Les lunettes roses des nanas

Publié le par Ab'alone

La différence d'aptitudes à l'autosuggestion que je soulignais hier renvoie plus généralement à deux utilisations bien distinctes du langage. Quand un homme parle ou écrit, ce me semble, et fût-il le plus cynique des menteurs, il se préoccupe D'ABORD du constat, et, partant, de la vérité. Ce que je dis est-il exact, sincère, etc? Pour la plupart des femmes, c'est secondaire, et leur souci serait plutôt de savoir si le propos tenu fait ou non du bien par où-ce-qu'il passe. Nietzschéennes sans le savoir, elles ne brandiraient pas ouvertement cette maxime du "Jenseits" : "Qu'un jugement soit faux n'est pas à nos yeux une objection contre ce jugement […] il s'agit de savoir dans quelle mesure un jugement aide à la propagation et à la conservation de la vie", mais elles l'appliquent constamment, sinon elle, du moins une proche frangine : c'est non le vrai, mais l'agréable, qui leur paraît l'objectif du discours. À ce sujet, deux remarques : d'abord, baladez-vous seulement sur les blogs, et vous constaterez que les femmes l'ont emporté : la "pensée positive" s'est presque universellement substituée au constat, on n'essaie quasiment plus de dire ce qui est, mais seulement ce qui est plaisant à entendre. Des myriades de rigolos affichent sans vergogne : "Lâchez vos comm., mais seulement s'ils sont sympa!" D'une critique, même constructive, ils ne veulent rien savoir. Et à cet égard Blogland, c'est le vaste monde en abyme. Secundo, le soussigné ronchon est loin de leur donner tort : à supposer qu'il puisse y avoir dans cet univers sans Dieu une autre "vérité" qu'un état de la question éternellement provisoire, elle serait l'objet d'une quête infinie, on ne serait jamais assuré je ne dis pas d'y atteindre, mais même de l'approcher. Alors que l'effet déplaisant d'un propos pessimiste ou flétrissant relève, lui, de l'évidence immédiate. On me montre un poème : suis-je bien sûr qu'il soit exécrable? De quoi sert de le dire? Dans mon système, c'est la seule voie pour l'améliorer; mais il n'est pas sûr qu'il soit améliorable, que son auteur en ait le talent – ni, surtout, que "quelle merde!" l'incite à se dépasser. Alors qu'une appréciation lénifiante, voire (ne nous gênons pas!) dithyrambique, fera au moins un heureux – un heureux qui nous devra son bonheur, donc bien disposé à notre égard, glissons-le au passage, au cas où le poète piteux serait beau ou friqué : on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.……………… Encore la sévérité du constat ne se justifie-t-elle pas toujours par une exigence pédagogique, et l'on a beau se vouloir au service de la vérité, va-t-on pour autant balancer dans les gencives : "C'est que tu es moche" à celle qui s'interroge sur son insuccès, et n'a pas de quoi s'offrir un ravalement, ou montrer à un mourant combien faibles sont les preuves de l'autre monde dont il se contente? Les plus acharnés "véritaires", s'ils laissent de côté toute notion d'utilité, se muent en simples sadiques – et la "pensée positive", elle, tourne au délire si elle oublie le garde-fou des faits. N'empêche! Je ne les rêve pas, ces tendances, je m'y suis cassé le nez vingt fois – chaque fois, à vrai-dire, que j'ai voulu "curer les biefs", vidanger le non-dit, pour affermir et approfondir une liaison, amoureuse ou simplement amicale. Au vrai, AUCUNE n'y a résisté, et AUCUNE nana n'a pris en compte la grille vrai/faux : sympa/pas sympa était le seul critère.…………… Eh, les filles! Vous savez quoi? Vous êtes PESSIMISTES. Vous vous baladez dans la vie avec vos lunettes roses parce qu'au fond vous êtes persuadées que la vérité est triste, et qu'à en vider le calice on ne trouvera jamais que la lie. L'optimisme délibéré cache toujours un pessimisme profond : "Surtout, pas de prise de tête!" Il ne peut en sortir rien de bon. Fabriquons un monde vivable avec des mots, même flous et faux, ils sont là pour FAIRE la vérité, et non pour la dire ou la chercher… Un peu la position d'Alain, lequel pourtant portait braguette : vous êtes triste? SOURIEZ, on vous sourira en retour, et votre bonheur feint se fera vrai. Et nous… enfin, moi, si j'étale des pensées amères et moroses, si je m'opiniâtre à piétiner dans le tunnel, c'est pour percer de l'autre côté, dans la lumière : c'est par foi en cette lumière qui DOIT exister hors du discours : par OPTIMISME. Ou bien serait-ce simplement l'excuse que je me donne? Morbleu, il faut poser cette question-là AUSSI.
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Publié dans Ô femmes

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A
La contradiction n'en est pas résolue pour autant. C'est le propre du langage de dire n'importe quoi. À demain! Je sais que tu ne me laisseras pas le dernier mot. Et merci de tes visites roboratives.
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D
C'est le propre du langage que d'évoquer des choses pour montrer que leur simple évocation n'est pas fondée.
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A
"Le philisophe moderne ne cherche plus la vérité" : mais est-ce que cette assertion même ne prétend pas la dire, LA vérité, ou au moins l'approximer? Je n'arrive pas à adhérer (de lèvres, à la rigueur, mais pas de cœur) à une théorie qui n'inclut pas la phrase qui l'énonce.
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D
Christophe parle-t'il de femmes existantes ou de femmes excitantes ? Le mélange des deux mots est un heureux hasard.
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D
Tout flatteur .... !
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