Prophéties de Nostradamus
IX, 20
"De nuict viendra par la forêt de Reines (3),
Deux pars voltorte Herne la pierre blanche
Le moine (7) noir (8) et gris dedans Varennes
Esleu cap (9) cause tempête, feu, sang, tranche."
Vous trouvez ça obscur? Meu non! Voir note 3 : "Toutes les éditions anciennes mentionnent REINES. On peut donc penser qu'il s'agit soit d'une faute de typographie, soit d'une modification apportée par Nostradamus pour les besoins de la rime. La forêt de Reims se trouve avant Varennes et fut traversée par le carrosse royal." Note 7 : "Du grec monos, seul, unique. À rapprocher de VI-63. "L'unic éteint." mais aussi reprise de l'idée du roi-moine." Note 8 : "Noirs : le nom de noirs fut donné aux aristocrates tant par analogie que parce que beaucoup d'entre eux portaient le costume ecclésiastique". Et 9 : "Cap, magnifique jeu de mots, raccourci par lequel Nostradamus laisse le choix entre caput : la tête en latin, et l'abréviation de Capet". D'où "traduction" : "Il arrivera de nuit par la forêt de Reims, torturé entre deux parties [sic, prob. "partis"] dans sa volonté de bigot de la monarchie, le moine noble (en livrée) grise à Varennes. La tête de Capet mise aux voix engendre la tempête, la guerre, l'effusion de sang, la guillotine."
Et v'là le travail! Notez qu'on pourrait être troublé à l'extrême rigueur si les "Centuries" faisaient le moindre semblant de suivre l'ordre chronologique. Mais il n'en est rien : il faut pêcher dans tous les coins pour refaire l'histoire. Ici, quelles ablettes? Des interprétations incroyablement tiraillées, autour d'UN MOT, un nom propre : "Varennes". Toponyme rare s'il en fut : on en trouve 28 dans le Code Postal! Faites la simple expérience de remplacer "Varennes" par "Uruffe", et vous serez surpris d'à quel point ça colle mieux. Pas besoin de faire du "moine" un "monarque bigot"!
Et ne croyez pas que je m'attaque aux faiblesses : ce quatrain est tenu pour un des plus probants. Moins toutefois que cet autre :
I, 35
Le Lyon jeune le vieux surmontera,
En champ bellique par singulier duelle,
Dans cage d'or les yeux lui crèvera,
deux classes (3) une puis mourir mort cruelle.
Note 3 : "Latin classis, armée, flotte, combat; classe depugnare : livrer un combat" : menterie pure. "Classis" signifie classe, division, armée, flotte, jamais combat. "Depugnare", c'est combattre jusqu'au bout, à mort : "classe", par la flotte, c'est-à-dire sur mer. Mais passons. Ce quatrain UNIQUE a fait la fortune du charlatan, du fait que, publié en 1555, il a paru (après coup, naturellement) prédire la mort d'Henri II, toute proche (10 juillet 1559) : la lance de son adversaire, brisée lors d'une joute, lui étant entrée dans l'il. De quoi impressionner Catherine de Médicis; mais un coup de pot sur 4772 vers abscons, que le manche qui n'en fait pas autant lève le doigt! Et QUEL coup de pot? Il se résume au rapprochement du "duel singulier" (en champ bellique, ça va de soi) et des "yeux crevés" : peu importe que M. de Montgomery fût plus ou moins âgé que le roi, d'autant que le vers peut présenter deux sens contraires, selon qu'on prend "jeune" ou "vieux" pour sujet (technique éprouvée depuis la Pythie de Delphes : "Credo Carthaginienses Romanos victuros esse") : ce qui est clair, c'est qu'ils ne sont "lions" l'un et l'autre qu'au prix de pénibles contorsions; "mourir mort cruelle", ma foi, comme dit Villon, "Quiconque meurt meurt à douleur"; quant à la "cage d'or", on veut qu'elle figure le heaume : oké, après le fait. Mais si en 1558 vous vous servez de ce quatrain pour prédire l'avenir, qu'en tirerez-vous, qu'un lion en cage à qui l'on crève non point l'il, mais LES yeux? Allégorie tout au plus d'un homme incarcéré dans une fillette façon Louis XI
Voilà le meilleur! Pour le pire, extrême est l'embarras du choix; et point ne suis assez décérébré encore pour avoir lu tout ce fatras. Au hasard :
III, 50 :
La république de la grande cité,
À grand rigueur ne voudra consentir :
Roy sortir hors par trompette cité,
L'eschelle au mur, la cité repentir.
