuelle fera jamais le poids face à une séance de touche-quéquette? Et l'émotion que vous donne une lettre d'amour même pleine de teufs, mais qui s'adresse à vous, le quinbou n'est pas encore écrit qui me procurera la même."
Curieux, je relis en collant, et ça me parait à la fois faux à crier, et très proche de mon style ICI! Gargl! Le paladin du voir-dit! Mais c'est MOI qui suis factice jusqu'au trognon! Allons poursuivre hors-micro cette méditation suicidaire.
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