Quelques miracles mineurs
Le premier se situe dans un cadre ad hoc, à savoir Vézelay : nullement croyant, mais amateur d'architecture romane, et notamment des merveilleuses églises auvergnates : Issoire, Orcival, Saint Nectaire, et surtout de leurs absides (bien le seul cas où je préfère les culs aux visages!) j'assignais volontiers ces objectifs aux pérégrinations pédestres/stoppeuses de mon jeune âge
Or donc, Vézelay
Je me revois, dans la longue rue qui monte à la basilique, fêté par deux chiens errants ou locaux, ce point n'est pas éclairci. Bon, je visite, volant au passage, selon ma déplorable habitude, quelques cartes postales proposées à des prix prohibitifs : je n'ai pas à me reprocher d'avoir fauché dans les troncs, mais non plus d'y avoir jamais rien déposé. Tout au plus quelques réponses, ici ou là, à Saint Omer, je crois, où c'était la coutume d'envoyer des messages au Très-Haut dans des paires de souliers : "Seigneur, éloignez de mon fils cette mauvaise femme qui le ruine et se moque de lui." "Ta gueule, salope!" Signé : Dieu! Eh oui, j'étais pas fin à l'époque, la pauvre vieille a dû en avaler son chapelet
Mais cette espièglerie-là n'a pas été sanctionnée, du moins jusqu'à l'heure, alors que je me souviens comme si c'était hier d'avoir été abasourdi d'abois, mordu, si! et poursuivi sur un bon bout de descente, à Vézelay, par ces deux mêmes toutous si amicaux à l'aller!
Dressés par les curés? ou suais-je coupable? Médiocrement probant, j'en conviens, à moins qu'on ne retienne à ma charge le sens que j'ai spontanément donné aux faits. Alors, un autre, tenez : islamique, celui-là. Marabout Moulay-Hassan, entre In Salah et Tamanrasset, un peu à l'écart de la piste, au cur d'un désert sans hommes ni chameaux Un joli toit bleu-ciel dans l'aube qui point Arrêt-photo! Ouais, mais pas clic : l'appareil est enrayé. Je le tripote en tous sens, vainement. Or c'était la coutume de faire trois fois le tour du "marabout" pour se concilier les bonnes grâces d'Allah : à la longue les camions avaient creusé une tranchée profonde. La nana qui m'accompagnait, qui avait commis l'erreur de m'épouser (elle en est revenue depuis) et dont les dogmes ne manquaient pas de souplesse, me glisse : "Faisons le tour, on verra." "Tu rigoles?" Peut-être; seulement à l'issue du troisième, clic! mon Canon marchait comme s'il n'avait jamais regimbé.
Bon, j'admets que le froid nocturne, sévère au Sahara, avait pu le gripper, et quelques minutes dans le cocon de mes paluches lui rendre la forme. Surtout, on rétice à s'incliner devant des prodiges imprévus et non sollicités. Le prestidigitateur a toute latitude pour tricher, quand il ne précise pas d'avance l'objet du tour. Alors, oyez, oyez, oyez le numéro trois : j'étais aux chiottes l'Esprit souffle où Il veut sans bouquin et passablement constipé, je tuais le temps en récitant des passages des Évangiles en latin; or à peine avais-je émis la dernière syllabe de celui que mon frangin (private référence à l'intention des habitués de ce cabinet de lecture) a installé depuis sur son répondeur : "Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum, sed dic tantum verbum et sanabitur puer meus", que le ventilateur qui donnait sur l'extérieur, immobile jusque là, se mit à tourner à toute vitesse! Hasard de la météo! Seulement, dès que j'eus traduit le passage en français ("Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri") les pales s'arrêtèrent net. Latin, nouveau départ. Français, arrêt. Et ainsi de suite. Combien de fois, je ne sais plus. Mais ce dont je me souviens, c'est que ça marchait À TOUT COUP, et que j'ai cessé l'expérience bien convaincu que je REFUSAIS DE CROIRE. Puéril? Sordide? Bassement matérialiste? Pas plus que les noces de Cana ou la multiplication des pains Et puis qu'importe? C'était un signe à ma mesure, taillé sur ma petitesse et ma puérilité. Pas celui que j'avais réclamé formellement, mais du même style, et renouvelable, donc VÉRIFIABLE.
Un quart de siècle s'est écoulé depuis. En ce temps-là, j'avais quelque chose à sacrifier : ma foi en moi-même, en un destin par l'écriture, nécessairement associée dans ma tête à l'irrévérence, au blasphème, à l'originalité, à la "démoralisation". Croire en Dieu et écrire, ça n'allait pas ensemble. À présent que j'ai échoué sur toute la ligne, que je n'ai plus rien à perdre, partant à donner, pourquoi Dieu se montrerait-Il, ferait-Il les premiers pas? Reste dans le lac de feu, mon ami, puisque tu n'as pas pris la perche que Je t'ai tendue!
