"Outrepas", journal 2002, de Renaud Camus

Publié le par Ab'alone

"Ce frisottis de notoriété, qui encore une fois n'a aucune importance quantitative réelle, suffit à me montrer quel enfant je fais, si tant est que ce soit bien sur le dos des enfants qu'il convient de mettre nos niaises vanités. Il n'est rien de plus doux à l'homme – ou seulement à l'"écrivain", cette figure sociale un peu ridicule? ou seulement à moi? ou seulement à un certain type d'hommes dont je dois bien constater, vexé, que j'en fais partie? – que de voir le monde s'occuper un peu de lui, prononcer son nom (ce nom que pourtant je déteste), s'agiter autour de sa figure, fût-elle fausse, ou très partielle, ainsi qu'elle l'est nécessairement. Je passe un temps idiot, sur internet, à aller voir cinq ou six fois par jour si je n'aurais pas reçu quelque lettre flatteuse […], si mes partisans et leurs adversaires, ou bien entre eux, continuent à se disputer gentiment sur "lire.renaud.camus.fr", si l'appareil qui enregistre la fréquentation de "vasseaux.brules" affiche bien plus de vert (ça monte) que de rouge (ça descend)"… et, plus loin : "Pourquoi faut-il que ce soit toujours de l'extérieur que nous attendions l'aune qui va nous servir à nous juger, à préciser notre valeur, et d'abord à nous la conférer? Pourquoi ne pouvons-nous pas la trouver en nous-même, cette aune?" La question me semble un peu naïve, c'est presque demander pourquoi l'on ne peut se nourrir de sa propre chair, mais je me sens un élan de sympathie extrême pour l'homme qui dénude avec une telle bonhomie ces faiblesses-là, qui se présente à nous désarmé : “Je n’exclus pas d’avoir tort en tout. Je suis peut-être complètement idiot, tout simplement : dépourvu du moindre talent, et ne comprenant rien à mon époque”… Je crois à la sincérité de ses doutes, et il a beau se faire constamment les dents sur "l'idéologie du sympa", c'est SYMPATHIQUE qu'il m'apparaît d'abord. Et puis intelligent, en tout cas plus que moi, et souvent d'une délectable liberté de style. Cultivé, aussi, peut-être trop? Ses sempiternelles visites de musées et de châteaux confidentiels, cette campagne française (ou suisse) distillée champ à champ (surtout si on l'a enlaidi d'un silo de béton), les quatuors qu'il écoute au volant, me gonflent passablement, et ce sont parfois des pages entières que je saute, non sans vergogne, car elles recèlent sûrement des formules savoureuses. Mais c'est que j'attends quelque perle de discours dissident; et je ne suis pas déçu, bien que sous ce rapport "Outrepas" (Journal 2002) charrie moins de matière que "K. 317", le journal de 2000 et de "l'affaire Camus", un lynchage médiatique dont les coulisses demeurent obscures pour qui n'est pas dans les secrets de l'élite Monde-aine et audiovisuelle. Elle s'est amputée depuis de quelques membres particulièrement gangrenés, lesquels, comme par hasard, étaient des plus virulents contre l'écrivain qui m'occupe; mais nous n'aurons pas son journal 2004 avant 2007, je présume… Patientons en repassant 2002, et dégustons, en contrepoint du "sursaut citoyen", une AUTRE version de certain deuxième tour : "Même en Tunisie, même au Gabon, même au sein des pires dictatures sud-américaines de la meilleure époque, on n'a jamais vu pareille disproportion entre les moyens offerts pour s'exprimer à chacun des candidats; ni semblable emphatique répudiation, de la part des journalistes, de toute espèce de prétention à l'objectivité." N'est-ce pas le moins qu'on puisse dire, et sans se rallier à Le Pen pour autant? "Il s'agit d'éviter la dictature, et ce sont les moyens des plus classiques dictatures qui sont convoqués à cette fin – avec un cynisme devant lequel plus d'une aurait reculé." Ne sommes-nous pas, tout de même, quelques-uns, à qui ces défilés de jeunesses ont "rappelé quelque chose"?
Le "parti de l'in-nocence" (attention au tiret, il y tient) qui a valu à R.C. bien des défections, et dont il reproduit dans ce Journal le ridicule programme (lequel s'est étoffé et aggravé depuis : voir son site) est à bien des égards encore plus réac que le F.N., et l'on reste bouche bée de voir un écrivain si fin s'assotir de la sorte quand il sort du cercle de ses compétences. Il trouve qu'il paie trop d'impôts, alors c'est simple : il les diminue. Pas plus de 33%! Et légifère en général sur tout ce qui lui déplaît, ratissant jusqu'à des queues de cerises comme le tutoiement entre profs et élèves… Tout, absolument tout, "était mieux autrefois" : moins de saleté, moins de violence, de belles villas au lieu d'immeubles hideux, un vocable "musique" qui signifiait la VRAIE, et pas Claude François; un peuple, surtout, qui avait de lui-même une conception ethnique, et répugnait au mélange… De quoi alimenter de délicieuses ou nauséabondes nostalgies. Mais, comme le lui écrit un de ses lecteurs, la nostalgie est sans valeur heuristique, et si croire à ladite valeur n'interdit pas, à mon avis (le lecteur en question pense le contraire – d'où brouille immédiate!), l'accès à la haute littérature, le thème de la décadence est d'un usage plutôt… fâcheux en politique. D'accord, c'est la merde et la jungle! Mais on n'en sortira pas par l'enseignement des langues anciennes! Il faut inventer des solutions nouvelles, et commencer par chasser du pouvoir ceux qui ont intérêt à ce que la merde perdure, ou qui s'en fichent complètement, préservés qu'ils en sont.
On a affecté de reprocher à Renaud Camus d'avoir prétendu que seul le de-souche pouvait pleinement participer de la culture française. Grief-paravent. Je suis persuadé que c'est en évoquant certains pourcentages qu'il a touché à la hache. Et comme je l'aime, d'oser y revenir!… timidement. "Ce rôle et cette place [des Juifs dans la société française], depuis un siècle ou deux, il est évident qu'il sont tout à fait exceptionnels, que ce soit dans le domaine politique, économique, intellectuel, artistique ou médiatique; et serait-ce seulement parce qu'ils sont sans proportion avec l'importance numérique des juifs dans la communauté nationale (et dans de nombreuses autres) : ce qui est tout à fait à l'honneur des juifs et de leur intelligence." Sans rire? 1% de la population occupe, estimation discrète, dans les 40 ou 50% du journalisme, c'est-à-dire du pouvoir le plus solide de notre temps, après celui du pognon : "C'est normal, ils sont plus intelligents"? Je suppose qu'il faut être con, aigri et abject pour trouver cette explication… raciste.
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R
Vous demandez le rétablissement du numerus clausus?
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A
À mon tour d'être déçu : c'est à un pastiche de Jean Daniel, que vous vous exercez là? Je ne DEMANDE rien (à qui donc?), mais DÉPLORE la discrimination ("positive", et parfaitement négative pour les exclus) et surtout qu'elle se dissimule derrière une prétendue méritocratie. Quand vous êtes embauché ou publié non pcq vous êtes bon, mais pcq juif, corse, corrézien, homo, etc, primo le niveau baisse , et secundo c'est un menteur de plus à la tribune, car il a d'abord ce passe-droit à cacher.<br />