Vous n'y êtes pas? Vous ne savez donc pas lire? Traduction : "La république de Paris ne voudra pas consentir à l'austérité nécessaire; le chef du gouvernement sortira avec éclat de la ville qui sera assiégée et qui s'en repentira." D'où le titre : "LE DÉPART EN BALLON DE GAMBETTA - 1870. LE SIÈGE DE PARIS. LA CAPITULATION". Bon sang, mais c'est bien sûr!
Une autre? III, 47
Le vieux monarque déchassé de son règne
Aux Orients son secours ira querre :
Pour peur des croix ployera son enseigne
En Mitylène ira par port et par terre.
Vous séchez? Voyez note : "Mitylène" n'est point, comme on croirait, la ville bien connue de l'île de Lesbos, dans l'archipel grec : "Latin : mitylus", moule, coquillage. La principale activité de l'île d'Yeu est la mityliculture"; quant au "port", "Nostradamus nous laisse le choix entre le Portalet et Port-Joinville où débarquera le maréchal Pétain." Titre, donc : "LA CHUTE DE L'ÉTAT FRANÇAIS - 1944. LE DÉPART DE PÉTAIN À SIEGMARINGEN. PÉTAIN À L'ÎLE D'YEU - 1945".
Sicissime, et assez ri, le temps de l'angoisse est venu. L'auteur des 573 pages de "Nostradamus historien et prophète" (éd. du Rocher), Jean-Charles de Fontbrune, a consacré vingt ans de sa vie au "décryptage" de la moitié des centuries; 44 si l'on ajoute les années qu'y a passées son père. Dans l'art de perdre son temps, me voilà bleu de trouver mes maîtres. Qu'est-ce qui peut donc se passer dans ces cervelles? J'avoue que j'en suis effrayé. Impossible de PROUVER qu'ils errent à de pareils êtres, pas plus qu'à la midinette tout éberluée que Mme la Voyante lui ait prédit qu'elle allait rencontrer l'homme de sa vie dans le courant du mois : il faudrait mettre en pourcentages tout le possible, et d'ailleurs sans la moindre chance de convaincre ces malheureux ou ces béats.
Ledit Fontbrune promet un second volume sur les centuries encore inélucidées; j'aimerais savoir s'il a osé. Car celui-ci date de 1980, et ne craint pas d'entasser 200 pages sur les 20 dernières années du siècle : un ébouriffant tissu de banalités guerrières démenties par les faits, ce ne sont qu'invasions soviéto-musulmanes ou chinoises, destruction de Paris, "retour" des rois de France (Nostradamus n'a pas imaginé un instant que la royauté pouvait périr) pour finir par une victoire MILITAIRE de l'Antéchrist. Il y a sept ans à peine, vous ne vous rappelez pas? Pour une fois que la datation est précise :
X-72
L'an mil neuf cent nonante neuf sept mois
Du ciel viendra un grand Roy d'effrayeur
Ressusciter le grand Roy d'Angoulmois
Avant après Mars regner par bonheur.
Gasp! Le Pen aurait-il pris le pouvoir en douce? Nous aurait-on CACHÉ DES CHOSES? Ça, je serais prêt à le croire
Comment se portent les prophètes plantés? Fontbrune se bornait à l'exégèse, et il lui serait loisible à présent d'accorder qu'il avait mal lu, et de trouver ici ou là Bush (7 novembre 2000 : un "grand roi d'effrayeur" tout à fait plausible, sorti des nuages épais des décomptes), le 11 septembre, la guerre du Golfe et le choc pétrolier. Mais l'évidence d'avoir déconné n'a pas fait taire Paco Rabanne. Les réflexions finales des délectables "Confessions d'un barjo", de Dick, ne sont pas données à tout le monde : "Non seulement Charley Hume n'était pas revenu à la vie, mais la fin du monde ne s'était pas produite, et je me rendis compte que Charley, il y avait bien longtemps, avait eu raison à mon sujet, en affirmant que j'étais le roi des cons." Dans la vie, hélas, il n'est pas fréquent de se retrouver au lendemain d'une fin du monde foirée, confronté à choisir entre la résipiscence et la perte de tout contact avec le réel. En général, il reste du jeu, et les 20, 30, 50 ans écoulés vous poussent à dérailler encore. Et le pire, c'est que s'opiniâtrer constitue la seule chance non seulement de donner un sens à son existence mais encore d'avoir eu raison.
