L'ultime requête

Publié le par Ab'alone

Lucas et Daubord, 40 ans à deux, ont été condamnés à mort pour l'assassinat crapuleux d'un couple de vieillards. Sur leur demande expresse, leur avocat leur apprend que la grâce présidentielle est refusée, et l'exécution imminente. Ils manifestent l'intention de passer éveillés tout le temps qu'il leur reste à vivre, et Lucas informe le proc de leur dernier souhait : celui de disposer jusqu'à l'heure fatidique… d'une femme, une pour deux, ça fera. "Si vous êtes un bon père de famille, vous nous comprendrez, et ne nous refuserez pas cette ultime faveur. […] Une femme, peu importe ce que cela coûtera. Nous pouvons payer." Sa lettre restant sans réponse, il reprend la plume, et ne supplie plus, mais exige. "Il y a bien assez de bordels à Châteauroux pour ça!" beugle-t-il à ses gardiens. Selon Boudard, Landru avait émis un desideratum semblable – et combien d'autres qui n'ont pas osé, ou dont les requêtes ne sont pas parvenues à la postérité! La presse locale commente : "Pas un seul moment, au moment de payer de leur existence le geste criminel ayant coûté la vie à deux vieillards, ces jeunes assassins ne songent à demander pardon de leur forfait. Leur pensée, à cet instant, ne va point vers ceux qui les avaient élevés et pleurent sur un être chéri les déshonorant. Lucas et Daubord ne pensent qu’au plaisir, à la satisfaction de leurs sens – à tout ce qui les a peu à peu conduits au crime!"… etc, etc. Et, toujours, la question : moi, à qui ces deux salauds semblent si authentiques, si NATURELS, et mensongères les homélies, les "Condamnez-les au remords!", est-ce votre vérité à tous que je trouve en moi au rebours des discours autorisés, ou suis-je un simple assassin potentiel?
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Publié dans Flirt avec le crime

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A
Cette "culture judéo-chrétienne", sur laquelle les néo-épicuriens et autres hédonistes ne cessent de s'aiguiser les quenottes n'est qu'une FAÇADE : la seule vraie morale de notre temps est nietzschéenne : t'en as beaucoup rencontré, toi, des malfrats dotés de remords? Quand on se fait pincer et qu'on chope de la prison, oui, on peut placer sa peine sur Dieu et Cie. Autrement, je doute un peu que les pires crimes empêchent qui que ce soit de dormir : les gens se rongent, oui, mais pas de commettre l'injustice : de la SUBIR. Non de se sentir COUPABLES, mais de se sentir MINABLES. SI c'est leur vérité que je trouve en moi, et c'est pas garanti.
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C
D’après moi, c’est une transpiration de plus, de la culture judéo chrétienne du repentir, du pardon et du non-plaisir. Le remord n’est pas incontournable pour qui parvient à s’affranchir de ces dictats (qui arrivent néanmoins infiltrer le code pénal et le code civil).
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