Rendez-lui son rasoir, et qu'on n'en parle plus!
Serait-il plus utile de s'interroger sur la présence du suicide à l'arsenal que sur l'objectif qu'on lui assigne? Indéniable en tout cas que c'est une arme PASSIVE : celui qui en use renonce à changer directement sa vie, qu'il confie ce soin aux autres ou choisisse l'évasion. C'est moins la "vengeance" ou l'"appel" qui me semble significatif que de les effectuer DE LA SORTE, de se flinguer soi-même au lieu de tirer sur l'ennemi ou l'oppresseur, d'ouvrir le gaz plutôt que la fenêtre pour crier "Au secours!" Le suicidaire est D'ABORD, ce me semble, un individu incapable d'action, j'entends d'affronter les autres, de leur adresser une demande, de leur disputer ce qu'il convoite, de proclamer ses droits et ses désirs, d'affirmer son ego. Ce qui ne signifie pas qu'il se prenne pour une merde, bien loin de là : ce qui le révulse, dans l'action et le struggle, c'est sans doute le risque d'échouer, et de dégringoler par là sinon d'une authentique illusion de supériorité, du moins de la conscience douillette de n'avoir pas été VU battu, négligeable, inférieur puisqu'il n'a rien tenté que sur lui-même, et que son abstention peut passer pour dédain. Il est profondément INFANTILE, en ce sens qu'il n'existe que par l'il d'autrui, et que même si la fuite est authentique, c'est surtout une IMAGE peu flatteuse de soi qu'on fuit, et en espérant absurdement une réhabilitation posthume. Mais à l'ordinaire on se laisse une porte de sortie, et l'on escompte une réaction : comment ne pas assimiler l'autre à papa, à maman, et ne pas voir dans le DISCOURS suicideux, si mesuré qu'il soit, une "conduite passive", une tentative d'agir sur l'autre et de le faire agir, par l'étalage de mon mal-être, la seule ressource qui soit laissée à l'enfant? Et par là-même, si désabusé qu'on soit, un reste de croyance à l'amour : "Vingt dieux, c'est pas possib' qu'ils ne me retiennent pas la main!" Le plaisant (si l'on veut), c'est que celui qui parle de se tuer est souvent réduit à le faire par l'indifférence des auditeurs, et que les concierges qui lui rétorquaient, "spychologues" en diable : "Vous dites ça pour vous faire plaindre", finissent par se planter à force d'avoir eu raison, et surtout de l'avoir claironné. À tout hasard, au cas où vous tiendriez à lui, faites donc semblant de prendre un suicidaire au sérieux, même si vous SAVEZ qu'il ne mérite pas cet honneur.
Naturellement, je ne prétends pas légiférer pour tous, et me sens porté à vidimer comme une différence de nature entre cettuy-là qui empoigne son Manhurin pour se loger vingt grammes dans le plaftard sans discourir ni s'y reprendre à deux fois, et les geignards dans mon genre, qui se préparent à mourir de vieillesse, et avec quels "Non! Non! Encore un petit instant!", après avoir bassiné de "J'vais m'tuer" toutes oreilles venantes pendant 80 berges. Enclin, grosso-modo, à distinguer celui qui VEUT se tuer de celui qui désire qu'on l'en empêche, et ne se tuera que pour avoir mal dosé l'appel, ou avoir enfin compris que les autres s'en foutent, encore plus éperdument que lui-même ne se fout d'eux, in se s'entend, pas de leur regard! Mais ce n'est pas si simple. J'ai beau me classer résolument parmi les frimeurs, la pensée du repos, du refuge (contre l'ennui, le ridicule, le mépris, les incapacités : la souffrance physique m'est à ce jour inconnue) est intrinsèquement douce, même si elle n'est pas exempte de mauvaise foi, et il me semble honnêtement que j'aurais sauté le pas depuis belle lurette si j'étais sûr du néant.
Seulement, ça n'empêche pas d'en jouer. Je ne me suis jamais "déclaré" à une fille, sinon par écrit, et en prévoyant suffisamment le râteau pour l'émousser et le provoquer. Pas un "Je t'aime", pas un "tu me bottes", pas un geste décisif, à moins qu'il ne glissât naturellement de la lutte ou du slow. Il faut me violer, et point ne suis assez ragoûtant pour que l'envie en fleurisse sans engrais phosphatés. Quel rapport? Un tas. Mais très concrètement, celui-ci : que pendant vingt ans l'engrais en question, ou le fer de lance de ce que je rougirais de nommer "ma drague", fut l'annonce discrète et détachée que je ne serais plus en vie à brève échéance. Ça ne marche pas, vous direz-vous, et le fait est que "ça marche" rarement, et que c'est justice; mais le plus surprenant, c'est que ça marche parfois, certes pas pour faire naître le désir, mais bien pour l'attirer hors du bois. Peut-être parce que je jetais d'ordinaire mon dévolu sur des fillettes toutes neuves, et changeais assez souvent de crémerie pour que ma stratégie ne fût pas éventée. Mais j'y reviens : "stratégie", vraiment? J'aurais moins honte de mes jérémiades si j'avais menti, et sciemment manipulé les minettes, puisqu'alors je pourrais me fantasmer en "maître du jeu". Mais j'étais, partiellement, sincère, et jérémiadais pour de bon. D'ailleurs, on dirait bien que, couvert par l'anonymat (bouclier peu sûr, puisque deux ou trois personnes l'ont percé, et me gênent aux entournures) j'y persiste, et cherche, ici même, à me faire prendre en charge, sans édulcorer mon agressivité pour autant! Maman bobooo!