"De nuict viendra par la forêt de Reines (3),
Deux pars voltorte Herne la pierre blanche
Le moine (7) noir (8) et gris dedans Varennes
Esleu cap (9) cause tempête, feu, sang, tranche."
Vous trouvez ça obscur? Meu non! Voir note 3 : "Toutes les éditions anciennes mentionnent REINES. On peut donc penser qu'il s'agit soit d'une faute de typographie, soit d'une modification apportée par Nostradamus pour les besoins de la rime. La forêt de Reims se trouve avant Varennes et fut traversée par le carrosse royal." Note 7 : "Du grec monos, seul, unique. À rapprocher de VI-63. "L'unic éteint." mais aussi reprise de l'idée du roi-moine." Note 8 : "Noirs : le nom de noirs fut donné aux aristocrates tant par analogie que parce que beaucoup d'entre eux portaient le costume ecclésiastique". Et 9 : "Cap, magnifique jeu de mots, raccourci par lequel Nostradamus laisse le choix entre caput : la tête en latin, et l'abréviation de Capet". D'où "traduction" : "Il arrivera de nuit par la forêt de Reims, torturé entre deux parties [sic, prob. "partis"] dans sa volonté de bigot de la monarchie, le moine noble (en livrée) grise à Varennes. La tête de Capet mise aux voix engendre la tempête, la guerre, l'effusion de sang, la guillotine."
Et v'là le travail! Notez qu'on pourrait être troublé à l'extrême rigueur si les "Centuries" faisaient le moindre semblant de suivre l'ordre chronologique. Mais il n'en est rien : il faut pêcher dans tous les coins pour refaire l'histoire. Ici, quelles ablettes? Des interprétations incroyablement tiraillées, autour d'UN MOT, un nom propre : "Varennes". Toponyme rare s'il en fut : on en trouve 28 dans le Code Postal! Faites la simple expérience de remplacer "Varennes" par "Uruffe", et vous serez surpris d'à quel point ça colle mieux. Pas besoin de faire du "moine" un "monarque bigot"!
Et ne croyez pas que je m'attaque aux faiblesses : ce quatrain est tenu pour un des plus probants. Moins toutefois que cet autre :
I, 35
Le Lyon jeune le vieux surmontera,
En champ bellique par singulier duelle,
Dans cage d'or les yeux lui crèvera,
deux classes (3) une puis mourir mort cruelle.
Note 3 : "Latin classis, armée, flotte, combat; classe depugnare : livrer un combat" : menterie pure. "Classis" signifie classe, division, armée, flotte, jamais combat. "Depugnare", c'est combattre jusqu'au bout, à mort : "classe", par la flotte, c'est-à-dire sur mer. Mais passons. Ce quatrain UNIQUE a fait la fortune du charlatan, du fait que, publié en 1555, il a paru (après coup, naturellement) prédire la mort d'Henri II, toute proche (10 juillet 1559) : la lance de son adversaire, brisée lors d'une joute, lui étant entrée dans l'il. De quoi impressionner Catherine de Médicis; mais un coup de pot sur 4772 vers abscons, que le manche qui n'en fait pas autant lève le doigt! Et QUEL coup de pot? Il se résume au rapprochement du "duel singulier" (en champ bellique, ça va de soi) et des "yeux crevés" : peu importe que M. de Montgomery fût plus ou moins âgé que le roi, d'autant que le vers peut présenter deux sens contraires, selon qu'on prend "jeune" ou "vieux" pour sujet (technique éprouvée depuis la Pythie de Delphes : "Credo Carthaginienses Romanos victuros esse") : ce qui est clair, c'est qu'ils ne sont "lions" l'un et l'autre qu'au prix de pénibles contorsions; "mourir mort cruelle", ma foi, comme dit Villon, "Quiconque meurt meurt à douleur"; quant à la "cage d'or", on veut qu'elle figure le heaume : oké, après le fait. Mais si en 1558 vous vous servez de ce quatrain pour prédire l'avenir, qu'en tirerez-vous, qu'un lion en cage à qui l'on crève non point l'il, mais LES yeux? Allégorie tout au plus d'un homme incarcéré dans une fillette façon Louis XI
Voilà le meilleur! Pour le pire, extrême est l'embarras du choix; et point ne suis assez décérébré encore pour avoir lu tout ce fatras. Au hasard :
III, 50 :
La république de la grande cité,
À grand rigueur ne voudra consentir :
Roy sortir hors par trompette cité,
L'eschelle au mur, la cité repentir.
