Tous des pédés sauf moi

Publié le par Ab'alone

Qui ne connaît cette vieille blague nulle? "Y a ceux qui chantent sous la douche, et ceux qui se masturbent. Qu'est-ce que tu chantes, toi? – Rien. – Hé hé." Il fut un temps, pas si éloigné, où il semblait presque naturel de diviser les hommes en deux sous-espèces, pas une de plus : pédés de l'active et pédés refoulés, ou sublimés. Où les deux grandes passions de ma vie, notamment, pour la pédagogie et pour l'écriture, s'expliquaient l'une et l'autre par le désir secret d'être connu – au sens biblique du terme. J'avoue, la honte au front, que j'ai suivi dix ans cette piste, non pas en cherchant un contact physique qui me répugnait inexprimablement, mais en tire-bouchonnant l'introspection jusqu'à épuisement des évidences. C'est simpliste et grossier, soit, mais si l'écriture ou l'enseignement ne sont que substituts de l'homosexualité passive, comment se fait-il qu'on puisse à la fois écrire, enseigner ET se faire enculer? Il y a là quelque chose qui m'échappait, mais ne m'arrêtait point, séduit que j'étais par cette recherche de "ma vérité" du côté de ce qui me dégoûtait le plus – tout dégoût étant supposé dégoût d'un désir. Sans doute que ça m'arrangeait quelque part de découvrir que les filles qui me tenaient pour inconsommable et se fichaient de moi, "au fond", ne m'intéressaient pas tant que ça, qu'elles n'étaient qu'apparence et reflets sur l'eau, que mon délaissement avait MON manque d'appétit pour origine, et que veillaient sous la vase de glauques désirs inassouvissables, celui du Père, d'un éléphant de mer, d'une Mère phallique, ou d'être haché menu par un gros meuchant.
Va savoir. Je ne suis pas tout à fait débarrassé de ce soupçon que la sexualité "officielle", mettons, fantasmes même compris (ceux de la veille, s'entend : la nuit, elle, s'émancipe) en dissimulerait une autre, et avant-hier, en notant mon goût pour les malgré-moi et les lesbiennes, j'ai omis une hypothèse de projection : que celle qui me représente soit non la conquérante, mais la conquise, et que, plus tordu encore, quand j'imagine ma mie draguée par un daim quelconque, ce soit au daim que je me soumette par mie interposée. L'ennui, c'est que ce sont là questions auxquelles Dieu seul pourrait répondre, donc qui n'ont plus de sens depuis qu'Il s'est fait la malle. Et puis que c'est trop facile de trouver du significatif douteux, sur la base des rôles sociaux et des habitudes institués : kimonos, djellabahs, frocs de moines, j'aime à me vêtir de flottant? Ben voyons! Je ne sors de mon trou que contraint et forcé? Mais c'est bien sûr! J'aspire à une vie de femme au foyer! Tout ça n'est pas très sérieux… Je ne me suis jamais déguisé en fille, à l'époque où j'aurais pu me le permettre, mais souvent "vu en fille" au miroir, en plaquant les mains sur des oreilles un peu trop écartées… Bon, mais qui était JE? Ab'alonette ou celui qui la contemplait? Qu'aurait donc de spécifiquement féminin ce besoin que j'ai de chercher la valeur, ne la détenant pas moi-même, dans les yeux d'autrui? C'est tout de même un FAIT, psychique d'accord, mais un fait tout de même, que le Père Sévère et Doux, le Juge Rédempteur, m'apparaît sous la forme non de King-Kong ou d'Einstein, mais d'une fillette, et qu'à première vue c'est bien assez compliqué, assez frustrant tel quel, pour me dispenser de supposer qu'elle soit peinte sur un paravent, et dissimule un pénis dont mon fion serait avide.
Il y a tout de même un truc qui m'a toujours gêné, c'est que ma révolte contre TOUS les chefs sans exception, poussée parfois jusqu'à des paroxysmes puérils (à M., sur la fin, on faisait semblant de ne pas se voir quand on se croisait dans un couloir, et c'était à qui enverrait l'autre au tapis d'un bon coup d'épaule) s'est toujours assortie d'une surestimation de ce qu'ils devraient être, et d'un certain tremblement… amoureux? Là je rétice… et vomis tripes et boyaux à l'idée d'une rencontre sur l'oreiller. Mais pas de doute : au milieu de tant et plus d'humains transparents, le chef est coloré, par définition, comme une jolie nana, et je me demande si je n'ai pas en quelque manière attendu qu'il me félicitât de mes insolences à son égard, OU attiré sciemment le bâton pour le bâton. Difficile. Il y a deux écueils à éviter : le Charybde d'accuser toujours les autres sans se remettre en question; et le Scylla de récupérer sournoisement la culpabilité – donc l'efficience – en se rendant responsable de tout. Le pouvoir corrompt, il EST la corruption même, voire le mal, et tous les chefs sont de gros cons. Mais ça ne m'empêche pas d'en être moi-même – un petit. Tous les chefs sont haïssables; mais alors comment se fait-il que la plupart des autres s'en arrangent? Eh! J'ai trouvé! C'est EUX les pédés! Tous! Ça fait drôle de se retrouver seul hétérosexuel sur terre…
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Publié dans Bibli-cochon

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A
Ce "Judas" n'est pas à la page : t'as pas entendu dire que sa réhabiltation était en cours? O.K. pour la colonne, mon colon. Patiente quelques jours, et fais l'effort en attendant de suivre avec ton doigt. Quant à mon vide… merci au moins de me fournir un sujet! À demain!
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J
Tiens, un revenant! Mais je préférais le crû 2005 : on dirait que tu cherches la provoc pour la provoc. Tu n'es pas obligé de te forcer, si tu n'as plus rien à dire.<br /> Tu ne pourrais pas rétablir une colonne à gauche? Les lignes sont trop longues, et cela rend le texte indigeste. :-)
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