Fantasmes masturbatoires

Publié le par Ab'alone

Rousseau derechef : "Ce vice que la honte et la timidité trouvent si commode, a le plus grand attrait pour les imaginations vives: c’est de disposer, pour ainsi dire, à leur gré, de tout le sexe, et de faire servir à leurs plaisirs la beauté qui les tente, sans avoir besoin d’obtenir son aveu." Bref, la rue est un vivier où l'on pêche à son gré. Ça me paraît court. Quand je demandais à ma Chère et Très Peu Tendre, la Vraie, la Seule, si insipide qu'elle soit devenue : "À quoi penses-tu, quand tu copules avec moi?" elle me répondait invariablement : "Si je pensais à un autre, il suffirait d'aller niquer avec lui." Et certes, elle avait le choix, ELLE, et du reste joignait sans doute la pratique à la théorie; mais la réponse ne m'en sonne pas moins pauvre, réduisant QUOI à QUI, et les multiples potentialités d'un être au bout de barbaque qu'on empoigne, léchouille et pilonne – ou l'inverse. Moi, je pensais à elle, le plus souvent, mais à elle vicelarde ou folle d'un autre, with full particulars, dont je n'eusse en aucun cas enduré le spectacle réel – même à l'insu de la gourgandine, au travers d'un miroir sans tain? Même! Ou surtout… La plupart de mes fantasmes – et Dieu sait s'ils sont soft! Les chiottes, le poignard et le chevalet leur sont inconnus – répugneraient à s'incarner, ou dérapent sciemment dans l'impossible, alors même, pourtant, qu'ils mettent en scène les femmes de la veille ou du lendemain, et semblent ne tirer vie que de l'éventualité d'une réalisation. J'aimerais bien en établir une typologie pour la comparer à celle d'autres tarés, mais cet addendum-là manque au rapport Kinsey, et pour ce qui me concerne, j'ai un peu honte de ma banalité.
Qu'est-ce qui m'excite? Eh bien, une premiere surprise : alors que je puis me classer passif sans la moindre hésitation, puisqu'inapte aux avances, et même à y répondre, si marquées qu'elles soient, rien ne me recroqueville le zizi comme ces Maîtresses vêtues de cuir, armées de fouets, et leurs "fais ci - fais ça, plus haut, encore, rampe, grogne, et ouvre le bec, que je pisse dedans". Qu'un visage me semble un rien impérieux, tant soit peu féroce, ou simplement revendiquer un droit au plaisir sans vergogne, et je passe au suivant. Or les sauvages, les dominatrices, doivent avoir du succès, puisqu'on en voit grouiller les sites de Q. Naïf, mon étonnement? Se peut : après tout, ce n'est pas le samouraï invincible, mais bien le troupeau de têtes-à-baffes inhibées, qui, le temps d'un film, se projette éperdument dans le samouraï invincible; qu'en matière sexuelle comme ailleurs (s'il y a un ailleurs) l'imagination bondisse de préférence vers des cimes inaccessibles dans la vie, il n'y a pas là de quoi choir sur le train – encore que le processus inverse (Bruce Lee ou Bill Gates se faisant zébrer les fesses en criant ouah ouah) me demeure incompréhensible.
Sur mon cas du moins, pas de nœuds à se faire au cerveau? Au premier abord, ça colle : le fantasme métamorphoserait le soussigné minable en conquérant et en séducteur. En tyran, en violeur, non; moins encore en tortionnaire ou en tueur : Sade ne me distille qu'ennui, sauf à la rigueur quand il donne la parole à la victime (Justine : "Le moyen de résister? Il fallut bien"…) et "Histoire d'O" me tombe des mains : toutes ces histoires d'esclavage volontaire et de fustigations acceptées, je les soupçonne de relever d'un érotisme proprement féminin, et de laisser les hommes de glace : Gentlemen, I speak under correction! Speak plus bas, if you ose.
Il est de fait que ma libido s'anime de filles qui ne revendiquent pas le désir, mais, affolées par les caresses, y CÈDENT, et "s'abandonnent", sans l'aval de leur conscience. Qui se voudraient chastes ou fidèles, mais sont submergées par l'ivresse des sens, provoquée par les pelotages experts d'un tringleur émérite et au fond plutôt froid : mézigue? Élémentaire, mon cher Watson… Mais il faudrait alors que je me créasse des substituts plutôt inattendus, puisque rien ne m'enflamme comme de me peindre ma mie négligemment emballée par UN AUTRE, un pro de la drague qui se la farcit entre deux portes, en lui enjoignant de ne pas faire de bruit, parce que sa régulière à lui est à portée d'oreille; ou comme deux filles qui se rencontrent sous la douche, et dont les savonneuses s'égarent : non pas celle qui veut et entraîne, mais celle qui dit "non, non" et finit par "ouiiiii" la bouche pleine… sans doute parce que ces relations-là, mettant aux prises deux partenaires qui "se connaissent dans les coins", sont moins sujettes au doute et au jeu… J'adore les lesbiennes; pas les vraies, bien sûr, qui savent, veulent et assument ce qu'elles font; encore moins les caricaturales qui s'arment de prothèses de cuir ou de latex, et vont jusqu'à les SUCER, comble du grotesque où l'on devine la patte d'ours du photographe mâle. Mais les séances d'initiation, côté initiée. De M'imaginer entre elles? Mon œil. Parce que Je suis l'initiatrice? Il me semble que non, que je n'ai rien à faire là, que cette cuisine transcende l'ego… À suivre.
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Publié dans Bibli-cochon

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