Vous n'y êtes pas? Vous ne savez donc pas lire? Traduction : "La république de Paris ne voudra pas consentir à l'austérité nécessaire; le chef du gouvernement sortira avec éclat de la ville qui sera assiégée et qui s'en repentira." D'où le titre : "LE DÉPART EN BALLON DE GAMBETTA - 1870. LE SIÈGE DE PARIS. LA CAPITULATION". Bon sang, mais c'est bien sûr!
Une autre? III, 47
Le vieux monarque déchassé de son règne
Aux Orients son secours ira querre :
Pour peur des croix ployera son enseigne
En Mitylène ira par port et par terre.
Vous séchez? Voyez note : "Mitylène" n'est point, comme on croirait, la ville bien connue de l'île de Lesbos, dans l'archipel grec : "Latin : mitylus", moule, coquillage. La principale activité de l'île d'Yeu est la mityliculture"; quant au "port", "Nostradamus nous laisse le choix entre le Portalet et Port-Joinville où débarquera le maréchal Pétain." Titre, donc : "LA CHUTE DE L'ÉTAT FRANÇAIS - 1944. LE DÉPART DE PÉTAIN À SIEGMARINGEN. PÉTAIN À L'ÎLE D'YEU - 1945".
Sicissime, et assez ri, le temps de l'angoisse est venu. L'auteur des 573 pages de "Nostradamus historien et prophète" (éd. du Rocher), Jean-Charles de Fontbrune, a consacré vingt ans de sa vie au "décryptage" de la moitié des centuries; 44 si l'on ajoute les années qu'y a passées son père. Dans l'art de perdre son temps, me voilà bleu de trouver mes maîtres. Qu'est-ce qui peut donc se passer dans ces cervelles? J'avoue que j'en suis effrayé. Impossible de PROUVER qu'ils errent à de pareils êtres, pas plus qu'à la midinette tout éberluée que Mme la Voyante lui ait prédit qu'elle allait rencontrer l'homme de sa vie dans le courant du mois : il faudrait mettre en pourcentages tout le possible, et d'ailleurs sans la moindre chance de convaincre ces malheureux ou ces béats.
Ledit Fontbrune promet un second volume sur les centuries encore inélucidées; j'aimerais savoir s'il a osé. Car celui-ci date de 1980, et ne craint pas d'entasser 200 pages sur les 20 dernières années du siècle : un ébouriffant tissu de banalités guerrières démenties par les faits, ce ne sont qu'invasions soviéto-musulmanes ou chinoises, destruction de Paris, "retour" des rois de France (Nostradamus n'a pas imaginé un instant que la royauté pouvait périr) pour finir par une victoire MILITAIRE de l'Antéchrist. Il y a sept ans à peine, vous ne vous rappelez pas? Pour une fois que la datation est précise :
X-72
L'an mil neuf cent nonante neuf sept mois
Du ciel viendra un grand Roy d'effrayeur
Ressusciter le grand Roy d'Angoulmois
Avant après Mars regner par bonheur.
Gasp! Le Pen aurait-il pris le pouvoir en douce? Nous aurait-on CACHÉ DES CHOSES? Ça, je serais prêt à le croire
Comment se portent les prophètes plantés? Fontbrune se bornait à l'exégèse, et il lui serait loisible à présent d'accorder qu'il avait mal lu, et de trouver ici ou là Bush (7 novembre 2000 : un "grand roi d'effrayeur" tout à fait plausible, sorti des nuages épais des décomptes), le 11 septembre, la guerre du Golfe et le choc pétrolier. Mais l'évidence d'avoir déconné n'a pas fait taire Paco Rabanne. Les réflexions finales des délectables "Confessions d'un barjo", de Dick, ne sont pas données à tout le monde : "Non seulement Charley Hume n'était pas revenu à la vie, mais la fin du monde ne s'était pas produite, et je me rendis compte que Charley, il y avait bien longtemps, avait eu raison à mon sujet, en affirmant que j'étais le roi des cons." Dans la vie, hélas, il n'est pas fréquent de se retrouver au lendemain d'une fin du monde foirée, confronté à choisir entre la résipiscence et la perte de tout contact avec le réel. En général, il reste du jeu, et les 20, 30, 50 ans écoulés vous poussent à dérailler encore. Et le pire, c'est que s'opiniâtrer constitue la seule chance non seulement de donner un sens à son existence mais encore d'avoir eu raison.
Publicité