Pilgrim in your journey
You may travel far
For pilgrim it's a long way
To find out who you are
(Sublime chanson d'Enya (from CD "A day without rain") découverte a peu, à mes ouïes la plus belle de tous les temps. Mais il se peut que je n'aime que le facile, le berceur et le sirupeux.)
Trop long way pour toucher la borne avant l'apéro. Bornons-nous donc à noter que l'infantilitas du suicidaire semble bien proche de celle de l'écrivain et qu'après tout, en DISANT tout ça, ipso facto, je le dépasse
Naturellement, je ne prétends pas légiférer pour tous, et me sens porté à vidimer comme une différence de nature entre cettuy-là qui empoigne son Manhurin pour se loger vingt grammes dans le plaftard sans discourir ni s'y reprendre à deux fois, et les geignards dans mon genre, qui se préparent à mourir de vieillesse, et avec quels "Non! Non! Encore un petit instant!", après avoir bassiné de "J'vais m'tuer" toutes oreilles venantes pendant 80 berges. Enclin, grosso-modo, à distinguer celui qui VEUT se tuer de celui qui désire qu'on l'en empêche, et ne se tuera que pour avoir mal dosé l'appel, ou avoir enfin compris que les autres s'en foutent, encore plus éperdument que lui-même ne se fout d'eux, in se s'entend, pas de leur regard! Mais ce n'est pas si simple. J'ai beau me classer résolument parmi les frimeurs, la pensée du repos, du refuge (contre l'ennui, le ridicule, le mépris, les incapacités : la souffrance physique m'est à ce jour inconnue) est intrinsèquement douce, même si elle n'est pas exempte de mauvaise foi, et il me semble honnêtement que j'aurais sauté le pas depuis belle lurette si j'étais sûr du néant.
Seulement, ça n'empêche pas d'en jouer. Je ne me suis jamais "déclaré" à une fille, sinon par écrit, et en prévoyant suffisamment le râteau pour l'émousser et le provoquer. Pas un "Je t'aime", pas un "tu me bottes", pas un geste décisif, à moins qu'il ne glissât naturellement de la lutte ou du slow. Il faut me violer, et point ne suis assez ragoûtant pour que l'envie en fleurisse sans engrais phosphatés. Quel rapport? Un tas. Mais très concrètement, celui-ci : que pendant vingt ans l'engrais en question, ou le fer de lance de ce que je rougirais de nommer "ma drague", fut l'annonce discrète et détachée que je ne serais plus en vie à brève échéance. Ça ne marche pas, vous direz-vous, et le fait est que "ça marche" rarement, et que c'est justice; mais le plus surprenant, c'est que ça marche parfois, certes pas pour faire naître le désir, mais bien pour l'attirer hors du bois. Peut-être parce que je jetais d'ordinaire mon dévolu sur des fillettes toutes neuves, et changeais assez souvent de crémerie pour que ma stratégie ne fût pas éventée. Mais j'y reviens : "stratégie", vraiment? J'aurais moins honte de mes jérémiades si j'avais menti, et sciemment manipulé les minettes, puisqu'alors je pourrais me fantasmer en "maître du jeu". Mais j'étais, partiellement, sincère, et jérémiadais pour de bon. D'ailleurs, on dirait bien que, couvert par l'anonymat (bouclier peu sûr, puisque deux ou trois personnes l'ont percé, et me gênent aux entournures) j'y persiste, et cherche, ici même, à me faire prendre en charge, sans édulcorer mon agressivité pour autant! Maman bobooo!
Pilgrim in your journey
You may travel far
For pilgrim it's a long way
To find out who you are
(Sublime chanson d'Enya (from CD "A day without rain") découverte a peu, à mes ouïes la plus belle de tous les temps. Mais il se peut que je n'aime que le facile, le berceur et le sirupeux.)
Trop long way pour toucher la borne avant l'apéro. Bornons-nous donc à noter que l'infantilitas du suicidaire semble bien proche de celle de l'écrivain et qu'après tout, en DISANT tout ça, ipso facto, je le dépasse
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