Encore ne cité-je là que des miracles dérisoires, mais FORMELS. Il en est de diffus On préfère aller pedibus à accepter la place du mort quand je tiens le manche, et de toutes parts on s'est étonné, attendu ma conduite des véhicules à roues, que je fusse encore vertical et entier, après une vingtaine d'accidents. Quand un suicidaire se rate, c'est qu'il n'avait pas envie de claquer, je consens à entériner l'explication mondaine. Mais il me semble bien, cinq ou six fois, avoir donné à la mort toutes ses chances, et dans un système différent, il serait aisé de soutenir que j'ai été PRÉSERVÉ : que Quelqu'Un, là-haut, se casse le tronc pour m'éviter l'impénitence finale. Le Même qui, lors de l'épisode que je vous narrais avant-avant hier, m'aurait dûment AVERTI de ce qui m'attend et m'attend d'autant plus que je persiste à bouffonner et à refuser plus d'1% de créance à une thèse par trop ridicule
Dressés par les curés? ou suais-je coupable? Médiocrement probant, j'en conviens, à moins qu'on ne retienne à ma charge le sens que j'ai spontanément donné aux faits. Alors, un autre, tenez : islamique, celui-là. Marabout Moulay-Hassan, entre In Salah et Tamanrasset, un peu à l'écart de la piste, au cur d'un désert sans hommes ni chameaux Un joli toit bleu-ciel dans l'aube qui point Arrêt-photo! Ouais, mais pas clic : l'appareil est enrayé. Je le tripote en tous sens, vainement. Or c'était la coutume de faire trois fois le tour du "marabout" pour se concilier les bonnes grâces d'Allah : à la longue les camions avaient creusé une tranchée profonde. La nana qui m'accompagnait, qui avait commis l'erreur de m'épouser (elle en est revenue depuis) et dont les dogmes ne manquaient pas de souplesse, me glisse : "Faisons le tour, on verra." "Tu rigoles?" Peut-être; seulement à l'issue du troisième, clic! mon Canon marchait comme s'il n'avait jamais regimbé.
Bon, j'admets que le froid nocturne, sévère au Sahara, avait pu le gripper, et quelques minutes dans le cocon de mes paluches lui rendre la forme. Surtout, on rétice à s'incliner devant des prodiges imprévus et non sollicités. Le prestidigitateur a toute latitude pour tricher, quand il ne précise pas d'avance l'objet du tour. Alors, oyez, oyez, oyez le numéro trois : j'étais aux chiottes l'Esprit souffle où Il veut sans bouquin et passablement constipé, je tuais le temps en récitant des passages des Évangiles en latin; or à peine avais-je émis la dernière syllabe de celui que mon frangin (private référence à l'intention des habitués de ce cabinet de lecture) a installé depuis sur son répondeur : "Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum, sed dic tantum verbum et sanabitur puer meus", que le ventilateur qui donnait sur l'extérieur, immobile jusque là, se mit à tourner à toute vitesse! Hasard de la météo! Seulement, dès que j'eus traduit le passage en français ("Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri") les pales s'arrêtèrent net. Latin, nouveau départ. Français, arrêt. Et ainsi de suite. Combien de fois, je ne sais plus. Mais ce dont je me souviens, c'est que ça marchait À TOUT COUP, et que j'ai cessé l'expérience bien convaincu que je REFUSAIS DE CROIRE. Puéril? Sordide? Bassement matérialiste? Pas plus que les noces de Cana ou la multiplication des pains Et puis qu'importe? C'était un signe à ma mesure, taillé sur ma petitesse et ma puérilité. Pas celui que j'avais réclamé formellement, mais du même style, et renouvelable, donc VÉRIFIABLE.
Un quart de siècle s'est écoulé depuis. En ce temps-là, j'avais quelque chose à sacrifier : ma foi en moi-même, en un destin par l'écriture, nécessairement associée dans ma tête à l'irrévérence, au blasphème, à l'originalité, à la "démoralisation". Croire en Dieu et écrire, ça n'allait pas ensemble. À présent que j'ai échoué sur toute la ligne, que je n'ai plus rien à perdre, partant à donner, pourquoi Dieu se montrerait-Il, ferait-Il les premiers pas? Reste dans le lac de feu, mon ami, puisque tu n'as pas pris la perche que Je t'ai tendue!
Encore ne cité-je là que des miracles dérisoires, mais FORMELS. Il en est de diffus On préfère aller pedibus à accepter la place du mort quand je tiens le manche, et de toutes parts on s'est étonné, attendu ma conduite des véhicules à roues, que je fusse encore vertical et entier, après une vingtaine d'accidents. Quand un suicidaire se rate, c'est qu'il n'avait pas envie de claquer, je consens à entériner l'explication mondaine. Mais il me semble bien, cinq ou six fois, avoir donné à la mort toutes ses chances, et dans un système différent, il serait aisé de soutenir que j'ai été PRÉSERVÉ : que Quelqu'Un, là-haut, se casse le tronc pour m'éviter l'impénitence finale. Le Même qui, lors de l'épisode que je vous narrais avant-avant hier, m'aurait dûment AVERTI de ce qui m'attend et m'attend d'autant plus que je persiste à bouffonner et à refuser plus d'1% de créance à une thèse par trop ridicule
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